dimanche 31 octobre 2010

Quinze ans et la grande trouille au ventre

C'était secondaire cinq. Il y avait du nouveau. Quelques potes de moins et de plus, quelques mouvements morphologiques, mais surtout, le rock and roll. Tous les matins mon nouveau radio-réveil ultramoderne, qui allumait automatiquement la radio à CHOM FM, jetait quelques morceaux dans le gouffre de mon ignorance. Steppenwolf, Doctor Feelgood, Captain Beefheart… J'emportais tout ça dans ma douche, où je me lavais les cheveux avec le shampoing officiel de ma caste, le parfum étrange qui donnait droit d'entrée au club des freaks (nous, les 75 dissidents anti-disco sur une poly de 3000 élèves).



En cette fin d'année là, modeste à côté des chefs d'œuvres The Wall, Double Fantasy et Sultans of Swing, on se prenait d'affect pour un disque très différent, très radio-friendly, mais émouvant pour des mômes comme moi. Arc of a Diver. À vrai dire les thèmes désespérés de ce disque collaient à nos jours de manière inouïe. Évidemment, on sait aujourd'hui qu'au plan artistique, cette démarche amenait tout droit dans un mur derrière lequel attendait un ravin surplombant un lac infesté de requins et de piranhas en train de se faire dissoudre par un déversement d'acide chlorhydrique. Mais bon. À l'époque, tout ce qui avait un son nouveau et qui ne se contentait pas de copier le tsipou-tsipou de la chanson précédente emportait notre enthousiasme.

À l'aube des années 80, alors qu'on pleurait à chaudes larmes le meurtre de Lennon, que l'arrivée des Reagan et cie nous foutait la terreur et qu'on se regardait les poils pousser partout, je ne peux dire que ceci : ce disque colorait les longs bosquets dénudés bordant les chemins de nos matins bleus alors que nous entrions docilement par milliers à l'usine des Morlocks.


Aujourd'hui, le vieux Winwood m'est revenu en tête, parce que je me suis souvenu du choix que j'ai fait, en marchant vers la Polyvalente Henri-Bourrassa dans une de ces aurores glacées, de mener la vie que je mène aujourd'hui. Quand je pense que j'aurais pu être boutiquier ou manœuvre ou gardien de nuit. Quand je pense que j'aurais pu la jouer toute simple. Eh, eh, eh. Fuck.

Suis-je encore libre ?
Mais oui, Steeve.
Bien sûr.


Stand up in a clear blue morning
Until you see what can be
Alone in a cold day dawning
Are you still free? can you be?

When some cold tomorrow finds you
When some sad old dream reminds you
How the endless road unwinds you

While you see a chance take it
Find romance fake it
Because it's all on you

Don't you know by now
No one gives you anything?
And don't you wonder how you keep on moving?
One more day your way oh your way

When there's no one left to leave you
Even you don't quite believe you
That's when nothing can deceive you

And that old gray wind is blowing
And there's nothing left worth knowing
And it's time you should be going

samedi 30 octobre 2010

Mauvais Souvenir


Il y a 15 ans aujourd'hui, je subissais un sacré coup dur au plan politique. Je n'étais pas seul, nous étions trois millions. Rosie est en berne pour la journée.

samedi 23 octobre 2010

Aveu

Lorsque je dispose d'un système de son conséquent, il m'est possible, en faisant jouer Baba O'reilly très, très, très fort, de faire couler la sève dans mes veines et jaillir de nulle part le plus exubérant mois de mai, fusse en plein automne, ou au cœur le plus sec de l'hiver filandreux du fascisme ordinaire.

