lundi 28 juillet 2008

Gruissan — Narbonne-Plage







Il y aura une Aude.

La plus petite étape de ce voyage. Reçu un gros contrat de traduction. Je décide de trouver un hôtel pas cher dans le coin. À moins de 20km de là, pour le même prix que le camping des fous d'hier, j'ai une terrasse avec vue sur la mer. Je fais mes provisions dans un petit village bouillant et charmant qui a su rester calme face à l'invasion des Parigots que le beau temps amène. Je serai tranquille, ici. Le boulot m'attend.

En voyant la mer devant moi, j'éclate en sanglots. Je pense à toi, Ô ma morte. À toutes mes mortes, récentes et lointaines. Je songe qu'il y a quelques jours je suis parti de la plage du Pyla sur l'Atlantique et me voilà sur celle de Narbonne sur la Méditerranée. Des larmes brûlantes dévalent mes joues craquelées. Je me sens étrangement seul au monde, maintenant que tous les rêves de pistes initiaux sont accomplis. Je continue sans fantômes, je crois. J'ai pris la chambre jusqu'au premier août. Ensuite, pas la moindre crisse d'idée d'où je vais.

C'est par où, le Rubicon ?

dimanche 27 juillet 2008

Le Somail — Gruissan



Le Somail est un magnifique hameau fluvial où se croisent trois types de pistards du canal, pédaleurs, marcheurs et pénicheurs. De nombreuses terrasses sous les arbres réunissent cette drôle de faune en fin de journée.



Plusieurs cyclos rencontrés en route et venant à sens contraire me préviennent que le piste du Canal est complètement détruite entre Agde et Sète. Je décide donc de foncer sur Narbonne par le Canal de la Robine (!). Après dix kilomètres à fond de train, je tombe dans un des classiques vortex de France à l'endroit où le Canal du Midi rejoint le Canal de la Robine par le Canal de Jonction. Ça rappelle la Loire, comme chaos routier. Les pistes s'arrêtent entre nulle part et n'importe où, pas une seule indication, les cartes ne sont d'aucune utilité. Je roule un bon bout de temps le long de l'Aude dans un chemin d'agriculteur en terre aplatie. Les insectes sifflent fort dans les hautes herbes, il n'y a pas âme qui vive, on se croirait quelque part au Kenya. Après trois kilomètres, je retourne sur mes pas jusqu'à l'écluse.



Nous sommes quatre ou cinq groupes de cyclistes à tourner en rond depuis des heures. Un couple d'Espagnols décide de tenter de franchir le pont ferroviaire. Trois Hollandais vont retourner sur leurs pas et prendre la route, dix kilomètres en arrière. Je décide de suivre les Espagnols, mais je ne les retrouve jamais et j'aboutis sur un sentier en pleine brousse qui s'étire sur 6 kilomètres de route à obstacle, avant de finalement déboucher sur une départementale hystérique. Trois heures perdues et je me trouve exactement à la même distance qu'à l'heure du midi. Plus une goutte d'eau. Mes lèvres craquellent. Rosie est brûlante, j'ai l'impression que l'acier ramollit et que l'alu va se mettre à suinter. Tant pis, je trace. L'on me klaxonne. Je reste cyclozen.



Petite pause pour manger. Juste comme je reprends le chemin, clac ! Cable de vitesse avant pété. Je descends, découragé. Je sors un cigare et je fume lentement en faisant le bilan des catastrophes. Depuis la crevaison de Carcassonne, j'ai crevé deux fois sur la remorque, cassé un garde-boue, traversé mon pneu avant, crevé encore devant, déchiré les quatre sacoches sur les ronces de chaque côté du sentier, arraché le dessous de la biblimobile sur les cailloux et les racines, bosselé le cadre de la carriole sur les obstacles aux entrées des tronçons, cabossé le contenu de la charette en renversant quelques fois dans les passages trop inégaux, failli échapper le tout dans l'eau à certains endroits où des ruisseaux ont emporté partiellement la rive, faussé mes quatre roues à divers degrés, tordu mon guidon dans une chute, et déformé ma selle en poussant l'attelage dans les passages à niveaux trop escarpés pour se monter à vélo.



À un moment, je réussis à prendre le Canal de la Robine, venu se coller à l'autoroute. En prime, une fontaine d'eau fraîche ! Le bonheur. Rosie et moi roulons à fond la caisse vers la Méditerranée. Je m'arrête à peine à Narbonne. Puis je poursuis vers Gruissan où un m'attend un camping fabuleux, situé entre mer et massif. Une fois sur place, il s'avère que c'est le plus moche camping de toute l'histoire de l'humanité. C'est tenu par des brutes stupides et inhospitalières, le sol des emplacements est en rocaille, les voisins sont à un mètre les uns des autres, il n'y a pas d'ombre ni de vent et pour clouer le clou… le prix est inimaginable (25€). Je retourne vers le municipal de Gruissan où on m'accueille plutôt bien. Nuit sans repos, accablée par la chaleur, les moustiques, les douleurs de la route et les ronflements des voisins immédiats.

