samedi 31 janvier 2009

Un Vrai Vol

Je laisse mes choses sur le dossier de la chaise le temps d'aller chercher du fric au guichet. En quittant la terrasse, je commence déjà à me dire que merde, chuis con, si on me pique mon petit sac, j'ai plus de cartes, plus de passeport, plus de téléphone, plus de clés, plus de petit canif marrant acheté je ne sais plus où, du type qu'on ne retrouve jamais plus. Alors je presse le pas.

Je ne sais pas trop pourquoi, mais après avoir récupéré ma carte et les billets, il m'apparaît clair que je dois faire le tour du village par la rue du Pont Vieux pour retourner au café. Pas moyen de faire autrement. Il y a une logique. Alors je décide de courir, parce que je sue dans le cou, en pensant à mon petit sac de cuir.

Cependant, voilà, j'arrive à marcher vite, mais pas à courir. C'est pas que je sois essoufflé, c'est que je ne sais plus. Mes jambes ne bougent pas de manière normale. Je suis comme un gros bambin tentant d'apprendre la course. J'avance encore plus lentement qu'en marchant.

J'entreprends d'analyser ce qui ne va pas dans mes mouvements. Je me rends tout de suite compte que le problème vient du fait que mes orteils ne touchent pas tout à fait à terre. Mes talons sont retenus. C'est comme si je courais dans l'eau. Pire, on dirait qu'on me tire les pieds vers l'arrière… Ou même… Vers le haut… De plus en plus fort.

Je m'obstine à pouloper, mais j'ai l'air d'un vrai débile, en train d'effectuer une gigue grotesque, rappelant vaguement une danse de la pluie commise par un hippopotame dyslexique. J'insiste, convaincu qu'à la longue je me rappelerai comment on fait. Le phénomène empire à tel point que je ne touche plus du tout au sol. Quelque chose me renverse ! J'ai les jambes au dessus de la tête et ma tignasse balaie le trottoir .

Ah ! D'un seul coup, tout me revient. Je me souviens. Je redresse mon corps, je respire, je déploie mes épaules, je relaxe mon dos. Ça y est. Je cesse de lutter. Mais oui. Je n'ai qu'à vouloir aller ici, ou là. J'ai déjà su tout ça, il y a une infinité. Dans la nuit des temps.

Au début, mal assuré, je me donne des élans avec les paumes, sur les murs, sur les clôtures, puis contre les moulures de pierre des fenêtres et des corniches. Je file comme une étoile, à quinze mètres du macadam. Je réalise que je peux glisser ainsi silencieusement jusqu'à Bornéo, Buenos Aires ou Ankara. Je songe à mon petit sac de cuir sur la terrasse et je sens un apaisement fulgurant m'envahir. Aucune importance ! Je n'ai plus désormais ni désir ni besoin.

jeudi 29 janvier 2009

Rupture amoureuse

On se voyait depuis mon arrivée, à temps très partiel. Puis, inexplicablement, pendant deux semaines, tout le jour, toute la nuit, sans arrêt. Nous avons dormi dans le même sac de couchage, en cuiller. Je l'ai photographié, il me grimpait sur les épaules, nous passions des heures à nous regarder dans les yeux, épris, frissonnants d'amour vrai et pur.

Dimanche, petit drame, j'arrive au fond de son sac de Félicroutine-plus Nouvelle Formule au poulet du Gers. Qu'à cela ne tienne ! Je prends mes bonnes chaussures et je pars me promener en direction du seul marché ouvert de la région. Je suis un type responsable, malgré les apparences. Je reviens une heure plus tard et Charkane est affamé ! Il crie, il gémit ! Me voir ouvrir le sac le calme et il se met à faire du Harley, mrmrmrmrmrmrmrmr. Il s'approche tout heureux de son plat et renifle le beau monticule tout frais que je viens de lui verser. Il stoppe net et me regarde, interdit.
— Mra ?
— Oui, oui, minou. Bon manger miam-miam.

Il en prend une du bout des dents. Puis une autre. Il mâche mollement, comme pour me faire plaisir, pour rendre la monnaie, genre « merci pour l'effort, imbécile ». Puis il se retourne et, d'une patte dégoûtée, gratte le plancher pour enterrer son plat. J'aurais fait caca dans son écuelle, c'est du tout pareil. Il lève la tête bien haut et demande la porte qui mène au toit. Je lui ouvre, il sort. Je ne l'ai pas revu depuis. C'est fini.

mardi 27 janvier 2009

Se Joindre à la Gaxuxa : encore des questions

De sympathiques participantes me soumettent encore des questions d'une grande pertinence.

Combien ça coûte ?

En France, je l'ai déjà dit, ça ne me coûte pas cher, vivre. Je bois des rouges pas chers (1 ou 2 € le litre), un petit chèvre (1.20€), de la semoule (2€ le kg), des lentilles (idem), des pâtes, machin. Les légumes, les fruits, presque tout est équivalent aux prix nord-américains ou moins cher. Mon marché me coûte environ 20 € par semaine. Ajouter quelques cafés-crème et recharges de téléphone. Ce qui arrache les poils des endroits sensibles, c'est surtout le pétrole et les loyers. Bizarrement, la bière aussi, est chère. Comme nous pédalerons le jour et camperons le soir (tous les confirmés sont en cyclocamping jusqu'à présent)… Y a pas trop de souci.

Vers l'Est, il faut s'attendre à un pic en Suisse (chère), suivi d'une chute régulière des coûts à mesure qu'on avance vers l'Est. La Roumanie et la Bulgarie ont la réputation d'être les pays les moins chers d'Europe. La Moldavie n'est pas encore tout à fait en train de devenir le nouveau Las Vegas et l'Ukraine non plus. Quant à la Pologne, la Biélorussie (pas garantie sur l'itinéraire) et les pays Baltes, on les dit plutôt calmes au niveau de l'inflation. L'Allemagne est censée ressembler à la France dans sa partie Ouest et aux nouvelles républiques du côté Est.

Un couple de cyclos de mes amis a vécu quatre années avec un budget de 150 € par mois à deux. D'autres dépensent cette somme chaque jour et se plaignent de manquer de tout (authentique). Faut voir de quel type vous êtes.


