
Ça ne s'est pas très bien passé à Sluis. Je suis arrivé trop tard et mon hôte était parti bosser. J'ai fait le tour des cafés et des restos espérant en trouver un sympa. Uhm… Deux m'ont jeté dehors parce qu'ils n'acceptaient pas que la Gaxuxa dépare leur terrasse (vide, en ce jour de grêle). En tout cas. Ensuite j'ai passé une heure à faire le pied de grue devant la maison. Pluie, grêle, bise glacée, machin. Un peu marre… un tout petit peu marre… La voisine de Willi est rentrée du travail. Par chance, elle le connaît bien. Elle l'appelle, me permet de m'asseoir chez elle, m'offre le thé bouillant. Très chouette fille.
Willi finit par arriver et nous passons une belle soirée à manger comme des ogres en écoutant son somptueux système de son. Diable ! Où sont passés les chaînes hi-fi ? C'est en me délectant de la beauté cristalline du sien que je réalise à quel point l'humanité semble être devenue sourde. J'ai pas vu ça passer. Quand les gens ont-ils commencé à écouter de la musique sur les haut-parleurs de leur télé ? Ah ! Enfin. C'est ainsi. Ça m'a rappelé que j'ai une paire d'Apogees quelque part en Amérique. 
Je pars tôt pour Bruges, juste après être parvenu à me trouver un lit. Une fille hyper-cool du nom de Hadewijch (wow !), répond à mon urgente requête après qu'une Couchsurfette pas très responsable m'ait annulé à moins de 24h d'avis. Pas d'écriteau annonçant l'arrivée en Belgique. Pas grave, je n'aurais pas pu prendre la traditionnelle photo, de toute façon. Pourquoi ? Ah, ah, ah ! Mais en raison de la grêle, voyons ! Elle commence 5 minutes après mon départ et ne cesse que pour laisser la bourrasque exprimer tout son talent à 6 km de l'arrivée.
Ce qui est très dur en ce moment, c'est le ratio effort-résultat. Sluis - Bruges en est un exemple patent et épatant. 18 kilomètres en comptant les chaînes de trottoir. Pourtant, je passe trois heures en selle pour y arriver. C'est pas sorcier, avec ce vent (et cette grêle), je roule de peine et de misère à 7 km/h. Chaque petite courbe est un effort, chaque microscopique montée me fait râler, chaque nouvelle section me fait sombrer dans le découragement. Trois heures ! En temps normal, j'aurais 60 km au compteur, sinon 75. Bon… C'est la vie.
Je passe une soirée absolument relaxe et paillarde avec mon hôtesse et une invitée à boire de la bière et jouer à la bouteille (première fois de ma vie !). Marrant. Ça me prépare à l'immense étape du lendemain, un terrible 60 km qui menace de me rompre les cuisses ! Comme le disait la devise officielle de mon ancien couple, on verra.
lundi 30 novembre 2009
La Gaxuxa chez Brel
dimanche 29 novembre 2009
vendredi 27 novembre 2009
Déluge en plein ciel
De Maasland à Goedereede, j’ai la pluie dans la gueule sans arrêt. C’est la tempête, en fait. Je suis le seul cycliste sur les routes. Les Néerlandais me klaxonnent, mais par sympathie. Je les vois me saluer par les vitres embuées des portières. Pour une fois, je navigue à la perfection. Faut dire que j’ai étudié cette route soigneusement auparavant. C’est qu’une mauvaise manœuvre ou un moment d’inattention me ferait prendre un détour de 15 km et me mettrait en danger de cheminer à la noirceur totale. Alors, pas de chance à prendre. J’ai parsemé la route de petits marqueurs et Vera me fait constamment garder le cap de sa douce et rassurante voix de canette. « In 50 meters, turn right on Groenkruisseweg… Now turn right and drive 4 kilometers South… ». Normalement je coupe le son. Mais ces derniers jours, la pluie m’empêche de voir l’écran. Vera ne parle pas beaucoup. Elle s’adresse à moi de temps à autres, avec beaucoup de pertinence. Généralement pour me conseiller un virage. Vera gauche, Vera droite, etc.