samedi 26 juillet 2008

La Marseillette — Le Somail




À certains moments, la piste, comme ça arrive souvent depuis Toulouse, disparaît presque complètement, pour ne laisser qu'une bande de terre de dix centimètres, défrichée par le passage des VTT. Pour un vélo de randonnée, c'est carrément dangereux. Ajouter une remorque à deux roues parallèles et ça devient pratiquement impassable. Les autorités touristiques sont bien heureuses de vanter cette « piste cyclable », mais elle n'en est pas une. Tout y est laissé à l'abandon. Les rares efforts d'aménagement consistent en obstacles rébarbatifs mis en travers de la route près des écluses et destinés à empêcher les motos et les voitures d'emprunter la voie. Un certain aménagement a été consenti à hauteur des principaux ancrages fluviaux, pour que les plaisanciers puissent garer leurs voitures près de leurs bateaux de location. Quant aux cyclistes, ils sont censés composer sans indications, sanitaires, eau, ravitaillement et — pour de longs kilomètres — sans piste, carrément. C'est d'une complaisance infinie. Lorsque le ras-le-bol me prend, je secoue Rosie et nous giclons par les routes où nous pouvons enfin rouler. Petits raids à 20 km/h, en plein soleil, à affronter les chauffards impatients et cokés.

Le Canal du Midi est la plus jolie non-piste cyclable au monde.

vendredi 25 juillet 2008

Carcassonne — La Marseillette







Sans état d'âme, je quitte Carcassonne. Je suis resté trois jours, en raison d'une avarie. J'ai passé l'après-midi à nettoyer Rosie, qui en avait bien besoin. Boue, herbes, poussière, cailloux, racines… Le Canal du Midi …C'est plutôt une piste de cross. En plein milieu de l'itinéraire prévu, une pierre coupante fait éclater une chambre à air de la biblimobile. Boulot de routine, sauf que l'imbécile singe que je suis s'est procuré DEUX chambres à air à valve Presta, inutilisables avec ma pompe. Arrêt obligatoire à La Marseillette, qui s'avère un fort joli village. J'y loge dans un sympa petit hôtel économique, accueillant, généreux. J'y rencontre des gens avenants, marrants, drôles. Un fantastique bon vivant gonfle mon pneu avec son compresseur. Sauvé pour le moment. Je remonte à mon lit vers 2h en vacillant, plus rosé que Rosie.

mercredi 23 juillet 2008

Carcassonne sonne sonne

Si on remplace le carton-pâte par de la vraie vieille pierre, Disneyland devient Carcassonne. C'est moins drôle, du coup, sans Mickey et Donald. On dirait que la pierre imite le carton-pâte.
















dimanche 20 juillet 2008

Año Completo



Un an

Je n'oublie rien.

Ménilmontant. Je me souviens.

Stupéfié.

Je porte grâce à toi de belles meurtrissures
toutes neuves,
que j'arbore
de moins en moins,
que je garde
de plus en plus
pour moi
Tout seul.


Ma vie n'a pas beaucoup plus de sens ce soir qu'elle en avait au crépuscule du vingt juillet 2007. Tu as emporté mon sens au ciel. Ma quille arrachée. Ma mâture rompue. Je me suis laissé dériver, simplement, allongé, gisant sur le bastingage, les yeux braqués au firmament. J'ai attendu que le fil de l'eau m'emporte ailleurs. J'ai franchi vaux et gorges sur ma monture esseulée. Deux mille six cent kilomètres. Rien, au fond. Qu'est-ce pour toi qui as quitté tout un monde en un seul instant.


Dans quelques jours à peine j'aurai complété la première partie de notre voyage, la portion que nous avions vaguement planifié ensemble. Quand je glisserai les orteils dans la vieille Méditerranée je crois que je serai libéré de nous pour de bon. Ton spectre m'a demandé l'hiver dernier de le laisser en paix. Je demande à la partie de toi qui m'habite encore malgré nos deux volontés de faire de même. J'exige de mon âtre qu'il recrache la cendre de toi qui hier couvait encore.

Oui. Il y aura une aube, même sans toi.

Avais-tu un morceau de nous dans ton ventre, en t'envolant ? J'aimerais me faire croire que ça m'est égal de savoir. Uhm… avoir la force de nier que ça m'est important. L'hiver dure parfois mille ans. J'en ai connu. Mais j'entends les gouttelettes choir sur le toit de la tente et je sais que le dégel va bientôt commencer.

Ça fleurira dans cette terre roide et grise. Ça pullulera dans cet étang noir. Ça grouillera sous la torpeur fiévreuse, malsaine. Ça se relèvera. Ça rechantera. Oui. Je suis encore vivant. C'est quelque chose.


Je verrai !…

vendredi 18 juillet 2008

Grisolles - Toulouse




Le Canal serpente et se love, étire délicieusement ce qui serait une formalité en ligne droite. Juste après Grisolles, le chemin est pavé, c'est roulant, ombragé, frais… Puis au bout d'un temps, Rosie roule dans la brique rose !

mercredi 16 juillet 2008

Montech — Grisolles



Mini étape. Caillasse. Sable. Piste effondrée. Herbes folles. À la limite du roulable mais stupéfiant de splendeur. Le Canal est fait pour les filles ! Que peuvent-elles espérer de plus ?! C'est fiable, prévisible, doux, joli, ça sent bon, c'est frais et ensoleillé à la fois, et puis, chaque kilomètre, il y a une grosse bite de béton qui surgit de l'herbe.