mercredi 29 avril 2009

Tout Dernier truc



On s'était dit, toi et moi, qu'on passerait voir le Facteur Cheval et son Palais Idéal. Tu te souviens ? J'y suis allé il y a deux jours. C'était un fou furieux. Il pleut encore. Adieu et je t'aimerai toujours, on dirait.

jeudi 23 avril 2009

Entre Sauve et Odessa, quelque part, le Mistral en pleine gueule





Trois jours durs avec un vent à écorner les yeux, à fendre les lunettes. Aujourd'hui, nous avons roulé huit heures, très souvent en descente, mais sur le plus petit développement, essoufflés, cassés, brûlés. Huit heures pour un peu moins de 70 km. Une vraie torture, mais dans un jardin de raisins et d'olives d'une sidérante beauté. Les chaises des cafés volent, les platanes et les peupliers se penchent et souffrent en vacarmes de branches tordues, les vignes se recroquevillent sur leurs fils, pliées en plein soleil. Quant à nous quatre, Guillaume, Magalie, Dominique et votre épuisé serviteur, eh bien, nous besognons mètre par mètre et caillou par caillou, spartiates et concentrés. Et nous arrivons à bon port, absolument lavés de nos histoires et de nos âmes, simples humains, affamés, fourbus, cassés. Caro nous accueille, Caro qui doit nous rejoindre en août. Finalement, qu'est-ce ? C'est le bôônheur.

lundi 20 avril 2009

Tangerine, suite et fin

Il avait retenu la rivière tout au long, pendant qu'il faisait le marché avec ses deux compères. Puis il était rentré chez lui.

Il s'activait pour le départ, vielles fringues pelées éparses, équipements sans dessus dessous, valises ouvertes sur la fenêtre de l'incertain. Il sifflait pour se donner de l'allant, se forçait à sourire. Pourtant quelqu'un avait ce matin là aspiré tout l'azur du firmament, d'un sourire brutalement candide. Il ouvrait les vannes, maintenant, dans une chambre qu'il allait bientôt quitter pour toujours. Et c'était le concert grotesque de l'homme mûr qui dégorge. Il s'étouffait dans le sel et crachait, se raclait les eaux et s'y noyait presque, reniflait à fond et crachait encore, gémissait comme une chienne et se foutait des claques. Oui, il s'y noyait.

Ça ne se distinguait presque pas dans la pelote tailladée qui gisait là, mais une toute nouvelle égratignure était apparue, une strie si mince, tout juste visible, une marque si fine, à peine un pli.

samedi 18 avril 2009

vendredi 17 avril 2009

jeudi 16 avril 2009

40



L'immense tour des patelins. Pompignan, Frontignan, Durfort, Villesèque, Quissac… Puis fantastique promenade au Vidourle, petit joint, quelques belges… Enfin… Pas immense, pas tant que ça. Une toute petite journée, en comparaison de ce qui attend tapi devant. Un microscopique acompte en vue de l'acquisition de l'horizon en entier.

mardi 14 avril 2009

Tangerine II



Vers la fin de la nuit j'ai ouvert l'œil. J'avais tant souri dans mon sommeil que j'étais affecté de courbatures aux muscles du visage. Timidement, les pinceaux de l'aube ont découpé son image. Trait par trait. D'abord la demi-lune d'un lobe entouré des coups de fusain d'une chevelure pèle-mêle. Puis la grande ellipse d'une épaule. Je me suis ramassé sur moi-même pour ne rien manquer de ce spectacle. La taille des grains lumineux augmentait progressivement, faisant apparaître cette chambre qui a été la mienne tout l'hiver et que je ne reverrai sans doute plus. Et le jour a fini par me révéler l'image harmonieuse de ma petite fée, endormie dans mes bras, confiante, respirante, parfumante. Après qu'elle soit partie, comme chaque fois, Charkane est venu se vautrer dans son odeur, entre le drap et les couvertures, en ronronnant. Ma chambre était un verger d'elle.