Bref, j’arrive à Goedereede trempé jusqu’aux os vers 15h. Je passe le reste du jour à manger et à boire mes provisions. Chocolat, saucisson, bière, fromage, yogourt, framboises… Mes ange-gardiens néerlandais me gâtent, je déborde de victuailles, c’est sidérant ! Je grignote jusqu’à 21h, après quoi je roupille jusqu’au lendemain à l’aube.
Je prends la route vers 9h, et heureusement. Je m’attends à une dure journée. Je revêts ma combinaison d’astronaute. On prévoit deux tempêtes, une vers 11h, l’autre en milieu d’après-midi. 95% de possibilités d’averses. Vent S-O de 60 à 120 km/h. Je vais justement au Sud-Ouest. Évidemment. Donc, je prends cette journée au sérieux. Au début, à part la visibilité presque nulle, c’est pas si mal. Je réussis en forçant un peu à me maintenir autour des 10 km/h. Je n’ai que 55 km à faire, ce qui n’est pas la mer à boire. En fait, je suis dans une très belle forme et je traverse sans encombre le Grevelingen, toujours avec la pluie dans le visage, mais en chantonnant, plein d’enthousiasme. Je suis prévenu, ce qui change beaucoup de choses en général. En fait, je vais me taper presque tout le Delta de l’Amstel en une journée. Je suis le Provincialweg jusqu’à l’île de Schouwen-Duiveland, que je traverse de part en part, légèrement poussé par un vent de côté parfois sympathique. Le reste du temps, je dois me pencher en rappel pour ne pas être déporté dans le ravin. De temps à autres, je reçois une monstrueuse gifle de dinosaure qui m’envoie jusque dans l’herbe le long de la piste. Une fois ou deux je parviens à freiner juste avant de sombrer corps et âme dans le canal. Les mauvais souvenirs remontent à la surface de ma belle fougue et je commence à angoisser un peu, mu par l’impression sinistre de danser avec la catastrophe.
Pendant quelques bornes, j’ai le vent directement dans le dos et ça coule tout seul. J’arrive ainsi à Zierikzee que j’ai le regret de ne pouvoir photographier pour cause de précipitations intempestives. C’est là que je fais ma connerie du jour. J’avais décidé de plonger la main dans ma poche pour me payer le traversier qui relie Zierikzee à Wemeldinge, mais comme j’ai roulé très fort jusqu’à maintenant et qu’il ne me reste plus que 20 bornes à avaler d’ici Kloetinge, je change d’avis et je prends le pont, le fameux Zeelandbrug. En arrivant dans la courbe à l’approche de l’ouvrage, je suis deux fois jeté au bas de la Gaxuxa par la bourrasque. Bon. Je décide de pousser le vélo jusqu’au pont, où je suppose que ça sera plus facile.
Je ne sais pas trop à quoi je pense pendant ces minutes-là, mais l’obstination, parfois une de mes grandes qualités, peut également me faire faire de ces immenses conneries. Celle-là en est une illustration parfaite et douloureuse. Il n’y a pas de parapet protégeant la piste cyclable du vent sur le pont Zeelandbrug. Tout juste un muret de béton empêchant les fardiers de nous aplatir d’un côté et une clôture d’acier de l’autre, évitant qu’en perdant l’équilibre on chute dans la mer du Nord. Au début, ça monte, et il n’est même pas pensable de pédaler, alors je continue à pousser. Arrivé au sommet, j’ai le malheur de constater que le vent… redouble d’ardeur. Au-dessous de moi la mer est déchaînée et les chalutiers dansent la java en tous sens. Dès les premiers mètres, un coup de vent terrible soulève la Gaxuxa et ses 60 kilos dans les airs et me plaque contre le mur de béton ! Je m’arc-boute pour empêcher la basque de s’envoler ! Je n’arrive pas à y croire et je continue, littéralement couché par devant, les poings fermés sur le guidon.
À compter de ce moment, c’est le système nerveux et musculaire qui prend toute la place en moi. Je ne réfléchis plus, je ne ressens plus, je ne rêve plus. Je n’ai aucun plaisir, mais je ne souffre pas non plus. Tout juste puis-je ressentir une vague inquiétude lorsque je parviens au milieu des sept kilomètres de cette infernale construction et que je réalise que je travaille à cette traversée depuis déjà plus d’une heure. Le pont est jalonné de téléphones d’urgence, un tous les mille mètres. Ceux-ci deviennent mes objectifs à court terme. Je me rends jusqu’à un, puis j’appuie mes fesses contre le muret de béton. Je tiens le guidon de la main gauche tandis que je dégage un bidon de la main droite. Lorsque je la porte à ma bouche, la bouteille passe près de s’envoler. Je bois avidement en serrant le cou du récipient de toutes mes forces. Ensuite je repars.
