dimanche 31 août 2008

La Série Noire continue !

Je sens que ça va finir mal !

Je pars ce matin de Frontignan sur la Gaxuxa amochée et j'ai à peine roulé un kilomètre que j'arrive à un barrage. Il y a course. Un agent me donne ordre d'attendre que les coureurs cyclistes soient passés, ce que je m'empresse de faire. Puis, il me crie d'y aller. J'obtempère. Comme j'atteins l'autre côté, j'entends un freinage violent accompqgné de jurons. Je me retourne, un coureur s'est esquinté. Je passe les détails, mais disons que je suis maintenant menacé de pousuites. Eh, eh, eh...

J'ai hâte de voir ce que demain me réserve !

Frontignan - Montpellier



Pendant plusieurs kilomètres, on roule entre mer et mer, avec à droite la Méditerranée et à gauche d'abord le Canal du Rhone à Sète puis, au delà, l'étang d'Ingril suivi de l'étang de l'étang de Vic. Vic comme dans victoire. J'ai traversé mon propre champ de bataille, on dirait. Je me suis surmonté. De nouveau. Je poursuis la vertigineuse escalade de ma médiocrité. Hors de cet abysse brille l'azur frais et enchanteur du petit matin calme. Je le sais, c'est écrit. Y a plus qu'à recommencer à continuer de poursuivre. On the Road

Charles Baudelaire ; 9 avril 1821 - 31 août 1867

Me sauvant de tout piège et de tout péché grave,
Ils conduisent mes pas dans la route du Beau ;
Ils sont mes serviteurs et je suis leur esclave ;
Tout mon être obéit à ce vivant flambeau

samedi 30 août 2008

Série Noire : rebelotte

L'encre cybernétique n'avait pas encore eu le temps de sécher sur les mots "série noire" du dernier billet que mon ordi a rendu l'âme. C'est un sérieux defi à mon sens de l'humour. J'irai lundi (si c'est ouvert) voir si y a moyen de sauver les meubles.

En attendant, lectrices, lecteurs, je vous prie de recevoir l'expression de ma tendresse et de mon amour indéfectible. Avec l'aide d'Horus, de Giltoniel, et de Saint-Brian-patron-des-ti-pythons, je devrais pouvoir sous peu reprendre où j'ai laissé. À moins bien sûr que mon indicible guigne ne poursuive son massacre...

Que-je ? Où-je ?

Tribulations et avanies

En fait je suis plus ou moins prostré. La Gaxuxa a subi quelques outrages lors de la journée noire et tous mes efforts pour obtenir de l'aide de vélocistes ont été en pure perte. On me redonne du mi-septembre et du début octobre. Jeudi a été une journée toulousaine au possible, au cours de laquelle je ne suis pas parvenu à : me procurer les quelques trucs qui manquent à la Gachou (pour cause de dame-molosse gardant l'entrée de la boutique-vélo contre les étrangers), obtenir une carte précise des pistes cyclables (je n'ai eu qu'une carte du futur réseau, dont on dit qu'une bonne partie existe — ah… laquelle ?), me connecter en wifi (c'est fermé… c'est brisé… essayez là-bas… non, pas en France… c'est quoi, ça, Internet ?), boire un café (on ferme, faut manger, on est pas encore ouverts, on a plus de café (!!), la machine est brisée (pfft !), pisser, chier, trouver un rouleau de pq (minimum 8 !?).

Éteindre et redémarrer le lendemain, quoi !
Rideau… Dodo.


Petites Merveilles ordinaires

Rencontré par hasard une Fontignoise que j'avais vue l'avant-veille sur un bateau appartenant à un ami de mes amis du Pyla. Elle habite à cinquante mètres de mon camping, et elle me fait découvrir le coin. Hier soir, pique-nique génial de nuit sur une plage très sauvage. Plein de gens chouettes et des montagnes de brochettes cuites sur un bbq improvisé au chalumeau (!). Nuit vaste et étoilée. Plaisir intense de pisser dans la mer au cœur de la nuit noire. Salué Morte et Rosie au passage. Rentré en chaloupant un poil. Court dodo dans la casamolle avant le vacarme des départs massifs de campingcaristes vers 5h du mat. Le peuple s'en retourne à son poste après avoir accompli son devoir annuel de repos-soleil.

Autre rencontre ce matin avec un auteur de romans historiques que j'aurais sans doute dû reconnaître. Longue et enrichissante conversation, animée, profonde, jouissive. C'est sans doute un début.


Valsézitations zet chi-chi-chipotages

Tout ça est bien, mais je suis traumatisé. Je roule sans sacoches entre les patelins et malgré tout, j'ai constamment la hantise de faire une chute dans l'eau, même quand je roule à 5 km de la plus proche flaque. C'est un peu pathétique. Dans ces conditions, j'envisage un radical changement de décor, peut-être même en train. Je me suis mis à songer à Budapest, à Varsovie, à Copenhague… etc. Je me suis mis à rêver à du radicalement nouveau. En fait, je pourrais peut-être compenser le mois perdu à cause du rapt de Rosie par un saut de grenouille quelconque. J'hésite, je chipote, je tergiverse. Dingue, l'état dans lequel je suis. Cours-je vers Lille en quinze jours de dure roulade ? Prends-je un bateau vers le Bleu ? Attaqué-je les grands dénivelés chocolatifères ? Me tapé-je finalement cette ligne droite transalpine vers Venise ? Attends-je sur place que le Grand Crisse me crosse ou que Vishnu me gratifie d'un signe clair ?