Assurances

Les assurances sont comme la guerre, un esti de racket à marde. Prenez-en quand même, comme ça je ne vous aurai pas conseillé un truc terrible et anti-sôôcial. Ne serait-ce que sur le billet d'avion, c'est bien pratique quand votre ligne aérienne fait faillite pendant le voyage. Remarquez que ça a été mon cas et que j'attends toujours mon cash. Une dame bien frileuse m'a prévenu que si je tuais un enfant sur le bord de la route avec ma Gaxuxa, ça me coûterait très cher. J'irai aux travaux forcés. Si jamais ça se produit et que je suis dans le tort (pas si je fais l'objet d'une obsession frivole de la part d'un crisse de twit qui sait pas freiner son bécyk de carbone à 50 000 €), je paierai le coût de remplacement du bébé, de ma poche. Yip-yup. Der message izt clair, enlevez vos bébés de devant la Gaxuxa, schnell ! Achtung !


Températures

Question légitime d'une participante, qui s'interroge sur les conditions météo à prévoir. D'abord, mon avis non-scientifique : Je n'ai eu que des temps de merde depuis que je suis parti et ça ne peut que s'améliorer, donc, pas de pluie, pas de canicule, pas de froid non plus. En plus, Obama va s'arranger pour qu'y fasse beau tout partout dans le ti-monde global avec ses belles vibrations de beau bonhomme souriant plein d'entrain et d'entregent d'amour. Yea.

Je vous ai inséré ci-bas quelques températures en fahrenheit, juste pour faire virer tout le monde en bourrique ! H veut dire maximum et L le contraire. Je n'ai pas encore trouvé les moyennes des pays situés plus au Nord, mais euh… Au pire, on s'achète une petite polaire au supermaché. Les données ci-bas indiquent des moyennes minimales de 8c la nuit (Hongrie en avril) et des moyennes maximales de 28c le jour (Roumanie en août). Grosso modo, nous devrions nous trouver en France en avril, passer par la Suisse, l'Allemagne, l'Autriche, la Slovaquie et la Croatie en mai, puis par la Roumanie, la Bulgarie, la Moldavie et l'Ukraine en juin. Le but est d'atteindre la Pologne quand la neige a fondu et que la boue a séché, au début août (c'est un gag).


Ville


Avr Mai Jui Jul Aou Sep



Bucharest, Roumanie




H


62 72 79 82 82 75






L


42 51 58 60 59 52



Belgrade, Serbie




H


61 71 76 81 81 75






L


43 52 57 60 60 54



Budapest, Hongrie




H


60 70 75 79 79 71






L


41 51 56 59 59 52



Vukovar, Croatie


H


59 69 75 79 77 72






L


45 54 60 62 61 55













































dimanche 25 janvier 2009

samedi 24 janvier 2009

Se Joindre à la Gaxuxa : Les transports

C'est où ? C'est quoi ?

Les trois grands centres de la région sont Avignon, Nîmes et Montpellier. Marseille est également près d'ici, à deux heures de voiture. Que vous arriviez en train ou en avion, il nous sera sans doute possible de venir vous cueillir en bagnole. Il n'y a plus de train reliant la région au Monde, mais il existe un autocar.

Il est également possible d'atterrir plus loin (Paris, Lyon, Barcelone, Bordeaux, Genève) et de prendre le train jusqu'à Nîmes, souvent pas très cher. Le défaut est évidemment la portion où vous devez déplacer vos affaires à l'arrache entre le carrousel des bagages et le compartiment du wagon. Ne comptez pas trop sur la bonne volonté des voyageurs, sauf si vous êtes une jolie dame, et encore. La solution des braves est de remonter le vélo à l'aérogare et de pédaler jusqu'à Sauve, évidemment, mais si vous avez peu d'expérience, il sera plus profitable de nous laisser vous ramasser, surtout qu'on arrive parfois complètement abasourdi d'un interminable voyage en avion les genoux dans les dents.


Avion pas cher

Il existe une véritable invasion de sites électroniques de vente de billets d'avion. Pour les Québécois, je peux recommander (sur demande) une agence de voyage de loin supérieure aux autres. Pour le train en France, c'est sur ce site, autrefois exemplaire et désormais un cauchemar ergonomique.


Retour

Pour votre billet de retour (depuis un certain temps un aller-retour coûte moins cher qu'un aller-simple), prenez-le loin (mi-novembre pour zone de confort), ou amovible, sauf pour ceux et celles (de plus en plus nombreux) qui prévoient se joindre à nous pour une courte période. Ceux-là devront faire montre de beaucoup de zen et d'un haut sens de l'impro, par contre, puisque nous ne savons pas d'avance où nous nous trouverons de façon précise. Vous avez tout le loisir de nous donner rendez-vous au Café Central à Sofia le 7 à midi, mais nous serons peut-être en train de bivouaquer à quatre pattes dans les Carpates. En fait, pour ceux qui comptent procéder ainsi, la seule solution pragmatique sera d'acheter votre billet deux semaines avant votre départ, en fonction d'où nous nous trouverons à ce moment-là de l'aventure. Enfin, vous vous amuserez bien à gérer tout ça.

Se Joindre à la Gaxuxa : Foire aux questions, la suite

Le Nom

Certains le savent peut-être, d'autres l'ignorent, ou s'en battent les rustines, la pression vers une nouvelle grande horreur mondiale monte. Comme nous allons traverser des tas de pays au cours de cette randonnée et que beaucoup d'entre eux font justement l'objet d'enchères impérialistes de part et d'autres, j'ai eu l'idée d'appuyer un peu sur le sens pacifique et jovial de notre projet. Il serait bien de trouver une formulation qui souligne cet aspect de la chose. Je n'ai jusqu'ici trouvé que des noms nuls à chier, si poches que je n'ose les écrire ici, même pour vous faire rire. J'attends les propositions.


Les Invitations

L'expédition est ouverte à absolument tout le monde. Par contre, il faut bien comprendre que nous vous invitons à rouler à nos côtés, à voyager en notre compagnie. Nous n'organisons pas une activité. Nous ne sommes responsables que de nous mêmes et il en va de même pour les personnes qui nous rejoindront. On m'a demandé si j'accepterais de prendre avec moi deux bambins ! La réponse est non. Si des familles se joignent à nous, nous les accueillerons. En fait, nous sommes dans un état d'acceptation globale de ce qui nous sera présenté.