J’ai en cours de routele sentiment diffus d’être en train de réaliser un truc très difficile. Chose certaine, ça prend une éternité. Aux deux tiers, j’ai des crampes au dos et aux jambes. Je fais de plus longues pauses aux téléphones. Aux trois quarts, j’ai vidé mes trois bidons. Pantelant, ruisselant de pluie et de sueur, grelottant de froid et tremblant d’adrénaline, je poursuis, je tiens bon, un pas, un pas, un pas… Que faire d’autre ? Lorsque finalement j’atteins l’autre rive, je n’ai pas la moindre impression de triomphe, d’accomplissement. Ça descend, c’est tout. Je remonte en selle. La pente est raide, mais je dois forcer sur les pédales pour avancer. Résultat de mon effort : 9 km/h. En descente. Pff !
La suite, je la vis à moitié. Je suis un zombie à roulette. Vera m’annonce qu’elle va mourir. Je la branche au petit chargeur lors d’une rare accalmie sans flotte. Pour ce faire, je retire un gant. Dès l’instant où je tente de le déposer sur le guidon, il s’envole et va choir à 30 mètres derrière moi dans une flaque ! La brave Gaxuxa tient à peine sur sa béquille pendant que je vais le rechercher en hochant la tête. Je termine mon branchement et remonte en piste. 20 minutes sans pluie suffisent à sécher mon survêtement, tellement ça souffle. J’en rigole presque. Presque. Il fait presque nuit. 55 km ? Il m’aura fallu toute, toute la journée pour arriver au bout de cette distance qui représente normalement peu ou prou deux heures de bécane. J’arrive au bout d’un petit chemin perdu à une chaleureuse fermette où je suis accueilli, encore une fois, avec une telle chaleur, une telle bienveillance, que j’en oublie presque qu’à un certain moment, au milieu de ce satané pont du Zeeland, j’en ai eu ma claque.
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jeudi 26 novembre 2009
Pink Flood
Norman était lui-aussi de la partie la veille, à cette incroyable fête de gouinettes d’A’dam où je me trouvais un peu malgré moi, puisque j’y dormais. Pas que j’aime pas les lez, bien au contraire, je conserve beaucoup de jolis souvenirs de mes multiples passages parmi elles. En cours de soirée, tant lui que moi nous étions fait peindre les ongles (et les cheveux) en rose. C’était marrant, sur le coup. Puis cet Est-Prussien de fou de Norman, une fois bien bourré, il affirmait comme tout le monde qu’il allait rouler avec moi pour la paix le lendemain. Midi, il promettait !
Que personne n’ait plus envie de monter à vélo le lendemain, des huit qui le juraient mordicus la veille, c’était couru. Mais quelle ne fut pas ma surprise de voir arriver cet anormal Norman, pile-poil, alleman-tiempo, tic-tac montre en main, alors que je l’avais vu partir zig-zaguant vers 7h du matin, peu après que la puissante pink-disco se soit finalement tue. Le départ à midi, c’est pas très tôt, même pour un pauvre petit 60 km, compte tenu de la noirceur qui s’invite vers 16h, de ce temps-ci. C'est pourquoi nous n'avons pas le temps de se faire enlever les laques sur les ongles, décolorer les tifs, ni effacer les cœurs roses sur les joues. Ça fait bien marrer la bande de dykes, et nous fonçons tels quels au champ d'honneur ! Après tout, c'est Roule, Rosie, roule !