Pour ajouter à mon désarroi, mon ticket de retour vient de disparaître corps et âme dans la faillite de mon transporteur aérien. Vishnu ?! C'est toi ?! Sois plus clair, mon chnuchnu… C'est une série noire, disons. Heureusement, ça se termine, habituellement. Toute mauvaise chose a une fin. Après, c'est inéluctable… le jardin des sourires, les cascades cristallines, les nappes de mousses tendres, les fougères aux gouttelettes et les cimes soudaines, cimeterres oxydés aux dents de scie sous le ciel… acérées ! sinueuses ! scintillantes !…

Vlà comme jme parle, vlà ce que j'me dis, moi !

mercredi 27 août 2008

Les Copains d'abord



Voilà, mission accomplie.



Je découvre progressivement de petites victimes de ma chute dans la vase. Les batteries rechargeables tombent en panne les unes après les autres. Un petit cahier dans lequel je note des adresses et je griffonne des machins sans importance a été rendu illisible. Pas trop grave, je transcris à mesure. Une petite boîte de plastique dans laquelle j'entreposais des cailloux destinés à monsieur Brassens a glissé d'une poche latérale. J'ai dû en chercher d'autres, tant mieux, ça me détend.

Toute la nuit dernière, j'ai fait des rêves de noyade. Mais contrairement à l'habitude, ce n'était plus mon amour, qui se noyait, c'était moi.




Donc j'ai repris la route dès ce matin, histoire de briser la terreur.
Après tout, je me suis juste un peu baigné dans de l'eau sale.

mardi 26 août 2008

Trois ou quatre assis à Sète vers cinq et demi



La Gaxuxa baptisée








Post-traumatique, je suis en train de marcher dans Sète, il est 23h. Je cherche un bout à manger. Tout à coup je pars d'un grand rire, immensément profond. Je deviens fou, on dirait. De plus en plus. En tout cas, je peux dire que j'ai survécu à cette journée. Quelle incroyable, impossible journée. Dans quelques minutes, elle sera terminée, et je fumerai un cigare pour célébrer sa disparition éternelle.

J'avance dans la foule qui se presse en tous sens. Une Irlandaise offre de m'accompagner to the jousting. Je demande de quoi elle parle et elle répond they joust here, every night. Ah bon ? joust what ? Just joust, you know. Avec des épées ? Des lances ? On boats. Merci. Bonne nuit. Mon cul me tiendra mieux compagnie. Mon cul est plus clair. Une immense estrade enjambe le plan d'eau. Des haut-parleurs tonitruent, entrent en compétition les uns avec les autres de chaque côté. Les succès de l'été se succèdent. Je suis assis au milieu. Tous les Sétois sont dehors. Beaucoup de jeunes, très sexys et schizos. Quelques perdus comme moi. Y a pas de joust. Un gentil pépère m'annonce que les joutes sont terminées. Apparemment, depuis 270 ans, les Sétois se mettent des coups en bateau pendant une semaine. C'est comme un genre de sport. Minuit, je fume ce cigare. Quelle journée. Le havane me détend et je commence à pleurer doucement dans le noir.


La Fin sombre d'une journée noire

— Vas pas aux campings, y sont nuls ! Vas à l'auberge de jeunesse, c'est à côté. Juste en haut de la petite côte. Tu pourras nettoyer tout ce sang et toute cette boue ! Ouh ! Tu te l'es prise en pleine gueule, uhm ?!
— Chouette. Merci du renseignement.
Je tourne au pont, comme indiqué. Je monte une petite côte. Puis une autre. Ça tourne un peu. Au bas d'une troisième montée, l'indication « auberge de jeunesse » me rassure. Grimpe, grimpe, grimpe. Je traverse un quartier très animé et vraiment sympa. Il faut mettre pied à terre, y a foule. Je continue l'ascension. Une fois sorti de la foule je remonte la Gaxuxa. Elle ne roule pas très bien depuis l'incident. Normal. La chaîne perd sa route mais je n'ai pas l'énergie pour arranger quoi que ce soit tout de suite. Je suis affamé, assoiffé, totalement à bout. La rue bifurque et contourne un très joli parc dans lequel une bande de jeunes Suédois font les pitres. Les voitures me klaxonnent. Énervé, je passe les vitesses, celles qui ne passent plus. Classique de fin de journée, je déraille. Le temps de la remettre, j'ai repris mon souffle. Grimpe, grimpe, grimpe. Ça doit être tout en haut de cette rue. J'y parviens totalement hors d'haleine. J'ai des crampes dans le haut du dos, et dans l'épaule gauche, celle sur laquelle j'ai atterri. j'arrive tout en haut, c'est indiqué à gauche, ouf, c'est plat. Je roule doucement. Ma respiration rauque couvre les sons de la fête qui remontent des quais. Dans le parc, un groupe d'âge d'or chante de vieux chants oubliés. Je sens que mes ennuis sont presque terminés. Je vais désinfecter tout ça, et demain je passe la Gaxuxa sur le billard.