Hébergement avant le tour

Comme certains vont venir nous rejoindre de très loin et seront affectés par la fatigue du voyage et le décalage horaire, nous avons prévu une bonne semaine d'accueil ici à Sauve. Nous pouvons sans trop de mal offrir 4 chambres, une au village et les autres au mas, où nous pouvons accommoder autant de tentes qu'il en viendra. Au cours de cette semaine-là, la troisième d'avril, nous irons faire quelques balades (à vélo) et il sera possible d'aller à Nîmes et Montpellier se procurer ce qui manque au niveau des préparatifs. Nous en profiterons pour ajuster les vélos et se familiariser les uns avec les autres. Il est bon de noter que le samedi 19 a lieu le fameux carnaval de Sauve. Comme la plupart auront vraisemblablement la gueule de bois le 20, nous prendrons la route le lundi 21.


Istanbul

Non, nous ne ferons pas « un petit détour » par Istanbul.


Couch Surfing, etc.

Oui, nous utiliserons au maximum les services du type Couch Surfing, Warm Shower, et tutti quanti, dont je suis un membre actif et enthousiaste. Essentiellement, s'il est possible de planter les tentes dans le jardin, prendre une douche chaude et recharger les batteries des appareils, c'est le bonheur.


Les Freins

Ah, là-là ! Les freins. Trancher ce nœud, c'est comme se mettre le doigt entre cathos et protestants ! Voici ce que j'en pense.

Les freins à disque hydrauliques fonctionnent à merveille, réclament beaucoup moins d'attention, se foutent de la pluie et de la saleté, usent moins les patins et les jantes, coûtent une fortune, sont plus lourds et sont pratiquement irréparables hors des grands centres urbains.

Les freins à disque mécaniques ont les défauts de tous les autres freins, et certaines qualités dont le prix ne fait pas partie.

Les cantilevers sont dangereux, oubliez-ça.

Les V-Brakes sont désormais la norme, pour le meilleur et pour le pire. Ils sont légers, peu coûteux et fonctionnent en général à merveille. On peut les réparer aisément soi-même et les pièces se trouvent partout. Il faut par contre les ajuster tous les deux ou trois jours, après une chute, après une journée de descente, après un rhume et avant de faire l'amour.

Tout cela étant dit, les freins, c'est pour les mauviettes. Vous pensez déjà à freiner ?! On a encore sept ou huit mille kilomètres à se taper. Le vrai cycliste ne freine que pour la pause-merlot. Ah, ah, ah…


Vélo Couché

Parlant de religion, il y a celle du vélo-couché. Inutile de me demander ce que j'en pense, je n'ai pas encore tenté l'expérience. Les utilisateurs disent aller beaucoup plus vite et sentir moins la fatigue. À mon avis, chacun son truc. Je n'aime pas rouler avec la tête à la hauteur des pare-chocs et des pots d'échappement. J'ai vu très peu de vélos-couchés permettant de porter autant de bagage qu'un vélo droit. Par contre, l'an dernier, j'ai roulé quinze kilomètres derrière un vélo couché recouvert d'une coque en plexiglas, qui avait l'air d'une ancienne formule un. À un mètre derrière et à un angle de 30 degrés vers le fossé, mon vélo était carrément aspiré et je n'avais à pédaler qu'un petit coup toutes les dix secondes. Un vrai charme. Les vélos-couchés semblent coûter en moyenne 2000 € (3000 $) sans accessoires. Pour le même prix, il est possible de se procurer la Rolls Royce des randonneuses, entièrement équipée, plus les sacoches, les pièces de rechange, une bonne tente, une caisse de couscous et un tonneau de single malt.


Walkie-talkies

Pour une raison absolument inexplicable, les Français appellent les walkie-talkies des talkie-walkies. Ça me perturbe. C'est justement un Français qui demande si nous avons songé à nous équiper de talkie-walkies. La réponse est non. Mais si quelqu'un en apporte et qu'ils sont légers, pourquoi pas. Le monsieur souligne que c'est un moyen de communication efficace et gratos, d'une portée de 5 km. Je n'ai rien contre.


Armes à feu

Non.


Drogues

Non.



Légumineuses sèches qu'on peut faire tremper ensuite et qui donnent des protéines et des glucides anti-oxydants bios, sains, faibles en pics d'insuline et gorgés de fer et de vitamines et remplacent très efficacement les pâtes et les céréales


Oui.


Campings

Un petit malin me souligne que c'est bien beau le camping sauvage, mais que les campings commerciaux ne sont pas toujours glauques et louent souvent à l'emplacement, et non au campeur, et qu'ainsi, il pourrait être possible de compter sur des douches et de l'électricité pour quelques centimes par personne. Je dois admettre que je n'y avais pas songé. Zéro dépense est mieux que pas cher, mais douche chaude est mieux que lingette. Nous verrons, je crois. On verra. Qui disait ça souvent, uhm ?!…


Commandites

Oui. Certains rigolos m'ont écrit pour me dire que je devrais trouver des commanditaires. Je suis d'accord et je compte sur leurs contributions. Faut pas vous gêner, surtout. Oh, non. Je/nous sommes ouverts à toute forme de proposition, surtout celles qui vont dans le sens de nous donner accès à plus de vin.



Voilà pour aujourd'hui, on se retrouve dès bientôt pour une autre immense empilade de réponses toutes plus sages les unes que les autres.

vendredi 23 janvier 2009

Signe de guérisoooon ?

Je me suis réveillé vers 2h du matin, triste à mort…
Mais je ne savais pas pourquoi. J'ai allumé la lampe et j'ai lu jusqu'à l'aube.
Joe prenait l'avion pour l'Allemagne, un autre pote était malade…
J'ai carrément oublié, nous étions le 20.
Mon corps se souvenait, lui.
Le pire, c'est que j'ai pensé à elle, cette nuit-là, sans même me rappeler de la date.
Un an et demi. Incroyable.
J'ai peut-être plus de cœur.
Ou alors je suis mort, moi aussi.
Ou… au contraire !
De retour !…
Vivant ?

