jeudi 30 octobre 2008

Pas un Chat

Je suis sorti de la maison avec un chat sur la tête. Depuis que je suis ici, il vient dormir avec moi dans mon lit, une nuit sur deux. C'est plus ou moins le minou de la charmante famille d'en bas. En tout cas, ce matin, lorsque je me suis arraché du plumard pour aller réparer l'ordi d'un pote, l'autre zig à moustaches m'a escaladé la veste jusqu'à ce qu'il soit bien installé sur mon échine. Ensuite, il est resté là. Nous sommes allés ainsi aux poubelles, chez le pote, à l'épicerie… Il pleuvait, pourtant. Toute la matinée, il m'a ronronné derrière la nuque. Pas un petit chat non plus. C'est un bon matou, queue coupée au milieu, oreilles bien dentelées. Un vrai de vrai.

Je suis revenu à la maison comme ça, avec l'autre greffe amputé qui me ronronnait sur le crâne, pour le bénéfice de quelques passants amusés. Puis nous avons grimpé l'escalier jusqu'en haut et ce n'est qu'une fois dans notre chambre qu'il a daigné redescendre de son perchoir. Ça me faisait drôle, de ne pas rentrer seul.

mardi 28 octobre 2008

L'Instit

Lorsque je la rencontre pour la première fois, elle est sur la place du marché en plein air, un samedi matin. Elle gesticule et appelle les passants des deux mains tout en hennissant :
— Approchez, approchez, je prends vos photos pour mon blog ! Vous allez être sur mon blog !
Dans une main elle tient un gros Olympus et tout en bougeant ses bras dans tous les sens, clique et reclique sur le déclencheur comme un gamin sur sa console.


Trois jours plus tard, mon pote m'emmène chez elle, qui a une chambre à louer. Nous nous présentons, elle nous montre la chambre, nous sourions tous, la situation semble normale. Jusqu'à ce que je lui écrive mes coordonnées sur un bout de papier. Elle regarde la note et glapit d'un rire moqueur. Je ris aussi, de bon cœur, je suis comme ça, moi, je me réjouis d'avance de ce qui risque de m'amuser. Alors elle dit :
— Ah, ah, t'as fait une faute dans ton propre nom !
Comme je suis plutôt sobre depuis quelques mois, je m'étonne. Je me penche pour voir et elle pose l'index sur la feuille en se moquant :
— T'as mis un accent sur le É.
— Beeeh… Ça s'écrit ainsi. C'est…
— C'est une faute. On ne met pas d'accent sur les majuscules.
— Euh, pardonne-moi, c'est mon nom. Et puis, j'ai une formation de typographe et je t'assure…
— Au Québec peut-être… Mais en FRANCE, c'est une faute de mettre un accent sur une majuscule.
— Mais non. C'est toléré en France d'omettre l'accent, pour des raisons qui m'ont toujours échappé, si ce n'est qu'un souci d'économie datant de l'ère industrielle…
— Je suis INSTIT', tu vas pas m'apprendre ce que c'est que la langue française ! Je suis FRANÇAISE, moi !

Là je me tais.


Quelques jours plus tard je vais voir son blog. C'est cousu, garni, gratiné de fautes. Je songe avec effroi à toute lé élaive ki on dues aprendrent avek sette prof ai je conprens an faim pourkoi les Franssai ne disting plu le futures du contidionnels.

dimanche 19 octobre 2008

Le Progrès



Les ingénieurs de Monsanto sont enfin parvenus à créer un arbre à tomate-tranchée. La petite merveille technologique donne une tranche par année et s'auto-détruit le 11 novembre, juste après avoir envoyé à la maison-mère par satellite un fichier contenant son numéro de série, les empreintes digitales de ceux qui l'ont manipulée, ainsi qu'un reçu pour fins d'impôts et un Certificat de cycle néo-naturel™.

Sauve la Nuit, tome II