Sortir des grandes villes, à bicyclette, même dans une terre aussi vélomane que les Pays-Bas, c’est jamais gagné. Aujourd’hui ne fait pas exception. Vera me dit Nord-Est, alors que Den Haag est au Sud-Ouest, ça m’énerve, alors je fais à ma tête. Norman est bien d’accord et je me fie à lui, puisqu’il habite là et lui se fie à moi, puisqu’il ne réside à Amsterdam que depuis quelques semaines (ce que j’ignore). Qu’est-ce qu’on se marre. Au bout d’une heure, nous sommes bien paumés dans les canaux. Nous stoppons un cyclo-courreur tout en spandex qui nous mortifie par ses conseils. Il commence par nous recommander de retourner au centre-ville ! Il se ravise heureusement après s’être rappelé l’existence d’un petit pont situé à trois pas. À un moment, alors que nous sommes tous trois penchés sur les cartes, le type remarque nos vingt ongles roses et se met discrètement à reculer vers son vélo. Il est tout à coup pressé, nous souhaite bonne chance et monte en selle. Nous regardons nos mains et Norman fait :
— Scheiße !
Nous retrouvons tout de même notre chemin et nous roulons jusqu’à un charmant village où nous nous séparons, lui vent de dos vers sa maison, moi bise en pleine gueule vers l’inconnu. Dix minutes après, le soleil, qu’on avait à peine eu le temps de redécouvrir (« comment s’appelle ce truc orange dans le ciel, déjà ?, c’est joli ! »), s’en retourne se planquer derrière des milliards de tonnes de draps vaporeux. Les gouttes se mettent à tomber. Bonheur exceptionnel, le vent tourne et j’ai la rafale de trois-quart dans le dos. Alors je file 22 km/h. Tant mieux, le détour a ajouté 40 bornes à la route prévue. Je roule les deux dernières heures dans le noir total. Heureusement, c’est urbain, donc éclairé un minimum. Soirée extrêmement cool à Den Haag, chez deux musiciennes qui rêvent d’apprendre à jouer du blues. Nous jammons des heures et je pars le sourire étampé dans la face le lendemain.
Cette journée-là, là, c’est garanti, c’est sûr, c’est officiel : c’est du gâteau ! 22 km de planifié, avec pause chez Vermeer pour fins de caillouting. J’ai même du soleil et pas trop de vent jusqu’à Delft. Le bonheur. Une fois là-bas, c’est moins rigolo. Personne ne sait où est la tombe du peintre. Je me rends d’abord là où mes références, m’envoient, à la vieille église de Delft. C’est dimanche, donc les maisons de Dieu sont fermées ! Ehuueuu. Après tout, à Toulouse, les magasins de vélo ferment un mois l’été, alors pourquoi pas des temples fermés le dimanche en Hollande. Je fais le tour de la construction sans trouver la moindre indication. Je demande à un garde de sécurité posté devant un musée arborant justement des toiles du peintre. Il m’envoie ailleurs. Je vais. Ce n’est pas ça. Je trouve bien la maison de Vermeer, mais pas sa tombe. Je tourne en rond pendant une heure. Marde. Au moment précis où j’abandonne, le vent (encore lui) se lève, la pluie commence à tomber et le firmament s’assombrit. La bourrasque qui me tombe alors sur la casquette me force à rouler à 7 kmh ! Les derniers 12 km me bouffent deux heures ! Arrivé à Maasland, c’est devenu une tempête de grêle si intense que je dois pousser/tirer la Gaxuxa sur les derniers 500 m, complètement à l’aveugle. Je dois m’approcher de chaque maison et me coller le nez aux écriteaux pour distinguer les adresses. Je finis par trouver celle de Léon. Incrédule, je vérifie en mettant mes mains en cornette à cinq centimètres des chiffres. Oui, c’est bien ici. Je retourne au trottoir, vacillant sous les trombes et les tourbillons. Je tire la Gaxuxa jusqu’à la porte. Pas le temps de sonner, on m’ouvre. « Oh, oh ! Do you want some hot soup !? »
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mercredi 25 novembre 2009
Voyage au Bout de la Pluie



Je n'avais jamais fait de vélo juste au-dessus de la mer dans une tempête garnie de vents de 110 km/h. Ça manquait à mon répertoire de journées dingues. J'ai plein d'anecdotes des derniers jours, mais pas de temps pour réviser et mettre en forme. D'ici quelques jours je prendrai une journée pour souffler un peu (hi, hi). Peut-être demain, tiens.
lundi 23 novembre 2009
David Turgeon met le doigt dessus et ça fait mal !