Onde flore




mercredi 21 janvier 2009

lundi 19 janvier 2009

vendredi 16 janvier 2009

La Gaxuxa se dégourdit




Depuis quelques jours, ceux qui regardent le ciel y voient les escadrons des migrateurs. Le soleil est au beau fixe du matin au soir. La voûte, azur, sereine, pleine… Et puis Joey et moi, beh… nous avons commencé les randos de remise en forme. Y fait pas chaud dans les descentes, ça c'est quand même vrai… Mais quand on grimpe, ça dégouline !

J'ai l'occasion, calmement, de faire connaissance avec cette sacrée bécane d'enfer que nous avons créée, vous et moi, chers lectrices lecteurs… Oh… Elle roule, la Gaxuxa, elle y va, c'est un charme. Gracieuse, oui.

Gratitude est aussi son nom.

mardi 13 janvier 2009

lundi 12 janvier 2009

Se joindre à la Gaxuxa — Foire aux questions

Je suis étonné ! Neuf personnes ont manifesté l'intention de participer au Tour de l'Est de la Gaxuxa. Je le croirai le jour du départ, mais c'est fichtrement chouette. Beaucoup ont déjà roulé, certains bien plus que moi, d'autres jamais. Les questions fusent et c'est pourquoi je me propose d'y répondre ici. Je ne mentionnerai aucune marque. Si vous désirez connaître mes idées là-dessus (j'ai mes préférences, ainsi que mes avertissements tonitruants), il faut m'écrire un courriel.


Le Vélo
Comme nous allons voyager à bicyclette sur plus ou moins 7000 kilomètres, le vélo lui-même a une importance non négligeable. Je vous fais part de mes recommandations, qui valent ce qu'elles valent. Il y a des écoles pour et contre pratiquement chaque aspect. Une personne d'un certain âge me demande s'il peut se joindre au groupe sur une mobylette. La réponse est que ce n'est pas le trip envisagé. Je préfère de loin qu'une personne impose à tout le groupe un rythme plus lent. Ça, on s'en fout. On s'attend pour les pauses. On rigole. On fait à manger. Au pire, l'assistance électrique, au pire…

Le cadre
Prenez un cadre solide et léger. J'ai roulé onze ans sur de l'alu et je n'ai jamais vu de fissure ou de soucis quelconques. Chromoly, titane, carbone, platine, uranium appauvri, je crois que le confort vient de la souplesse et de la légèreté. Un vélo un peu lourd mais bien équipé sera plus agréable à employer qu'une fusée de course à laquelle il manque des essentiels. Je ne ferai pas le détail des évidences, du genre la taille du vélo et caetera, ça sera le boulot de votre vélociste.

Le guidon
C'est mon avis bien à moi, mais je ne recommande vraiment pas de partir sur de longues distances sans un guidon permettant un minimum de trois positions pour les mains. Ensuite, il est primordial de bien enrober les poignes, histoire d'atténuer l'impact sur les mains, les bras, les épaules, et ultimement, le dos. Je crois qu'il est hyper utile de pouvoir compter sur une potence à angle variable, ce qui permet dans les premières semaines d'ajuster l'ergonomie de la bicyclette à son corps.

La selle
Vous serez assis dessus des milliers d'heures. Il la faut solide, confortable, qu'elle respire. À ne pas négliger. Cela étant dit, il est classique de rouler quelque temps avec la selle fournie par la manufacture, avant de commencer à tenter d'améliorer cet aspect très central de la vie en rando.

Vitesses
Ce type de randonnée met sous nos roues un grand nombre de situations contradictoires. Il est important de compter une cassette offrant un large éventail de développements, histoire de pouvoir profiter des longs plats, mais également d'avoir de la réserve lors des ascensions. Le nombre de vitesses n'est pas si important que l'écart entre les engrenages. Remarquez aussi qu'un plateau de neuf utilise une chaîne plus étroite, donc potentiellement plus fragile et plus difficile à remplacer (c'est le cas de la Gaxuche).

Pédales
Je recommande les cale-pieds ou les clips, qui permettent de faire travailler tous les muscles de la jambe. Le collègue Daniel m'a montré des chaussures d'allure très normale dotées de clips sous la semelle, ce qui peut être fort sympathique. Par contre, au cours de la première année de mon voyage, j'ai dû escalader des murs, traverser des ruisseaux, marcher dans la boue et la caillasse, porter la bécane dans toutes sortes de jungles et de savanes. Pour ces raisons, je m'obstine à refuser les clips. Je peux ainsi rouler en sandales quand il fait 40c et en souliers couverts quand ça pèle. Je recommande à tout participant une paire de pédales neuves au départ, parce qu'une pédale qui cède, c'est la cata.

Roues
Je crois qu'on nous bassine un peu sur les roues. J'ai des roues de tank sur la Gaxuxa, plutôt lourdes. Il est vrai que nous roulons chargés à bloc, mais je n'ai jamais changé les roues de Rosie, et jamais je n'ai eu le moindre souci. À voir. Je dirais que si vous n'êtes pas des colosses, inutile de se soucier de cet aspect. Notez qu'en Europe, les roues sont souvent calibrées pour les pneus presta.

Pneus
Des pneus de route. Les pneus de montagne sont trop lents, les pneus de course deviendront vite inconfortables. Il faut évidemment un pneu de rechange, ainsi que quelques chambres à air et un jeu de rustines.

Fourche
J'ai toujours refusé les fourches télescopiques, que je jugeais lourdes, chères et inutiles. La Gaxuxa en est pourvue, et à dire vrai, c'est vachement confortable. Ça complique la vie côté installation du porte-bagage avant, à n'en pas douter, mais ce n'est pas non plus de la science astronautique. Idéalement, choisir une fourche qui permet de bloquer l'amortisseur quand la route est belle.

Porte-bagage
À moins d'y aller avec l'option remorque (qui a ses inconvénients majeurs, mais également un ou deux avantages), il faut des porte-bagages à l'avant et à l'arrière. Ceux-ci doivent être solides, durables, et… si possible, légers. Des porte-bagages de mauvaise qualité peuvent se rompre sous le poids des sacoches en pleine roulade et coincer une roue. L'enfer.