Mais… Panneau. À droite. À droite, c'est une rue à 22% qui s'étire sur 200m. Je fais les 100 premiers, puis je mets pied à terre, juste avant de tomber. Je pousse ma belle Basque blessée jusqu'en haut. On monte au ciel, ma belle. C'est là. Finalement. C'est ouvert, même. Ouf. Le repos est imminent. C'est là que je remarque que mon installation fout le camp sur les porte-bagages avant. Les colliers ont glissé de trois centimètres vers le bas. Argh.

Un gentil client espagnol m'indique par où passer pour rejoindre la réception et m'offre de garder la bicyclette pendant que je m'assure qu'il y a de la place. J'entre. La réception est tout en haut d'un escalier extérieur de quatre étages. Je ne sais pas trop comment je vais faire pour y hâler le vélo. J'escalade les escaliers d'un bon pas, ce qui me surprend moi-même. J'arrive à la réception. Un client tente de démêler un truc avec la réceptionniste. C'est long et complexe. Je lui demande s'il me permet une petite question et il acquiesce gentiment.
— Reste-t-il de la place ?
— Oui.
— Merci. Je vous laisse avec monsieur, et je monte mes affaires. Je suis à vélo et je suis très chargé.
— Ton vélo tu dois le laisser dehors.
— Pardon ?
— Y a pas de place pour les vélos, et on est pas responsables. C'est ton problème.
— Eeuh… Je peux l'amener dans ma chambre ?
— Non. TU TE CROIS À L'HÔTEL ?
— Euh… Je vais juste chercher mes choses, et je reviens, on parlera de tout ça calmement.
— TU DOIS PAYER AVANT.
— Euh, je peux pas, mes affaires sont sur mon vélo, et monsieur ici était avant moi et euh… quelqu'un surveille mon vélo, c'est stressant…
— QU'EST-CE QU'Y Z'ONT TOUS À SE CROIRE À L'HÔTEL ? PAS DE VÉLOS DANS LES CHAMBRES ET ON PAIE AVANT !
— Euh… Madame, j'ai eu un accident aujourd'hui, je suis blessé et très fatigué, je vous demande un tout petit peu d'humanité… Je vais monter mes choses et revenir vous voir une fois douché et changé, d'accord ?
— SI C'EST COMME ÇA, JE PRÉFÈRE QUE T'AILLES AILLEURS, AVEC TON PRÉCIEUX VÉLO !

C'est là que j'ai tourné les talons. Je me suis dominé, vraiment. Mais en sortant, malgré moi, comme un jet de vomi invincible, une voix terrible sort de ma gorge sèche. Des paroles qu'elle ne peut comprendre. Des mots très durs dans une langue rare et lointaine. Les mots qu'on apprend dans la rue, là d'où je viens.

Je cours dans l'escalier. Il fait noir. Je cherche un hôtel. N'importe lequel. Le gentil Espagnol est patiemment assis près de la Gaxuxa avec son fils, qui le mitraille de questions sur mes bagages, ce que je fais, qui je suis… Je dis Québec. Ça ne veut rien dire pour eux. Canada. Aaah sii Canada ! A cerca de estados-unidades. Si señor.

Me voilà reparti. L'hôtel est au niveau de la mer, mais avec la fatigue, je lis les indications de Gégé à l'envers et je me tape une ultime et révoltante ascension pour rien, que je dois immédiatement redescendre. En défaisant mon chemin précédent, je passe près de rouler sur ma baguette, précédemment perdue. Je ne la ramasse pas. Elle était toute mouillée.


Faux Départ

Comme toute vraie journée de merde qui se respecte, celle-ci commence tôt le matin, à un kilomètre du camping. Dans la descente pierreuse qui sert de voie d'accès au terrain, j'entends un frottement sinistre derrière moi et, juste comme j'applique les freins, la Gachucha stoppe brutalement et dérape. Je me retourne pour constater que mon porte-bagage arrière s'est détaché de ses amarres, a pivoté sur son axe, et a entraîné tout le bagage par terre. Après enquête, je découvre que l'imbécile qui a installé la chose (moi) a oublié de serrer deux boulons d'importance capitale. Seconde constatation, je n'ai pas en ma possession la clé nécessaire. C'est dans ces moments que je m'aime le plus, quand j'ai la preuve concrète de ma connerie devant la face. Pas le temps de rester sur cette acrimonie, faut réparer. Les voitures passent en grand nombre, toute pleines à coup sûr de clés de huit, mais personne ne songe à s'arrêter. J'ai défait les sacs et dévissé le porte-bagage. Après de longes minutes assis dans la rocaille brûlante, il me vient l'idée d'utiliser ma détestée béquille comme un étau pour tenir le boulon pendant que je serre la vis du côté opposé. Ça paraît mongolien au possible, mais ça marche.