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Sujet : Dérailleurs
dimanche 22 novembre 2009
Filante
J’ai gardé un souvenir très intense et tendre à la fois de ma conversation avec elle. Dans les jours qui ont suivi, je cherchais ses yeux, tentais de créer un espace pour que ça se reproduise, pour voir où pouvait aller tout ça. J’ai bien fini par me dire qu’elle s’était parlé à elle-même, cette nuit là, comme le font presque tous les humains en ce début de millénaire. Je ne peux même pas affirmer qu’elle se souvient de m’avoir vu passer dans sa vie, trois jours après.
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samedi 21 novembre 2009
vendredi 20 novembre 2009
Il n'y a rien que je souhaite posséder
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jeudi 19 novembre 2009
Insécable
Just a few words
J’ai griffonné ça dans mon cahier, vers 1980. J’avais tenu un journal auparavant, mais là, c’était différent. Je venais de créer la musique d'une chanson dont il ne manquait que le texte.
Just a few words
Is all I need
Eh oui, c’est dans la langue de Pink Floyd que j’ai commencé à engendrer mes pattes de mouche. D’ailleurs j’ai d’abord tenté d’être Pink Floyd à la place du Calife, juste avant de me prendre pour Peter Gabriel. Ça fera trente ans dans quelques mois. Ça alors. Trente ans au fond de la mine. Ai-je quelques pépites à astiquer sous le soleil ? Chais pas encore. Quelques marrants grumeaux rocheux. Jamais trop de scintillant. Un gisement de fonte et plomb. Je fais même pas exprès. Bon, y serait quand même peut-être temps que je partage un peu plus. Je vais y consacrer une partie de mon hiver. J’ai négligé ça depuis le début. Puis, comme y a que le chiffre, dans la vie, de vrai, tsé, ben… Je vais peut-être donner un an de ma vie à ça, faire du chiffre. Comme on balance le tas de nouilles dans la lessiveuse. Les mots n’en pâtiront pas si longtemps et, qui sait, je pourrai peut-être même me mettre ensuite à l’abri pour leur faire l’amour sans retenue, après, si je monte bien l'affaire.
Encore quelques mots
Quelques chaînes de plus
pour me libérer complètement
Malgré tout, Lennon disait
Love is all you need
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lundi 16 novembre 2009
Calme à A'dam
J'ai même eu droit à quelques rayons de soleil en traversant un canal avec Alexandra, qui me guide dans sa ville. Derrière un pont, une rangée de petits appartements dont les baies vitrées sont encadrées de néons rouges. Des femmes s'y tiennent, accoutrées en résille et froufrous. En vitrine. Mais oui, on lit ça partout, comment se fait-il que ça m'étonne ? Elles sont toutes moches et ont l'air malheureuses. Je me sens coupable de ne pas retenir leurs services, ah, ah, ah. J'explique ça à Alex qui me dit de prendre un air gai.
Les nuages anthracite qui s'approchent. Nous traversons le marché. Je trouve des lentilles corail pour faire mon fameux biker-dahl. Nous achetons aussi du chocolat en vrac, en immenses morceaux. Nous prenons le thé dans un petit café hippie où la sono passe une chanteuse que je ne connais pas qui reprend To Make You Feel my Love de Dylan. Les vélos filent dans les flaques par la vitre. C'est notre tour d'être à l'intérieur, regardés par ceux qui passent. Le soleil revient faire un tour. Nous rentrons. Je regarde un peu les tuques rasta, je passe tout près d'en acquérir une, multicolore, qui donne à ma tête l'allure de l'ancien logo d'Apple. J'y retournerai peut-être demain. Après tout, le froid ne va pas cesser et j'ai encore un mois de route devant moi.
Nous marchons sur la rue et les immenses vitres partout reflètent les ogres gris dérivant du Sud au Nord. Repos de bicyclette pour quelques jours. Je pense soudain, furtivement : « esti, me vlà à Amsterdam ».
dimanche 15 novembre 2009
Entre Lelystad et Almere
samedi 14 novembre 2009
Négligence
Ce n'est pas que je n'ai pas des montagnes de trucs à raconter, au contraire. Mais je ne trouve pas beaucoup d'occasions de me connecter, ces jours-ci. Je passe beaucoup de temps en selle à combattre les éléments. Merci de votre patience. Ce blogue n'est pas mort, il sent juste un peu… humide.