Sacoches
Imperméables, assez grandes pour vos possessions, il va sans dire, et dotées d'un système d'accrochage fiable et reconnu. Certaines sont très chères et ne valent pas de la câlisse de marde. Il est bien pratique d'avoir quelques compartiments et des possibilités d'accrocher certains objets à portée de la main. L'ensemble classique comprend deux petites sacoches à l'avant, deux grandes à l'arrière, une sacoche de guidon rigide et aisément amovible et une poche de type rackpack sur le porte-bagage, contenant le matos de camping. Certains préfèrent charger plus l'avant du vélo, évoquant de sombres théories gravifiques. Par contre, plus les sacoches avant sont lourdes, plus on force des mains pour garder la roue dans l'axe.

Quincaillerie
De deux à trois porte-bidons. Une pompe (s'assurer de la compatibilité de son embout avec vos chambres à air — presta/schrader). Nécessaire de réparation, clés, outils. Réflecteurs. Tendeurs. Sonnette (il existe une sonnette-boussole très cool). Rétroviseur. Béquille(s) — je cherche encore à mettre la main sur une de ces légendaires mini-béquilles belges qui s'arriment au porte-bagage avant, ce qui permet une grande stabilité du vélo une fois chargé. Une bicyclette qui se jette sur le côté à tout bout champ tombe toujours du côté de l'ordinateur portable ou de l'appareil photo.

Éclairage
Il est impensable de partir sans feux arrière et avant, d'une puissance suffisante pour signaler votre présence aux automobilistes. Je ne recommande absolument pas les dynamos, même dans le moyeu. Il en existe une très efficace, qui coûte le prix d'un vélo bas de gamme. Quant aux autres, vérifications faites dans le monde réel, elles vous empruntent de 10 à 30% de votre énergie (même avec le phare éteint). Simplement, c'est un racket. Des accumulateurs (piles rechargeables) seront tout aussi écolos, plus fiables, moins lourds, et ne prélèveront pas constamment une part importante de votre feu sacré.

Équipement du cycliste
Les habits de coureurs cyclistes en spandex fluo sont interdits. Pour ce qui est du casque, chacun vit sa vie, c'est chaud, c'est moche, c'est encombrant, mais ça protège en cas de blessure à l'arrière de la tête, ce qui peut quand même être utile. Les lunettes pare-soleil sont presque indispensables, ne serait-ce que pour bloquer le vent, les mouches, la pluie et les crachats des camionneurs. Les cuissards font partie du stock de base, c'est triste de saigner du cul. Les gants de vélo ont deux fonctions, ils doivent protéger le dessous des mains (doigts et paumes) et permettre de s'essuyer le visage. Deux paires, c'est pas du luxe, parce que ça se mouille. Une paire de gants de vélo chaude est bien pratique, mais je choisis toujours des gants une taille au-dessus, que je peux glisser par dessus une paire de gants de laine.

Passeports, visas, etc.

Les Canadiens qui se rendent en Ukraine, en Pologne, en Bulgarie, en Moldavie et en Roumanie doivent être en possession d’un passeport canadien encore valide pendant au moins six mois après la date prévue de leur arrivée dans le pays. Quant aux citoyens de l'Union Européenne, ils voyagent librement entre tous ces états sauf l'Ukraine, qui malgré tout n'exige pas de visa pour des séjours de moins de 60 jours. La Suisse fait désormais partie de l'Espace Schengen, une zone de 3,6 millions de kilomètres carrés permettant la libre circulation des personnes.

Pour ce qui est des médicaments, la collaboration des pharmaciens peut varier à l'infini. S'assurer en tout cas de transporter une prescription valide, le cas échéant. Notez également que les formules sont parfois radicalement différentes d'un côté et de l'autre de l'Atlantique (les Français n'ont jamais entendu parler d'acétaminophène, par ex.).

Un truc qu'on m'a montré qui m'épate toujours, c'est de scanner toute la paperasse avant le départ (passeport, cartes, etc) et de se l'envoyer à soi-même par courriel sur un compte web. Ainsi, en cas de vol, un simple accès à Internet vous redonne votre identité, pronto.


Camping
Si vous comptez suivre la caravane mais dormir à l'hôtel et à l'auberge, ne lisez pas ce qui suit. Ou alors faites ce que vous voulez, après tout, c'est votre vie. Je signale aux québécois que contrairement à la rumeur, l'équipement de camping est infiniment moins cher en France qu'au Québec, surtout dans les grandes chaînes de matériel de sport. Ce ne sont pas les endroits les plus sympathiques à fréquenter, nous sommes d'accord, mais certains items y sont dix fois moins chers que de l'autre côté de la grande flaque. À surveiller avant de se lancer, donc.
Tente
Une tente ultra-légère, c'est super. Par contre, le grand défaut de plusieurs de celles-ci, dont la mienne, est le fait qu'on ne puisse pas planquer le vélo dans le vestibule.

Comme nous planifions une importante proportion de camping sauvage, il serait préfèrable que les membres de l'expédition évitent le plus possible les toiles de tente jaune néon, bleu réflex, et rose phosphorescent. En fait, vert, brun, noir, euh… même camouflage, oui… même camouflage.

Je recommande deux bâches, une pour le sol, qu'on place sous la tente, et une qu'on suspend au-dessus pour protéger le campement de la pluie et du soleil. La seconde n'est montée que quand on s'arrête pour quelques jours. Les poteaux sont trop lourds et peuvent être remplacés par des mousquetons permettant d'arrimer les coins de la bâche aux arbres, clôtures, etc.

Il existe en France un type de tente assez populaire qui s'installe en moins d'une minute, montre en main. Par contre, il faut savoir que la seule façon de transporter cette tente à vélo (son emballage forme un large disque) est de lui donner la place d'une sacoche entière, ce qui n'est pas nécessairement toujours possible au plan de l'espace et nécessite un certain bidouillage.

Couchage
Un sac de couchage trop chaud peut être ouvert, mais une protection insuffisante risque d'entraîner des conséquences navrantes (morve au nez, éternuements, amputations, mort). La légèreté est une priorité, quand même. Pour ce qui est des matelas, oreillers, couvertures, etc., ça devient une question de goût et de tolérance. Je recommande malgré tout de se munir de deux ou trois couvertures thermiques (de survie), qui ne pèsent que quelques grammes et peuvent également servir de pare-soleil, de fond de tente, de robe de soirée, et sont bien utiles par jours froids et pluvieux, lorsqu'on doit s'arrêter pour réparer une avarie. Un bonnet sur la tête, ça fait joli.