Je suis en train de remettre le tout en place quand je me rends compte que j'ai légèrement mal calculé l'angle d'un des deux montants. Ça a sans doute bougé pendant l'opération. Je démonte tout une seconde fois. Rien à faire, cette fois. La béquille ne sert plus à rien. Je décide de voir s'il est possible de la tordre en place. Soudain, une voiture s'arrête à ma hauteur et une tête en sort.
— Besoin d'aide ?
— Uhm… C'est gentil ! Si vous aviez une petite clé de huit, pour être honnête, ça me dépannerait plutôt.

Il s'avère être un Hollandais. Après quelques minutes de discussion, nous nous donnons rendez- vous à Rotterdam dans quelques semaines et il me fait cadeau d'une petite clé qu'il gardait juste au cas où… Je serre sa main chaleureusement. Juste comme je le vois partir, je remarque la caisse d'une guitare sur le siège arrière. Eh beh…


Ladron

J'arrête faire mes petites courses après avoir dévalé les collines de Béziers vers le Canal. Un drôle examine mon vélo d'un mauvais œil. Je parviens à séduire les caissières et à entrer la Gaxuxa dans l'immense hall du supermarché. Lorsque je sors avec mes provisions, le type est là qui regarde autour, puis fixe ma monture. Je m'approche de lui.
— Vous cherchez un vélo ?
— As-tu une cigarette ?
— Bonjour.
— As-tu une cigarette ?
— Non.
— As-tu une cigarette ?
— Je ne fume pas.
— As-tu une cigarette ?
— NON.
— As-tu une cigarette ?
— Ok. Tire-toi, blaireau, tu me casses les couilles.
— As-tu… Hon… Mgn.
Il me laisse enfin tranquille.


L'impensable

La controverse est résolue. Depuis le début de la planification de ce voyage que j'entends des avis divergents sur l'état du chemin de halage entre Agde et l'étang de Thau. Juste hier, en demandant à des « habitués » à vélo, j'ai entendu trente opinions irréconciliables. Juste après Agde trois cyclistes m'expliquent le chemin en me disant qu'il n'y a plus de piste à partir du prochain pont. Je suis leurs indications et je me retrouve dans un chemin de ferme qui se termine en cul de sac. De là, ou bien je fais un détour de trente kilomètres (la journée dans le corps), ou alors je reviens sur mes pas.

Donc… Retour au Canal, dont la piste est bien belle. Je l'emprunte craintivement, surtout parce que Gégé m'indique qu'au delà, il n'y a pas d'embranchement routier avant huit kilomètres. Qu'à cela ne tienne. Je dépasse mon géographe de tantôt qui se met à m'engueuler parce que je ne suis pas ses indications. Je souris en expliquant que je n'ai pas envie de faire trente km d'autoroute. Il m'engueule encore. Je freine et pose le pied par terre.
— Cher monsieur, calmez-vous.
Il se tait désormais.

Arrivé presque à la toute fin du Canal, que j'aurais donc fait de bout en bout, je demande à l'éclusier son avis sur le meilleur moyen de rejoindre Sète. Il m'affirme sans hésiter que c'est très roulant du côté Sud, me confirme qu'il le fait souvent à vélo, sans soucis, non, non, pas d'effondrement, plein de gens passent par là tous les jours, des dizaines aujourd'hui, il l'a fait hier, aucun problème, pas de souci, pas de souci, c'est roulant, il regarde mon vélo, bon vélo ! bon vélo ! Pas de souci…

Je suis un chemin de ferme qui longe le canal sur un terre-plein à trois mètres de hauteur. C'est vrai que c'est roulant. Je ris tout haut. Bientôt j'aurai accompli ce truc. Ce vieux rêve. Deux kilomètres plus loin, le chemin disparaît. Il faut rebrousser chemin et prendre une sorte de sentier grossier collé au bord de l'eau, mais pas avant d'avoir fait descendre le ravin escarpé à la bicyclette. Nous atterrissons sur une très étroite bande plate, prise entre le mur du remblais à droite et la berge du canal, à gauche. Les paroles de l'éclusier m'enhardissent et je me dis que ça doit être une petite passe difficile. Qu'après ça « roulera ». On y va donc. De grandes ronces ont envahi le peu de piste et leurs épines me déchirent la peau des jambes et des bras au passage. Les sacoches se prennent dans les feuillages et les foins de part et d'autre. Ouf, ça s'éclaircit de l'autre côté d'un coude dans le canal. Je roule un peu plus. Ma joie est de courte durée. Le tronçon suivant m'oblige à mettre pied à terre. Un soulier de chaque côté d'abord, en pingouin. Mais ensuite, je marche carrément à côté. C'est plutôt difficile. Puis, ça s'élargit un peu, de petites motos semblent passer ici. Je remonte et hop ! Nous avançons bien. Je me demande combien de temps j'ai perdu dans ces méandres.