vendredi 22 octobre 2010

Box

C’est un jour de marché plutôt lent et la Patronne et moi sommes attablés à la terrasse du bar située juste en face de son stand. Une des ses copines vient nous rejoindre et commande un grand crème. Elle est accompagnée d’une woofeuse britannique qui parle français.
— Bonjour. Vous êtes ici pour combien de temps ?
— Oh, quatre mois. Vous venez d’où ?
— Montréal et vous ?
— Bahhh.
— Non, mais je pose la question sérieusement.
— Baaaahhh.
— Bon.
— Non, Baaahhh.
— Baahh ?
— Baaaaaaahhh.
— Oh  ! Bath ?
— Yeaah, Baahh.
— In Whales ?
— Oui, dans le Whêêêââlz.
— Uhm.
— Uh-uh.
— Donc tu viens de Bath.
— Yes.
— Oh, marrant, j’y suis allé en 1990.
— Ah bon  ? En touriste ?
— Ah, pas du tout. En fait, j’allais rencontrer un artiste que j’admirais beaucoup et qui habitait dans un village voisin, à Box.
— Bax  ?
— Box, oui.
— Je ne connais pas.
— C’est aussi près de Bath que euh… bon… c’est très proche.
— Je ne connais pas quand même.
— Ok.
— Vous alliez rencontrer qui, quelqu’un de connu ?
— Oh, oui. Peter Gabriel.
— Peter qui ?
— Gabriel.
— Gabriel.
— Oui, Peter Gabriel. Vous ne saviez pas qu’il habitait près de chez vous ?
— Qui ?
— Peter Gabriel.
— Mais, qui est-ce ?
— Mais voyons ! Aourghre.
La Patronne s’en mêle.
— Attends, elle a dix-huit ans, ils n’écoutent plus ça !
— Aah… Mais je ne lui reproche rien, c’est juste un coup de vieux.
— Et puis, il n’est pas si connu…
— Boah, moi, au delà des 100 millions d'albums vendus, je trouve qu'un type a gagné sa place dans les mémoires.
— Mouais.
— Et puis, c'était pas dans les années cinquante, non plus.
— Mouais.
— Tout le monde a oublié Van Morrison, mais ses chansons restent…
— Oui.
— Mais quand même, Sledgehammer…
— Chante la.
— Eeuuhh…
La Britannique plaide :
— C’est un chanteur, alors ?
— Oké. Connais-tu Elvis ?
— Oui.
— Ouf. Connais-tu les Rolling Stones ?
— Oui.
— Bon. Connais-tu les Beatles ?
Juste à cet instant, Alain le serveur arrive avec le plateau et pose les cafés avant de repartir en coup de vent.
— Toi Alain, connais-tu Peter Gabriel ?
— Oh, moi, Robespierre, Nina Hagen…

jeudi 21 octobre 2010

Le Pommier

Il a largué ses fruits, dont l'insouciante joie et le poids épanoui l'accablaient, le courbaient. Le voilà maintenant libre de croître et s'étendre sous les nuées rageuses de l'arrière-saison, désormais affranchi de sa tâche prolifique. Sa silhouette fatiguée soupire d'aise et d'ivresse, ses longs bras recourbés aux gracieux ondoiements, guinchent sous les étoiles qu'atomise le Mistral. Dès demain vers Morphée il appareillera pour dans ses bras de givre restaurer sa puissance.

mardi 19 octobre 2010

En Grève

Illimitée et reconductible.

jeudi 14 octobre 2010

Grosse Émotion


J'entre chez Papa-Outil en coup de vent et une réceptionniste me sourit.
— Bonjour monsieur.
— Bonjour. Où se trouvent les pinces, s'il-vous-plaît ?
— Rayon outillage, tout droit.
— Merci.
Je marche. Je tourne à gauche. J'avise un jeune homme.
— Bonjour, je cherche une pince pour couper des fils de métal.
Il porte un badge qui dit « bonjour, mon nom est Michel, comment puis-je vous servir ? ».
— Quel genre de fil ?
— Des cordes de guitare.
— Ah. Je joue de la guitare moi aussi.
— Très bien.
— Prenez celle-ci.
Je soupèse.
— Elle est trop lourde pour rien. Je bouge surtout à vélo.
— Et celle-là ?
— Oh. Forme intéressante.
— C'est une tenaille et non une pince, mais ça devrait le faire.
— Si ça se trouve, ça risque moins d'égratigner le vernis de la tête.
— Oui. Et elle est bien légère et toute petite.
— Et vraiment, vraiment pas chère.
— Ouais !

Je la prends, je paie, je quitte.