Popote
J'ai choisi un réchaud incroyablement léger et minuscule qui fonctionne très bien. Par contre, pour les remplacements de bonbonnes, c'est un peu la croix et la bannière. Il existe des produits scandinaves très bien conçus qui permettent l'emploi de multiples combustibles, dont le très simple alcool de bois, universellement disponible. Enfin… des heures de plaisir… Se retrouver loin de tout sans combustible est assez désagréable, surtout que les pâtes, le riz, la semoule, sans cuisson, c'est moins bon. Il faut une casserole, des assiettes, un bidon très étanche pour l'huile, l'évidence, quoi ! Un bon couteau… Machin…

Hygiène
Quoi ? Moui. Eh, eh. En camping sauvage, l'ami du cycliste, c'est la lingette. Sinon, y a aussi des techniques éprouvées comme le gant savonné, etc. Prévoir deux serviettes, légères, bien sûr. Si nous sommes un bon groupe, il pourra être possible de faire chauffer de l'eau en quantité. Il existe également des douches solaires très efficaces. Plus nous sommes nombreux, plus nous pourrons envisager de répartir certains effets de bien commun. On ira de temps en temps se décrasser pour de vrai dans des endroits civilisés. Un peu de détergent pour faire la lessive dans les lavabos… Une corde à linge… Quelques pinces (pratiques à bien des égards)… Le reste, boah… Chacun ses limites.

Éclairage
Il existe une lanterne à chandelle très chouette. Ça chauffe la tente assez pour zapper l'humidité, et ça éclaire. Certains modèles triples peuvent même servir de réchauds. Sinon, il faut prévoir une petite lampe, que voulez-vous. C'est ainsi.

Communications
Règle générale, si vous possédez un téléphone portable, il vous est permis de le faire débloquer. Habituellement, si vous payez votre forfait depuis plus de six mois, ce service est gratuit. Une fois votre mobile débloqué, il est désormais possible pour un très faible montant (entre 5 et 15€) d'acquérir une puce sur place, permettant de communiquer à des taux locaux. Vous conservez votre puce d'origine en lieu sûr et de retour au pays, vous procédez à l'échange.

Je voyage avec un ordinateur portable, qui ne sera malheureusement pas disponible pour les besoins des autres voyageurs. C'est bête et méchant, mais c'est ainsi. Je ne saurais trop vous recommander d'apporter le vôtre, qui vous permettra de télécharger vos photos, de communiquer par courriel un peu partout, ainsi que d'utiliser des logiciels de téléphonie pour entrer en contact avec vos intimes. Certains d'entre nous sommes blogueurs zé blogueuses, ce qui fait que nous tâcherons de toute façon de toucher à des bornes Internet de façon très régulière. Un petit disque externe de sauvegarde placé dans un sac imperméable rembourré est férocement à conseiller. Autrement, de petits locaux Internet pullulent en Europe, dans lesquels ont peut habituellement surfer une heure pour 2 ou 3 € ou moins. Soyez prévenus que c'est une expérience, disons, semi-sympathique, et que dans beaucoup de pays d'Europe, le standard est le clavier Azerty (un fromage azerty en vaut deux).



Voilà, pour l'instant, c'est tout, je vous reviens bientôt avec d'autres détails. N'hésitez pas à m'écrire en privé pour poser des questions, prendre des renseignement, annoncer vos couleurs, etc.

dimanche 11 janvier 2009

samedi 10 janvier 2009

Miroir d'un texte de Butch

Lire l'original de Gaétan Bouchard, qui m'a rappelé l'anecdote qui suit.

Un truc semblable m'est arrivé trois fois en douze ans dans mon épicerie de quartier à Mtl. Une fois le mec a voulu voir mon bluff et m'a attendu dehors après m'avoir hurlé des tas de trucs. Il avait giflé son fils, envoyé chier la caissière, bousculé un robineux. Je suis sorti et je l'ai vu. Ok. J'ai rangé mes lunettes, déposé mes sacs, et je suis allé le rejoindre. Pof ! Je l'ai poussé, pour me mettre en train… juste une bonne poussette, comme pour briser la gêne. Il est allé rouler dans le banc de neige, à cinq mètres de là ! Sa blonde, couverte de honte, est partie en m'injuriant et en traînant son bambin hors contrôle par le capuchon du manteau.

Le matamore s'est relevé. Il pleurait.
— Man ! Toué t'es-t'un vra. Man ! Man !
Il pleurait à chaudes larmes.
— Man ! Stie que j'en peux pus ! Chufffatiké ! Esti chufffatiké ! C'est trop dur, la vie, buddy…

Ça m'a pris à la gorge et je n'ai pas pu réprimer un sanglot, tellement c'était vrai. Alors j'ai ramassé mes sacs et j'ai traversé la rue vers chez nous. Il m'a suivi en dégouttant du nez et en gémissant :
— Toué t'es mon chum, toué t'es mon chum ! Tu-veux-tu être mon chum, man ! Tu te laisses pas manger la laine su'l'dos, toué. T'es pas comme toutes les autres, asti d'câlisse de tabarnak ! Ké-bé-coué, asti ! Ké-bé-coué d'french-canadian-peasoup, esti ! Toutes des pissous, câlisse… Eh, attends-moué, esti, padeyou's'tu resse, man ?!

Je me suis retourné et je l'ai appuyé dans le mur du club vidéo. Mes sacs d'épicerie dans la gauche, ma droite à sa gorge. Je l'ai fixé dans les yeux. Il avait de petites pupilles très bleues, injectées de sang. Il bougeait, tentait de se défaire, mais je l'avais cloué là, la nuque sur la brique blanche. J'étais bien décidé à l'envoyer aux urgences pour un long séjour, mais pour ça, fallait que je lâche mes sacs d'épicerie, qui allaient tomber dans la sloche brune. Comme je tentais de résoudre ce dilemme, il a faibli, s'est mis à glisser le long du mur, s'est assis par terre devant moi. Le cul dans la neige dégueulasse, juste sous une gouttière.