J'évite un énorme caillou, la roue avant bute contre une racine, je stresse un peu… je reprends l'équilibre, devant, c'est vague, nous roulons dans l'herbe haute, je suis hyper concentré, l'herbe cède, l'herbe ploie, il n'y a plus de sol sous nous. Trop tard. Je réalise la catastrophe et les cheveux se dressent sur ma tête alors que je sors la jambe droite du cale-pied… Ma patte ne trouve rien de solide sous la végétation, le mouvement est irréversible. Je crie NON, NON, NON ! Mon épaule heurte une pierre au fond de l'eau mais je n'y songe pas trop, pas plus qu'au reste, la gaxuxa est par-dessus moi dans le canal ! L'ordi, l'ordi, l'ordi ! Je me dépêtre du second cale-pied en hurlant comme un porc qu'on égorge et je trouve appui dans la vase. Je soulève la Gaxuxa à bout de bras en la prenant par le cadre. Pendant un instant elle ne bouge plus. Je pousse de toutes mes forces mais elle va retomber sur moi, m'entraîner au fond, les muscles de mes bras tremblent à se rompre et mon pied glisse. D'un ultime effort je lui flanque un coup d'épaule sous la selle en même temps que je la projette et ça y est, la roue arrière passe le talus et la Basque va choir de côté sur l'autre versant de l'effondrement alors que je retombe pour de bon à l'eau.

Je m'assure qu'elle ne bouge plus. Je reste là dans l'eau. Une ou deux secondes. Ébahi. Je pense à vous tous. Je sors de la vase en rampant et je m'agrippe aux ronces pour m'affaler sur la terre ferme.

Je ne me souviens pas trop du reste. Je ne vérifie pas les sacoches, je ne fais pas de pause. Mes jambes me mènent et je porte ma petite fortune du mieux que je peux. Aussi incroyable que ça puisse paraître, Imagine me vient en tête. Au bout d'une demie-heure, le petit sentier s'interrompt tout bonnement. À cet endroit, d'autres pauvres bêtas ont dû comme moi escalader le mur du ravin. Je monte en reconnaissance. Plus loin, c'est l'inconnu. Il faut traverser une canalisation en béton au-delà de laquelle s'étire une route sommaire se dirigeant Horus sait-où. Je redescends. Je défais toutes les sacoches et je les monte l'une après l'autre après quoi je vais les porter de l'autre côté de la canalisation. Puis je retourne chercher la Gaxuxa, couverte de boue, d'eau sale, de coulisses de sang. Je réalise que j'ai une prune sur le front. Le guidon, sans doute. Je traîne une petite truelle (pour enterrer les cacas dans la nature et planter les piquets de tente) et c'est avec elle que je creuse deux marches dans la falaise. En tenant le frein avant bien serré et en montant ces marches improvisées une après l'autre, j'arrive de peine et de misère à hisser la Gaxuxa à mi-pente. Sur le tout dernier mètre, je glisse un bras sous le cadre pour me cramponner à un poteau de la clôture barbelée qui domine le monticule. Ma position est à mourir de rire, mais j'ai perdu mon humour dans le canal. Tout en maintenant le vélo serré entre mon corps et la pente, je hausse mon corps jusqu'à ce que je parvienne à prendre appui sur les genoux dans l'embouchure d'un terrier. Puis, comme auparavant, je plaque l'Espagnole sous la selle et je la flanque par-dessus le remblais. J'escalade à mon tour, et je sens ma chemise déchirée et maculée céder sous moi. Je la retire, la roule en boule et la jette par terre, dégoûté. La bouteille de vin est tombée de sa sacoche et semble ébréchée. J'en bois de longues rasades et je la lance dans le Canal.
— Tiens. Bois-ça à notre santé.

Une longue ligne droite bordée de camping cars ceinture la Méditerranée, celle où reposent mes amours. Pas nous, Gachucha, pas nous… Ils se prélassent, jouent à des jeux, seins nus, ventres dehors, planchent, surfent, courent, se baignent, lunettes-soleil, serviettes, barbecues, parasols, ballons, radios, raquettes… Allez, petite, bienvenue dans mon aventure. Ça commence fort, uhm ?! Tu t'ennuie pas de ton magasin poussiéreux ? Il en reste. Il en reste plein. Encore des traquenards, des guêpiers, des sauts dans l'éternité.

Fais-moi mal, Johnny

dimanche 24 août 2008

Les Grandes courbes de Béziers



Les miracles se sont produits samedi matin et tous les petits machins sont arrivés in extremis. Les Beaux Pallois avaient affaire vers la Corse, alors je suis monté dans leur sillage et nous avons tous dormi près du Somail, dans un village appelé Bize-Minervois (ne pas confondre avec Cuni-Ménervepu). Ça m'a vraiment réjoui de retourner là-bas, parce que l'endroit est totalement charmant. C'est marrant, sur une carte routière, on croirait le plus petit hameau de France. Mais sur les cartes du Canal, c'est un fleuron.