Arrivé à la maison, je pose mes affaires et je gère des tas de trucs chiants à gauche et à droite, des paperasseries, des tracasseries, des fricasseries… Finalement, juste avant de me coucher, je songe à ma tenaille à trois sous. Je prends le paquet. Primo, il est extrêmement facile de l'extraire de l'emballage. Déja, je relaxe. Je me dirige vers la gratte pour lui couper les cheveux. Grâce à la forme de la mâchoire, il m'est possible de trancher la corde au ras de la moulinette, ce qui évite de se trancher la peau ou les vêtements sur les bouts qui dépassent. Clic. Ça marche avec la .26 ! Clic, clic. La .18 et la .11 aussi ! Reste à voir avec les grosses. J'emploie de grosses viandeuses sur les basses, 34, 42, 56. Clic, clic… et clic. Bon sang de bonsoir ! Ceux qui n'ont jamais habité en France ne comprendront pas, mais je me suis mis à pleurer soudainement, une bouffée de larmes impossible à stopper. La Patronne entrait au même moment.
— Eh ben dis-donc. Qu'est-ce qui t'arrive ?
— Patronne… La pince…
— Ben quoi ? Elle est déjà cassée ?
— Non, non. Ça, ç'aurait été normal.
— Ben aah-aaalors ?
— C'est qu'elle fonctionne à merveille, Patronne.
— Oooh.
Je crois bien qu'elle aussi va se mettre à pleurer.
Peut-être qu'on ira lui offrir des fleurs, à ce Michel.

mercredi 13 octobre 2010

mardi 12 octobre 2010

Patrick Natier, peintre



Trouvé chez Sandra, un tableau de Patrick Natier (le chum de ma pote Blue), que j'ai eu le bonheur de croiser sur ma route lorsqu'ils ont eu la générosité de m'offrir un havre de paix en leur demeure, au moment de mon épuisant retour sous la pluie en décembre 2009. On ne déniche plus guère, en cette époque à-plat-ventre, de types comme Patrick, des hommes non seulement encore debout, mais bien vissés, incarnés, rocheux. Je me prends à rêver d'un lieu où on pourrait voir son œuvre, que ce soit entre quatre murs, ou quelque part au coin du Net.

Dirty Dirty Halleluia

Il y a une tête
Au bout de moi
Dirty dirty halleluia
pierre
râpeuse
crachat
rythme
souffre
fête
hors moi
vertige
sang séché
terre
humide
ya ya ya
Dirty dirty halleluia

terre
usée
terre
boueuse
glaise
herbes
grouillent
pressées
pluie
sème
recouvre
défigure
emporte
c'est là
c'est juste là
Dirty dirty halleluia
j'irai vous rejoindre
fraternité des cancrelats
éternité des dessèchements
j'irai étendre mes humeurs
je serai des vôtres
au banquet blanc
des asticots
mes vieilles rides
comme tout vêtement
libre de tout
léger enfin
minéral
assagi
enseveli
au repos
paupières
enfin
assoupies

si si
juste là
Dirty dirty halleluia




dimanche 10 octobre 2010

London Câline
Tome 3


Deux ou trois jours à rien faire à Londres. Nous avons déambulé des heures de ci de là. De librairie en librairie, nous avons ajouté 5 kilos de livres à nos bagages. Ça nous a fait beaucoup de bien. Repos quasi-total après des mois de boulot. Sauf qu'au retour, deux joueurs tombent au combat, votre serviteur, encore frappé par une rébellion des sinus et surtout, l'intuable, l'invulnérable, l'éternellissime portable jurassique, dont l'écran refuse de s'allumer depuis qu'il est de retour dans les collines de l'Uzège. Du coup, mes économies viennent de s'y engouffrer en entier. La nouvelle cyber-galette arrive dans quelques jours. Moi qui étais sur le point d'acquérir une nouvelle gratte… C'est ainsi. Reste plus qu'à se retrousser encore les manches.

Allez, on fonce tout droit dans le nouveau siècle, uhm !? On y va toutes et tous ?! Uhm ?!

samedi 9 octobre 2010

London Câline
Tome 2


Déambuler dans une immense cité, ça dépayse, quand on vit depuis trois ans sous la tente. Puis, Londres, avec ses serveurs gentils (contrairement à ceux de l'Hexagone), sa bière pas chère et savoureuse et son humour épidémique (jusqu'aux contrôleurs du métro, fin et marrants), ça fait du bien. Au bout de deux jours je saignais du nez, par contre. Pire que Paris, l'air en rase-motte, tout gluant et collant, qui se vautre des marécages aux trous de nez. Je ne peux plus. Pollutions, moisissures, toxicités, on dirait bien que les grandes villes, c'est fini pour moi.

vendredi 8 octobre 2010

London Câline
Tome 1


Fallait impérativement sortir de Schengen. Les petits farfadets Irlandais se sont chargés de nous monter là-haut pour 5€ chacun et hop ! Nous voilà en train de dévorer un full-english dont les haricots, les grosses saucisses et les « chips » nous resteront sur le cœur toute la journée !