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mercredi 11 novembre 2009
La Hollande en Pédalo
Myope à Drenthe
Je suis supposément dans le plus beau coin des Pays-Bas. Mais je vois à peine plus loin que le bout de mon guidon pour cause de pluie, crachin et brouillard. Oui, quatre heures dans une telle slotchée que même mes sacs imperméables laissent passer l'eau. Ma sacoche de guidon, théoriquement inviolable, termine sa journée mouillée de part en part. Ma caméra, mon téléphone, mes cartes, le cuir de mon porte-feuille, pourtant enfermé dans une poche hydrofuge, tout ruisselle. Mes rares billets de banque sont pâteux et collants comme des mouchoirs. On va dire que c'est de l'argent liquide ! C'est toute ma maison nomade qui se transforme en bête aquatique.
Dangereux Malentendu
J'arrive comme prévu chez mes hotes vers 16h, mais il n'y a personne. Je suis trempé dedans pour cause de sueur, trempé dehors pour cause de pluie. J'appelle en vain sur mon mobile. Au bout d'une heure, le soir tombe et le mercure se met à dégringoler. Je pense à ma pneumonie et je tente de ne pas trop angoisser. Je me réfugie dans le garage, dont la porte est déverrouillée, et je laisse un réflecteur allumé devant la fenêtre de la cuisine en guise de signal. Une demi-heure passe. Je défais les sacs de la Gachou et je me prépare à passer la nuit ici s'il le faut. Je retire mes souliers humides et glacés et je m'engouffre dans mon gros sac de couchage.
Par la vitre de la remise je peux aperçevoir des centaines de migrateurs striant le crépuscule de leurs gracieuses glissades, escadron par escadron. Nous filons tous vers le Sud devant l'invasion imminente des armées du général Hiver. J'attends finalement trois heures ainsi, résigné, blotti entre la Gaxuxa dégoulinante et une voiture inerte, pestant contre les aléas du voyage sans-le-sou. Quand mon sympathique hébergeur finit par venir me libérer, il fait à peine plus d'un degré. La douche me brûle les paumes et le nez. Nous mangeons rapidement, ils ont à peine le temps de me raconter un peu leurs cyclo-voyages autour du monde. Puis dodo, réveil, et... en selle. C'est pas tous les jours glorieux !
lundi 9 novembre 2009
Et Vive les Hollandaises !
dimanche 8 novembre 2009
Le Mur

Je suis passé par Fort Bourtange pour la troisième fois, hier. La première, c'était les premiers jours, avec Joachim et Loulou. Notre hôte voulait nous faire un peu visiter la région. Je n'ai pas vu grand chose, occupé que j'étais à tousser et cracher partout, essoufflé au moindre pas. La seconde fois, une semaine plus tard, c'était lors du faux départ vers Groningen, cette infâme journée qui me hante encore aujourd'hui. Puis, avant-hier, en quittant l'Allemagne une nouvelle fois, cette fois accompagné de Rita et Joachim. Nous nous sommes attablés sur la place centrale pour prendre un petit café, entourés de nos vélos glacés. Puis nous avons franchi le pont d'enceinte et fait quelques photos. Ils sont partis vers l'Est, direction Rhede, et moi vers l'Ouest, direction Paris, direction Languedoc, direction que sais-je.
Je ne suis pas resté pour les fêtes de l'anniversaire de la chute du mur. Je crois que les murs sont plus présents que jamais, entre les humains et leurs rêves, entre les peuples et la paix, entre le monde et la justice, entre la connaissance et les faits, entre le sens et le spin, entre les aspirations intrinsèques du corps et leur assouvissement. Des murs de brouillages, de mensonges, de hiérarchies, de pseudo-événements, de tampons bernaysiens, de pillules, de chimies, d'inventions, de conventions, de paperasses, de tracasseries, de labyrinthes, de bigoterie, de racisme, de médiocratie, de crétinocratie, de médiacratie, de plastiques, de tôles, de poudres, de cartons, d'arêtes, d'ossements, d'abats, de coagulations, de cornes, de cartilages, de sabots, d'ongles, de paupières, de gueules, de dents, de chitine, de griffes, de prothèses avariées, de gel-minceur, de shampooing-qui-donne-du-volume, de jeans délavés, de brassières coussinées, de serrures rouillées, de savons anti-bactériens, de gants de caoutchouc, de prophylactiques, de vieilles photos anonymes, de disques durs plantés, d'écrans aveugles, de souris mortes, de lampes éteintes, d'yeux crevés et de crânes vides et atones.