Comme prévu, ça n'a pas été de tout repos, la première vraie sortie tout équipé. Chaque sacoche s'est décrochée au moins une fois, la palme revenant à l'arrière-gauche, celle où y a pas grand chose de précieux, Sept. Je suis content d'aller à Sète plutôt qu'à Sansincante-les-Prés. Puisque l'enchantement de mes Pallois d'amour continuait à me nimber, la plus docile (décrochée qu'une fois) était la sacoche-ordi. Je le teste à l'instant même. Todo va bene. Ouf. J'ai donc progressivement modifié les accrochages et les fixations, et je ne peux déplorer le moindre incident au cours des trois dernières heures.




La Gaxuxa aime la route caillouteuse. Et tant mieux, parce que celle-ci l'était ! Ouh. Sans remorque, c'est le bonheur. Le Sud de la France est une contrée esthétiquement époustouflante. Ça me coupe les genoux, parfois. Et je dois descendre prendre des photos. Vous n'en avez que trois, aujourd'hui, passque connexion pourrave. Mais je referai des billets. J'ai laissé la Petite Chinoise à mes potes. Heureusement. Je ne crois pas qu'elle aurait survécu à cette journée cata côté bagages. Par contre, ce soir, elle me manque un peu.

De retour dans le confort fantastique de ma tente. J
'ai trouvé des tas de trucs pour me rendre la vie délicieuse.



Je n'arrive pas à croire tout ce qui vient d'arriver. Trois semaines d'ascension vertigineuse de mon moral, au point où je perds parfois le sens de ce qui se produit. Vraiment, jamais je n'aurais cru que ce petit ouvrage, cette petite laine que je tisse patiemment, ait pu engendrer un tel nombre d'élans. Je suis incrédule et gaga. Enfin, j'ai l'impression de m'approcher timidement de ma belle histoire comme on pointe le bout du doigt de pied dans un lac magnifique. Je sens que je m'échappe d'une chrysalide et que je pourrais pointer mon guidon n'importe où. On dirait que je ni le lieu ni le temps n'ont d'importance. Que je suis à l'orée de liberté. J'ai tant voulu un pays, j'ai tant voulu un chez-moi. J'ai tant cherché les lendemains qui fredonnent, s'esclaffent et sifflotent. Peut-être bien que ma recette toute simple (aimer, apprendre, œuvrer) prend juste du temps à livrer ses fruits. C'est drôle, j'ai craint l'hiver en moi, l'an dernier et c'est le printemps qui commence. Quel paradoxe, la grande guerre qui menace au loin et mon aube se lève. Eh beh…









Des Milles et des milles

Cette chanson tourne en boucle dans ma tête depuis que j'ai monté mes porte-bagages…

vendredi 22 août 2008

La Gaxuxa, fin prête pour le bal



Je vois pas comment je pourrai la laisser toute seule cinq minutes. Je suis pas jaloux de nature, mais… chat échaudé craint la won-ton, comme on dit à Dneppopetrovsk.



Parlant de won-ton, Je vous présente Puff le chat télépathe. Il a réalisé aujourd'hui que je me tirais bientôt et m'a regardé toute la journée avec cette tronche mélo. C'est un chat muet. Sa mère le transportait mal et lui tailladait la gorge en le prenant. On m'a raconté qu'il était tout blanc à la naissance et que c'était assez horrible de voir son sang écarlate maculer son petit cou tout vaporeux. Il n'a jamais miaulé. Ça lui fait une bien drôle de personnalité. En tout cas, il a passé une bonne heure à nous frotter, la Gaxuxa et moi, à grandes gratouilles de ses glandes de possession (situées derrière les moustaches et sur les hanches). Je crois que cet enchantement me portera chance et me protégera des vampires.



* * *
AVERTISSEMENT : RISQUE D'ENNUI PROFOND
La prochaine section parle vraiment de vélo et sera emmerdante pour tout le monde sauf les malades finis de cyclo-randonnée. Vous êtes prévenus. Et nues. Ok. Je procède.

ALUMINIUM ! Je persiste et signe ! Ces bobards de cadres en acier qu'on fait souder dans la grotte de Ben Laden ou le tipi du Gros Serpent ne m'ont jamais convaincu. Le cadre pète, on est dans la marde fois mille, point. Je ne roulerais vraiment pas 50 km sur un cadre fêlé et re-soudé dans la hutte d'un sorcier onicophage en pleine brousse. Point barre. J'ai roulé 10 ans sur Rosie toute en alu, et elle était prête à en rouler vingt autres sans chichis. En plus, j'ai longtemps pesé 110 kg et je ne la ménageais pas côté sacoches et chargement. J'ai testé. J'adopte. Un jour, carbone, peut-être. Mais cromoly, boafh. Pas pour la rando.

Toujours fan convaincu de l'appui-triathlon (tribarre), j'en ai déniché une paire fichtrement légère (160 g) qui se monte bien sur le guidon grande-rando que le gentil vélociste m'a filé gratos après avoir entendu l'histoire tragique du rapt de Rosie.

