Je vis tout en haut d'une maison en hauteur, construite à cheval sur les vieilles fortifications du village. Le mur d'enceinte est là, sous une couche de peinture, deux étages sous moi. Ma petite chambre est bardée de fenêtres qui font toute la longueur des murs, côté nord et côté sud.
Mésanges, grives, pinsons, martinets, moineaux, fauvettes, serins et verdiers tourbillonnent autour de mon corps dès les premiers clignotements de l'aube. Mais ce sont les merles que préfère Modestine. Depuis quelques jours, elle n'en ramène plus un, mais deux par jour. Comme elle sait que je n'aime pas qu'elle dépèce ses proies dans le lit, elle va directement sous mon fauteuil et y procède au festin. Elle mange tout sauf quelques plumes. Je suppose qu'elle cherche de la protéine pour stimuler la croissance des chatounets qu'elle ballotte d'un côté l'autre dans son immense panse.
* * *
C'est une drôle d'ère. Je travaille beaucoup. Je m'amuse peu. Je suis tellement enseveli dans mes petits châteaux de sable qu'il faut chaque fois me forcer pour aller faire un tour, vers la fin de l'après-midi. Je me suis réveillé plein d'enthousiasme presque toute ma vie, quelle qu'ait été ma situation (parfois bien précaire). Mais ce n'est plus trop le cas. Je vieillis. C'est ainsi, ça devait arriver un jour. Je suis de mauvais poil. Je ne connais qu'un traitement efficace contre cette tragique condition, travail, travail, travail. Alors, bon.
Tout de même, ça me fait du bien de revenir un peu ici, sur Rosie. J'ai l'impression de faire partie d'un petit village intangible dont plusieurs habitants me respectent et où habitent également de nombreuses personnes dont j'aime les œuvres ou la façon de penser. Mon isolement m'en parait moins sévère. Sinon, ma vie est splendide et j'apprends à composer à long terme avec toute une série de manques et de carences. Comme je n'y peux pas grand'chose, je me convaincs que ça fait partie de mon épanouissement.
Je sors dehors et je marche dans les rues. Sauve a beaucoup changé en trois ans. La religion reprend de la vigueur et de la popularité ; les deux églises font des affaires d'or. L'imbécilité connaît des jours heureux. Les voitures sont devenues innombrables et roulent en malades dans les petites rues, s'esquintant les flancs sur des pierres maçonnées en l'an 900. Un ruminant qui habite sur la placette devant chez moi sort son petit poste nasillard sur le rebord de sa fenêtre et passe en boucle un loop de rap tri-centenaire plombé de paroles navrantes. On ne voit plus guère Agnès Bertrand, Aline et Robert Crumb, les grands écrivains du village. Est-ce un hasard si le poète Florian qui a écrit « vivons heureux, vivons cachés » est né ici même, dans la rue du Pont Vieux ? C'est comme si les adultes vivaient terrés, terrifiés par ce monde où règnent d'irréductibles enfants de 80 kg. « Les collines mépriseront les montagnes », prévenait Hamsun, au dix-neuvième siècle. Ou était-ce Nietszhe ?



Le Crachoir
Sans Connaissance















14 dans le peloton:
pas lue ta merde, mais profite :
http://www.youtube.com/watch?v=67K-8Y3SEQc
profite bien d'un gros gland d'explose (c'est moan côté jim morrison)
m'en fous d'être baisé, héhé!
comprennent pas, je les regarde me bouffer... VIS, petit père!
et si t'es avec eux, ben change connard!!
bise du suicidé en impuissance!
même s'ils t'ont récupéré, tu reste beau, on bave, merchi
http://www.youtube.com/watch?v=8hEYwk0bypY
http://www.youtube.com/watch?v=pAVhKjsImeI
http://www.youtube.com/watch?v=33Jaodra7AY
Entre les merles et les chats, je choisis les merles , sans aucune hésitation.
Les chats je les noie de bon cœur.
tout fout l'camp, mon pauv'gars....:/
Nuance:"pour vivre heureux vivons couchés"... pas seuls de préférence.
Hum!
Il y a beaucoup de sagesse dans ce texte, des désillusions aussi?
Oui, i y a dans ce village que tu as créé des habitants qui te respectent, qui ont du plaisir à te lire et qui t'aiment, chacun à leur manière... Je suis l'une d'entre eux!
Crois-tu vraiment que l'enthousiasme matinal récurent qui disparait soit un signe de vieillesse ou n'est-ce qu'une constatation par plus de vigilance de son ici et maintenant? Je reste convaincue que plus jeune je me suis réveillée plus d'une fois du pied gauche à rebrousse poil mais j'en ne l'ai pas retenu! Etre de mauvais poil n'est pas l'apanage de la vieillesse, c'est à mon sens juste l'expression d'une sensation d'enfermement, de manque d'air...
Peut-être que reprendre de temps en temps la route te redonnerait des ailes?
Je t'envoie un baiser ch'ti!
Blue
Moi aussi, je me réveille plus souvent de mauvaise humeur. Mais je sais pourquoi. et travailler est ma thérapie, moi aussi. Bises.
Ah, et pourquoi donc Zoé si ça n'est pas indiscret?
Ben moi, c'est pareil. Et Blue a raison, faut parfois se pousser un peu pour se remettre en selle !
Si nombreux, si connectés pa les miracles de la technologies, et cette byzarre impression que jamais les membres de la communautés humaines n'ont été aussi isolés.
Je te lis à tous les jours et tente de lire le plus possible les écrits de la petite communauté que tu relais.
J'aimerais aller faire un tour à Sauve si j'étais pas si cassé...
Tu ressens sur trois ans ce que je ressens sur trente cinq (il y a trente cinq ans il n'y avait PAS de bagnoles et quasiment PAS d'artistes non plus, juste quelques allumés qui pensaient avoir trouvé une sorte de Paradis en forme de village. Il y a longtemps que je me terre (il y a pire) mais je sais que tout ça existe autour, ce grouillement pseudo-artistique et changeur de vie. Chaque vague de nouveaux arrivants apporte sa contribution à ce village foutraque, pourvu seulement qu'il reste foutraque encore et encore, tant pis pour les pavé auto-bloquants et les fenêtres en PVC, mais j'ai un frisson glacé quand j'entends une "artiste" dire qu'elle veut faire venir "des marchands d'art parisiens". Robert, lui (un vrai de vrai, pour le coup) a intégré le "pour vivre heureux vivons caché", je pense depuis longtemps que ce n'est pas pour rien que cette phrase a été écrite par un natif du village (dont la maison touche celle de Robert, le hasard, n'est ce pas).
Voilà que je bavardise, mille excuses, et mes félicitations respectueuses pour les petits chats.
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