— Va chier, esti. Va chier.

J'ai repris ma route vers l'Est, et ce n'est qu'en tournant sur Messier par le terrain vague que les tremblements se sont emparés de mon corps. Je pensais à mon cher pote Pedro qui cite souvent Lacan : « l'hystérique… un esclave qui cherche un maître sur qui régner ».

Je Remonte sur scène

vendredi 9 janvier 2009

jeudi 8 janvier 2009

Avant les orages

S'il y a eu quelques moments de calme et d'harmonie dans mon enfance, ils sont systématiquement évoqués par l'audition de l'Adagio Cantabile de la sonate numéro 8 de Beethoven. Je revois le salon ensoleillé du dimanche matin et mes deux parents encore ensemble, qui s'aimaient. Mon frère qui tripote un jouet en balbutiant par terre, sourire épanoui au bec. Boule-de-soie qui ronronne, accoudée comme un bouddah dans la grande chaise berçante. Je suis là aussi. J'écoute cette musique qui semble faire chatoyer les cent rayons de soleil filtrant entre les géraniums. Je ne remarque pas, mais j'absorbe, grâce à ce morceau, une grande lampée de ce que je chercherai éternellement ensuite.

mercredi 7 janvier 2009

Catastrophe météo







Oui, lectrices, lecteurs, c'est l'horreur. Le Sud de la France est sous le coup d'une violente tempête de neige. On craint des accumulations qui pourraient aller jusqu'à un (1) centimètre de neige par endroits. Tout le pays est paralysé, l'armée est sur le pied d'alerte (le droit, toujours le droit), de même que le Conseil de Sécurité de l'ONU qui a interrompu une absurde réunion portant sur un vague truc en Israël pour s'inquiéter de notre sort. Il n'y a pas encore eu de morts, mais c'est grâce à Monsieur Sarkozy qui est venu en personne faire le bouche à oreille aux victimes. Le mercure a plongé sous zéro et risque d'y rester pour au moins aussi longtemps que mon pote Ian prédira du beau temps, lui qui se trompe dans 100% des cas. Fallait écouter les vieux du village, pourtant, qui avaient bien dit : « quand Nîmes marque un but, y neige ». Comme Nîmes a carrément gagné un match, ben… on se doutait bien que l'hécatombe devenait inévitable.

Je ne sais pas encore comment je survivrai à ces événements. Disons que pour la nuit, j'ai prévu un chat (pour l'apport calorifique) et je compte également boire beaucoup de vin (l'alcool a un degré de congélation inférieur à l'eau). Sinon, en cas de danger extrême, je devrai songer à crisser le feu à la Petite Chinoise, mais ça, c'est juste si c'est elle ou moi.

Savez-vous comment on enlève la neige, par ici ? Une technique ultra moderne et écolo qui s'appelle le solaire-géothermique passif. En fait, on attend que ça fonde, quoi.

lundi 5 janvier 2009

La Gaxuxa s'ouvre toute grande



Bonjour vous,

Mon pote Joey a semble-t-il réellement décidé de bouder son Mas pour six ou sept mois pour se jeter dans une entreprise totalement décérébrée et malsaine, se joindre à la Gaxuxa et à votre serviteur, lors de la reprise de notre dérive à vélo, au printemps. Avec sa bonhomie toute autrichienne, il m'a simplement annoncé qu'il se joignait à nous, ce à quoi je n'ai rien eu de mieux à répondre que : « Das izt sehr Gut! ». Gut, gut, en effet. Joey est un sacré bon vivant doté d'un angle de vision férocement énergique sur la vie. Je me suis surpris moi-même en réalisant que l'idée d'ajouter des roues à la caravane me plaisait bien. Depuis ce jour, l'envie me tenaille d'étendre l'invitation à quiconque en a envie et, euh… À compter d'aujourd'hui, c'est chose faite !

À quoi s'attendre ?
Mon itinéraire est pour le moment à tout le moins grossier et approximatif, même si je bosse dessus depuis trois ans. Quoi qu'il en soit, l'expérience m'a appris à me montrer flexible face aux événements (intempéries, terrain, blessures, perles, surprises, munificence).

En chiffres ?
Un peu moins de 8000 km.
Je compte rouler à une moyenne de 50 km par jour, ce qui est peu, et tant mieux, peu, c'est mieux, bref, on se foule pas, on est pas payé, et on a vraisemblablement bu la veille. Cinquante, c'est de deux à cinq heures de vélo ludique, tranquille et presque toujours marrant. Il y aura parfois quelques petites buttes, mais aucune montagne ne figure au programme.

Des noms !? des noms !?
La caravane s'ébranlera du Café du Jardin, sur la Place centrale de Sauve entre le 15 avril et le premier mai et devrait passer par :
Alès, Montélimar, Valence, Genève, Lausanne, Berne, Zurich, Salzbourg, Linz, Vienne, Bratislava, Budapest, Belgrade, Bucarest, Sofia, Varla, Costança, Tulcea, Chisinau, L'viv, Varsovie, Berlin, Hannover, Dortmund, Amsterdam, Bruxelles, Paris, Dijon et Lyon, avant de rentrer à Sauve juste à temps pour le petit rosé au soleil.

Les conditions ?
Les conditions seront minimales. Nous allons réduire les frais au strict nécessaire et croyez-moi, les coûts peuvent avoisiner le zéro. Joey et moi comptons dormir en camping sauvage la plupart du temps. De temps à autres, pour réaliser un contrat, je devrai m'assurer d'un accès Internet pour quelques jours. Quant à ceux ou celles qui voudront se joindre à l'expédition, il seront, il va sans dire, libres de dormir où ils le veulent, selon leurs moyens et leurs besoins au plan confort. Tout le monde est bienvenu, quelque soit son niveau d'entraînement, cependant, les capitaines-spandex pourraient s'emmerder sérieusement en cours de route, parce qu'on ira doucement, on picolera beaucoup, on s'arrêtera souvent pour pisser, fumer des cigares, prendre des photos, et qui sait, se marier, acheter une péniche, ou devenir membre d'une association agricole.

Bien évidemment, il est possible pour qui le veut d'accompagner la Gaxuxa pour trois jours, deux semaines, ou pour toute la durée du trajet. Il n'y a aucun engagement ni d'un côté ni de l'autre, au delà de l'envie partagée de vivre des moments autrement et ailleurs.