Les porte-bagages sont fantastiques de solidité, de conception et de légèreté. Par contre, puisque les parents basques de la Gaxuxa n'ont pas daigné la mettre au monde avec des œillets pour un porte-bagage avant, il a fallu pas mal galérer. J'ai finalement fixé des colliers de plomberie sur la fourche télescopique, malgré les admonestations du plus savant vélociste de Pau qui m'a bien juré que la malédiction m'attendait jusqu'à la 333e génération si j'osais mettre des porte-bagages sur cette fourche. Par contre, près de seize milliards de cyclo-randonneurs ont fait la même chose et en parlent sur leurs sites web, alors bon… Plutôt que de changer de fourche, j'ai opté pour le petit risque et… on verra. Il me semble qu'au pire, je vais la tordre, cette fourche, et je devrai alors la remplacer, ce qui revient plutôt au même. Et si ça ne tord pas, beh… Choubidoubidou pou pou pidou !

Cale-pieds, toujours pas capable de me résoudre à mettre des machins-choses dans mes semelles. Surtout qu'il arrive malheureusement que je sois obligé de marcher (ralentisseurs, ponts chaussés de cailloux, etc.) et que pour ça, je préfère sandales et chaussures.

J'ai enfin osé installer une cage à bidon sous la barre. Jusqu'ici, ça tient ! Ça m'en fait trois à portée de main. Yeepee hep hep ! Je n'ai plus la remorque, où j'en entreposais trois bien à l'ombre. C'est ainsi. Hep, hep. J'en traîne un quatrième que je ne sais toujours pas où mettre, on verra dans les prochains jours.

C'est la France. Et donc… Je me retrouve tout en presta. Arrghe, quand je reviendrai, ça sera la croix et la bannière pour emprunter une chambre à air ou une pompe. Uhm… Je devrai peut-être changer de roues si je franchis l'Atlantique, puisque l'orifice pour la valve est trop fin pour accommoder une Schrader et que si j'agrandis le trou, la presta ne se calera plus en place.

Je fais habituellement affaire avec quelques excellentes boutiques de vélo en-ligne qui livrent chaque fois à temps, précisément ce que j'ai commandé, à prix plancher. Je l'ai fait aussi cette fois dans le cas d'un tas de trucs et tout a bien été sauf que… J'ai opté pour une boutique que je ne connaissais pas pour commander mes béquilles, parce qu'ils étaient les seuls à distribuer le modèle exact que je cherchais. Eh bien ces petits oustitis m'ont envoyé deux exemplaires de béquilles no-name, absolument identiques en tout point à la béquille dont je me suis débarrassé en partant de Cognac. Grrr. J'ai passé deux heures à essayer de fixer la seconde au porte bagage, en vain. Faudrait couper deux pièces, en faire souder une troisième… Percer un trou et le tarauder… Grrr-grrrrr ! J'attendrai de me retrouver devant le forgeron de Ben Laden, pour ce genre de connerie. Il pourra faire, c'est en acier. Ça pèse une tonne. Je crois que la béquille est plus lourde que le guidon, nom d'un petit Vishnou en splatman vert lime !

V-Brakes. Je sors du placard et j'avoue : je fantasme sur les freins à disque depuis que j'en ai essayé une paire sur une rando, il y a des siècles. Si j'ai à remplacer ces V-brakes dont tout le monde chante les louanges (légers, fiables, faciles à entretenir et réparer) , ça sera par des freins à tambour. En plus, c'est plus musical ! Patapoum.

J'ai fonctionné dix ans sur du Sora, mais avant je n'avais connu que les manettes sur le tube. Alors ces boutons me mélangent au max et je suis constamment en train de remettre de la tension dans les montées ou de diminuer le couplage dans les plats. Sans compter que parfois je tire la sonnette en voulant freiner. C'est pas gagné pour les premiers jours, mais je devrais logiquement m'accoutumer avant de me prendre un platane. C'est du moins ce que je me complais à espérer.

Pas encore reçu le rail de montage de Gégé. Deux semaines, qu'ils prennent, ces californicateurs vérolés de ma mouise-de-bière ! Demain matin, ou alors les complications commencent. Greh. Idem pour vos noms, que j'ai fait plastifier en ligne chez un service 48h, il y a… six jours. Je commence à croire que « livré chez vous en 48h » veut dire livré chez vous un moment donné quelconque, genre, peut-être, 48h après qu'y soit trop tard. En passant, de bénis donateurs (innombrables) se sont ajoutés en cours de semaine. Si vous faites partie du nombre, sachez que je vais ajouter une section dans quelques jours (48h ?) et que tout sera juste et bon.

J'ai acquis de nouvelles sacoches de devant il y a un mois (pas sur la photo), parce que les autres avaient commencé à me lâcher (sorties du magasin en septembre dernier !). Courroies décousues, perte d'étanchéité, boucles cassées, bref, je ne recommande pas ce modèle. J'ai réalisé que j'étais passé au travers de trois ensembles de sacoches en dix ans, avec un taux de satisfaction très mitigé. J'ai donc fait le saut, une semaine avant la disparition de Rosie et je m'en suis procuré de vraies. Des Allemandes. On raconte qu'elles durent toute la vie. Bref, neuf cyclistes sérieux sur dix les ont adoptées et euh… Je comprends désormais pourquoi. Rosie avait fière allure, les deux fois où je suis allé faire mes courses avec mes sacs bleus, tout neufs. Glp.