Je célèbre tous les jours le succès de mon évasion. Pour le moment, je poursuis, libre, au vent, à l'air, et euh… stie. C'est pas rien.
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Sujet : Deutschland, Nederland, Rayons
vendredi 6 novembre 2009
Vos Cailloux pour deux peintres
Dans les prochaines semaines, je passerai déposer vos hommages (et les miens) sur les tombes de deux grands peintres. Veuillez commander vos cailloux dès maintenant dans les commentaires, ou en privé. 
Rembrandt Harmenszoon van Rijn
15 juillet 1606 - 4 octobre 1669
Johannes Vermeer
31 octobre 1632 - 15 décembre 1675
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jeudi 5 novembre 2009
Avant Dernière Virée à Rhede
Nous y sommes allés pour un petit 25, en cette matinée glacée du Östfriesland. Nous avons erré un peu au hasard. Joachim m'a encore fait découvrir quelques coins splendides. Je ne photographie pas beaucoup de ce temps-là, j'ai la flemme d'ôter mes gants. C'est que ça caille pour vrai ! Hi, hi, hi. Si je retrouve un jour le Québec, qui sait comment réagira mon corps enmauviettisé par la clémence européenne ? J'ai jamais aimé le froid, il faut que je l'admette. Mais je me souviens d'une époque où 5 degrés, c'était pas encore un temps à mettre des pantalons. J'arrive pas à croire que je me suis baladé à vélo par -30 ! Dans une autre vie. Un autre siècle. Un autre monde. Je rentre bientôt dans le Languedoc. Petit rosé sur la terrasse du café du jardin avec les potes, au soleil, sous la vigne assoupie.
mercredi 4 novembre 2009
mardi 3 novembre 2009
Apparition
Suprise à l'aube. Venu on ne sait d'où, un grand disque clair ouvre le brouillard. Le firmament a l'air d'un cyclope qui s'éveille de sa grasse saison. Des jours et des jours que le ciel embrouillé de gâchis de crèmes et de farines n'avait plus laissé passer la lumière. Mais je prends le petit chemin de Sande sous une doucereuse teinte bleutée et les derniers moutons égarés des brouillards saxons s'empressent de se terrer sur mon passage, effarouchés par la Gaxuxa, fière espagnole, aux nasaux enflammés et hennissements orgueilleux. Ça faisait si longtemps. Ça ressemble au premier matin du monde et je ne suis plus seul, collée à moi, enfin revenue, file mon ombre silencieusement.
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lundi 2 novembre 2009
Rando Brumeuse à Rhede, tome 2
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dimanche 1 novembre 2009
Samovar
Quand le gâteau est prêt, nous allons à la cuisine. Rita tranche le fruchtkuchen en petits carrés pendant que fais chauffer de l'eau et que je sors les tasses et les soucoupes. Joachim fait tourner un disque de Jean Sibelius, un vrai disque vinyle qui soupire tendrement en petits cracs et pops doux et séduisants. Nous emmenons les parts et les assiettes au solarium dans un grand plateau et remplissons la base du samovar d'eau très chaude. La théière repose au sommet, grosse de thé bouillant très dense et concentré. Je reviens avec les ustensiles et la crème dans un godet de faïence. Nous déposons les grosses pierres de sucre durci au fond des tasses et lorsqu'on y verse le thé, celles-ci craquent et se fendent en émettant de petits gémissements minéraux. Nous prenons place sous les fenêtres percées dans la toiture et devisons dans la lumière laiteuse de cet automne humide. Le jour décline lentement, défaisant un à un les liens qui relient les grands arbres à la lumière. Bientôt, ceux-ci cessent de se dandiner dans la grave musique des vents du Nord pour sombrer sous la chape fraîche de la longue nuit des plaines. L'Ems se gonfle encore une fois et demain matin les champs seront couverts de lames d'eau fumantes et miroitantes. Je roulerai sur une crinière de volutes fantomatiques et je me dirai comme chaque jour que plus je me connais, plus je sais que je ne suis rien ni personne.
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Le Crachoir
Sans Connaissance
