S'il fallait que des personnes se montrent intéressées, je reviendrai sur les aspects techniques de l'affaire, que je commence à maîtriser un tantine.

Voilà, la chose est lancée.



Bisous,

&.
Sauve

dimanche 4 janvier 2009

Le Roi Solomon



C'est Doodle qui m'a fait découvrir ce disque inattendu, inouï et inoubliable, il y a quelques années. Pendant des mois j'ai constamment dû le racheter parce que chaque nana qui venait s'étendre dans mon divan me piquait mon exemplaire sous prétexte d'en avoir besoin pour survivre. Et moi, alors ? Eh, ben… Je le traine dans l'ordi depuis. Merci Doodle, ne serait-ce que pour ceci, alors que je te dois des montagnes et des océans, chère, irremplaçable amie.

samedi 3 janvier 2009

L'Orchestre des anges

Fait peu connu






Alès, ville importante du coin, montre encore les stigmates de l'occupation soviétique qui y aurait apparemment duré une bonne centaine d'années, du moins à en croire l'allure guillerette de ses ambitieux aménagements urbains.

jeudi 1 janvier 2009

La Biblimobile révélée

Je vous propose ici le contenu de la Biblimobile. Ces livres m'ont suivi docilement dans mes pérégrinations, dont un bon millier kilomètres dans la remorque jaune de mon cher ami Vincent de Cognac. Ma grande pote Mamacat m'avait gentiment posté la valise contenant les trois quarts des œuvres en question, mais le reste avait été obtenu depuis que je me trouvais en France. Il est à noter que certains ouvrages qui, non seulement n'existent pas, mais n'ont jamais été publiés (selon les registres des librairies Nord-Américaines), ont été d'une facilité déconcertante à obtenir, une fois les pieds plantés dans l'Hexagone.

Je me souviendrai toujours du moment où j'ai brandi à une libraire de la rue Sainte-Catherine mon exemplaire de MOSSAD, dont elle venait de m'affirmer qu'il n'avait jamais été édité. Elle s'est mise à trembler, à regarder partout, et mes poils se sont dressés sur mes bras. Elle a chuchoté un truc du genre « c'est étraaaaange », a touché le bouquin, ouvert la couverture, glissé les doigts sur une ou deux pages.
— Qu'y a-t-il là dedans ?
— Des choses fascinantes.
Elle a désigné son écran et le curseur indiquant aucun objet trouvé dans les critères de la recherche
— Faut croire que ça dérangeait…

Je suis à peu près convaincu que quiconque, y compris votre cousine Nathalie, lit trois des livres de la première liste et change pour toujours d'optique face au fonctionnement de notre monde, face aux médias, face à la guerre, face à la politique, face aux idées reçues et face à la soi-disant Histoire.

Ces bouquins existent, leurs auteurs y ont consacré des rivières de sang et de sueur avec l'envie commune d'éclairer la voie, de lézarder les murailles, d'offrir un gué pour affronter le torrent. Ces auteurs ont dans bien des cas creusé leur propre sillon, sans connaître les résultats des travaux des autres, qui auraient pu leur ouvrir le ciel. Mais c'est la destinée apparente de ces travaux de rester dans l'ombre. Pourtant, ils sont là, trouvables (certains gratos sur le Net), lisibles, parfois gris et ternes (Sutton), parfois marrants (Reich, Guevara, Chalamov), souvent lourds (Debord, Quigley, Boorstin). Quelques uns sont utiles parce que pleins de mensonges instructifs (Brzezinski, Yergin, Bernays). Quoi qu'il en soit, faites-vous plaisir. Il paraît paradoxal de se sentir léger et libéré après avoir lu un long compte-rendu du financement des dépenses militaires du Troisième Reich. Mais pourtant, c'est l'effet que ça m'a fait, à moi. L'écrasante majorité du peuple du monde n'a rien à voir avec tout ça.


Première liste — Explosion de cerveau quasi-automatique

Anthony C. Sutton
Wall Street and the Bolshevik Revolution
Wall Street and the Rise of Hitler

Carrol Quigley
Tragedy and Hope

Webster Tarpley
George H. Bush ; the Unauthorized Biography
Synthetic Terror ; Made in USA

Wilhelm Reich
The Mass Psychology of Fascism

Guy Debord
Œuvres (La Société du Spectacle)

Roman Brackman
Staline Agent du Tsar

Victor Ostrovsky
Mossad

Philip Agee
Inside the Company : CIA Diary

John Stauber, Sheldon Rampton
Toxic Sludge is Good for You ; Lies, Damn Lies and the Public Relations Industry

Edwin Black
The Transfer Agreement

Smedley D. Butler
War is a Racket

Daniel J. Boorstin
The Image

John Reeves
The Rothschilds ; Financial Rulers of Nations

Eduardo Galiano
Las venas abiertas de América Latina
Memoria del fuego

Michael C. Rupert
Crossing the Rubicon

Robin Philpot
Ça ne s'est pas passé comme ça à Kigali

Varlam Chalamov
Récits de la Kolyma


Seconde liste — Encore des surprises, et beaucoup d'insomnies quand même

Daniel Yergin
The Prize

Zbigniew Brzesinski
The Grand Chess Board : American Primacy And Its Geostrategic Imperatives

Jules Archer
The Plot to Seize the White House

Max Wallace
The American Axis

Edward Bernays
Propaganda
Cristallizing Public Opinion

Walter Lippman
Public Opinion

Carl Von Clausewitz
Principes Fondamentaux de la Stratégie Militaire

Howard Zinn
Terrorism and War
A Popular History of the United States

Stuart Ewen
PR ! A Social History of Spin

Larry Tie
Edward Bernays ; The Father of Spin

Ernesto Che Guevara
Le journal de Bolivie
Diarios De Motocicleta: Notas De Viaje
Pasajes De La Guerra Revolucionaria
Passajes de la guerra revolutionaria : Congo

Frances Stonor Saunders
Who Paid the Piper?: CIA and the Cultural Cold War


Ida Tarbell
The History of the Standard Oil Compaby

911 ; Allez en paix

Ô petite sphère
Libération à court terme