lundi 13 avril 2009

Le Passage



Rien de tout cela n'a de sens, tu sais
sans ta résurrection
rien
le chemin ne mène qu'à lui-même
et toutes les perles sont des cailloux
hors toi
sans ton épaule
la mienne marche en vain
sans ta chevelure
la mienne se fane
sans ta main
pour l'apaiser
ma face flétrit
sans ta chair
et son esprit
à quoi bon
prendre
encore
un souffle

dimanche 12 avril 2009

Kentuky

Je reviens par le sentier qui longe les clôtures et je passe entre le bâtiment en construction et le mur de briques. J'entends une guitare qu'on accorde et une voix de fille. Vous êtes là, tous les trois. Assis par terre. Un des types est tourné vers toi et te regarde. L'autre maîtrise parfaitement la désinvolture et tripote sa gratte, la tête dans ses cheveux. Tu portes ton grand chiffon noir et tu gesticules, en hyper-vie, étincelante, tu tentes de leur expliquer quelque chose, mais ils s'en foutent. Tu fais semblant de ne pas me voir et tu pivotes vers le guitariste. Je perçois la qualité particulière de l'espace entre vous, entre toi et lui. Et je passe mon chemin. Je saute sur le bloc de béton d'un pas assuré. Je bondis par-dessus le fossé. Tout droit, le parking, puis le raccourci entre les thuyas, je plonge sous la clôture et j'émerge de l'autre côté. Là je t'observe une seconde, mes jambes nerveuses et excitées sous moi, mes genoux échauffés et souples. Tu me suivais du regard et tu me vois m'arrêter. Tu touches son genou en parlant. Je détale. Soudain, je réalise où nous sommes. Tu es sur la dalle de ciment du Kentuky Fried Chicken en chantier. Je marche sur Lanthier au coin de Marcel Monette. Tu n'es pas ma Tangerine. Tu es Véronique. Tu remontes à la nuit de mes temps. Je suis un tout petit bambin et je viens de découvrir une grande plaie dans mon ventre.

vendredi 10 avril 2009

Tangerine

Les mains les doigts le ventre brûlé violenté désarçonné de tant de soudaine douceur inouïe on oublie ça souvent on oublie pour passer outre on oublie pour vivre maigre on oublie pour continuer à continuer hors l'écrin moelleux des aubes cristallines et des couvertures bouillantes des aurores de ouate des parfums abasourdissants comme cette peau qui toute la nuit irradie la tangerine

mercredi 8 avril 2009

mardi 7 avril 2009

dimanche 5 avril 2009

Matin au café

— Oh !
— Eeeeeeh…
— Oh là !
— Voiâââlà !
— Hop !
— Voilaaaa !
— Oui !
— Aaaah si !
— Alors ?
— Oooh…
— Eh-eh.
— Ah, quand même !
— Oui, oui !
— Ooh…
— Ben alors ?!
— Eeh !
— Et comment !

samedi 4 avril 2009

Miléna me rassure

— J'ai tellement failli mourir de ma morte…
— Feu ta morte.
— j'ai perdu de très belles ptérodactyles d'avoir été trop placide.
— Fais taire le bruit de ses ossements.
— Alea jacta est.

vendredi 3 avril 2009

Confusion

Beaucoup de gens croient que je suis anti-technologie, anti-progrès, anti-tout. Ce sont des morons, bien sûr. S'ils savaient les frissons qui me parcourent le corps quand j'écoute Benny Moré tout en traitant une photo numérique de mon cru assis sur la terrasse de l'appart, avec une grande pote au bout des doigts dans g-talk. Non. Vraiment. Juste parce que je suis contre la guerre, faut pas croire que je rejette les bienfaits des plus belles technologies de la Terre. Comme le vin, le fromage, et… l'ordi. Faisons-en de belles gerbes ! Servons-nous en pour fleurir, épanouir, emmerder les marchands de mort et de grisaille.

Vivons, que diable !
Foldingues, à vos grattes !

Chaque fois

Quand j'ouvre la porte de la cave où dort la Gaxuxa depuis que je suis à Sauve, je prends chaque fois une grande respiration. Puis je vois le reflet des jantes dans le noir, et les catadiopres me font des clins d'œil et je respire à nouveau. Ce jour horrible à Narbonne-Plage est imprimé dans ma mémoire. Ça a été une seconde grande disparition, carrément une seconde mort. Je le reconnais aujourd'hui. Rosie était mes larmes, mon sang, ma chair. Incroyable, sidérant, qu'elle m'ait été enlevée. Rosie était une partie de moi.

Rosie, tu rouilles peut-être au fond d'un canal… Je t'aime.
Voilà… 
Méditerranée, rends-moi un peu de ce que tu me dois.

Viva la Gaxuxa !

jeudi 2 avril 2009

De Nulle part

Il m'en est arrivé, des choses, depuis mon départ. Des merdes et des merveilles. Voilà que la providence m'envoie une de ces coupes de miel dont elle a le secret. Je passe tous les instants en hyper-éveil, terrorisé, souriant, tremblant, plein d'étonnement et d'espoir. Je trouve ma vie inouïe. Vraiment. Je ne connais pas l'ennui.