Demain, je retourne au Somail et je reprends le Canal du Midi.
Alea jacta est.


Encore une fois…
Merci à vous.

jeudi 21 août 2008

Catadioptres

Une ou deux fois par jour je fais une balade dans le petit village où je me trouve, avec la Gaxuxa. Je la teste, je m'accoutume à elle, ce sont les derniers stades du dressage, disons. Je m'étais toujours dit que si je remplaçais Rosie, j'appellerais le prochain vélo Modestine, en clin d'œil à R.L. Stevenson et son Voyage aux Cévennes avec une mule. Mais quand je suis arrivé ici avec la Gaxuxa, j'ai su qu'elle n'aurait jamais rien de modeste. Elle est Espagnole comme certaines sont Brésiliennes. Elle est Basque comme certains sont Basques. Elle n'a rien de faux, et surtout pas la modestie, même dénudée de ses collants et de ses colliers multicolores. J'ai sciemment mis la hache dans sa valeur marchande, mais c'est pas pour me vanter de la posséder, que je l'ai achetée, ni pour changer de classe sociale, c'est pour rouler !

Pour la petite histoire, je suis hébergé au pied des montagnes par un couple plus-que-charmant. La mère-grand vit là elle-aussi, qui parait trente ans de moins que son âge et porte le nom de mon premier kik adolescent. Vivent aussi dans cette maison de bois adossée à une petite forêt un ado à temps partiel et un matou à poils complets. C'est un oasis de calme et de bien-être. Je me répare et je me prépare.

Mon prochain objectif est pour l'instant de rallier Berlin avant le froid. Disons entre six et huit semaines. Mon plan original était de descendre au Sud par l'Ukraine pour me planquer des neiges. C'est raté. Je n'ai plus le temps. Si les livreurs collaborent un peu, je remonte en selle samedi. Vamos.

vendredi 15 août 2008

Permettez-moi de vous présenter La Gachucha



Elle est née au Pays Basque. Je crois bien que c'est la nièce de Rosie. Elle aime beaucoup rouler, mais elle n'est pas encore tout à fait dressée. On la voit ici avec un seul garde-boue, en voie de préparation, disons.

jeudi 14 août 2008

Eugen Berthold Friedrich Brecht ; 10 février 1898 - 14 août 1956



Devant le rouleau compresseur des années '30 quelques humains se sont dressés. Il m'arrive de chercher dans la foule les Berthold Brecht d'aujourd'hui. Le monstre de fer qui s'approche a cent fois la force de celui de 1938. Il faudra être très nombreux, si nous espérons l'arrêter, cette fois. La guerre le nourrit et la haine nourrit ses chiens.

vendredi 8 août 2008

Marches et démarches sur un marché qui marche à moitié

Je vous dois bien, bande de surprenants survenants, une petite mise-à-jour. Je me suis précipité à Toulouse où un légendaire Gandalf du vélo devait me monter une randonneuse. Il ne retournait pas trop mes appels, mais comme c'était l'ami des amis et que je n'avais aucun autre plan, j'ai suivi cette piste. Il s'avère qu'il n'aura pas le temps de toucher à mon projet avant la mi-septembre. Comme j'essaie de me balader un peu avant qu'y neige, ça va pas le faire.

Je me suis replié sur un autre, spécialiste des fins de série. J'y ai trouvé un vélo étazunien, pas ma marque préférée, mais bon… un truc convenable. Malheureusement, c'est au bout de trois jours de démarches de préparation que le gentil monsieur a commencé à admettre qu'il ne recevrait pas un cadre à ma taille avant une semaine, ce qui tombe pendant ses vacances de août (oui, un vélociste qui prend ses vacances en août…. c'est la France), ce qui fait que le vélo serait monté pour le 15 septembre.

Je suis ensuite allé voir un peu tout le monde qui vend du Cycle dans la ville Rose, pour aboutir chez un GrosMagazin. Ceux-là offrent toutes sortes de machins pour vraiment pas cher, mais pour une raison qui m'échappe, chacun de leurs vélos a une grosse laideur au milieu du visage, une grosse laideur qui coûte la moitié du vélo, que ce soit des amortisseurs bien lourds, un moyeu dynamo (ouach !), ou un porte-bagage énorme limité à 20 kg. Je pourrais prendre le moins pire de leurs machins et remplacer tout ce qui est clinquant destiné au pigeon de service, mais au final, comme je n'ai pas d'atelier, ça me prend un peu la tête.

Donc, me voici ce matin, Rosie est disparue il y a exactement 7 jours. J'habite chez plein de gens géniaux, marrants et très gentils, un jour ici, un jour là… Je suis à demi décidé à faire mon achat sur le Net. Je vous raconterai.

Vos démonstrations de support me tiennent à bout de bras dans ces heures de mer démontée.
Chaque fois que j'y pense, je m'arrête quelques secondes, étranglé par l'émotion.
Je vous prie de me croire que c'est une véritable sensation forte.

Merci.

É.