jeudi 15 septembre 2011

Plonger tête première dans le venin de l'Ogre

Dans le métier de traducteur, il arrive parfois qu'on se fasse proposer des textes qui semblent à prime abord bien inoffensifs ; on accepte d'emblée, on manifeste même son enthousiasme, on signe le contrat, s'il y a lieu ; mais après trois ou quatre pages, on se rend compte qu'on s'est engagé à boire cent litres de moisissures putrides concoctées directement dans les sous-terrains de Saroumane par ses orques génétiquement modifiés. C'est un cauchemar qui, heureusement, ne se concrétise pas très souvent. En 2008, j'ai eu entre les mains un document confidentiel de l'armée canadienne qui détaillait (sans en préciser les motifs) une augmentation prévisionnelle de 300% des amputations traumatiques (ça c'est quand tu perds un bout ailleurs qu'à l'hôpital, mettons dans un champ ou au coin d'une rue) que subiraient ses employés au cours des cinq années suivantes. C'était une centaine de pages de prothèses, de scalpels, d'anti-douleurs et de consultations chez le psy. Ça m'avait déprimé sans bon sens. D'ailleurs, ma cliente avait exécré mon travail, m'avait engueulé vertement, ne m'a plus jamais rappelé. Le lendemain, on me piquait mon vélo. Biorythme. Stie.


Cette semaine, sur fond de catastrophe nucléaire dans le monde réel, je fais profil bas parce que je suis en train de nager (dans le texte) au septième sous-sol inondé de pisse et de vomi du QG des vampires, du château de Frankenstein, de Mordor… Oui, mein wolk, je traduis un morceau d'étron sorti tout droit du rectum du dragon et destiné à désinformer, confondre et déboussoler le lecteur cible, de manière à lui faire avaler les couleuvres officielles bien profond. Si, si, je m'affaire contre rétribution à polir un des cent millions de microscopiques anneaux de la chaîne qu'on passe aux chevilles du public de la Terre. Ah, yayayayaïe. Ce qu'y faut pas faire pour rembourser ses dettes.

J'ai chanté ? À moi de danser, maintenant. Ouvre grand… Allez, ouvre !
Pouah. Un poil.

10 dans le peloton:

anne des ocreries a dit…

je compatis ; on doit parfois patauger dans de visqueux marécages afin de gagner sa croûte....:/

Gaétan Bouchard a dit…

Fais comme Chalamov. Enregistre ça pour témoigner plus tard. Ou bien fais comme tu veux. C'est pas de mes oignons.

É. a dit…

Anne : tu es dans le mille quand tu parles de croûte ! Eh, eh, eh.

Gaétan : tout à fait. La bouse nourrit bien les arts en général et la littérature en particulier. C'est juste un mauvais moment à passer. Tout de même, j'aspire au jour où on ne me proposera que du Hemingway ou du Faulkner à traduire. Ou mieux encore, rien !

piedssurterre a dit…

J'ai un plan :
T'écris un best seller en anglais, vu que t'es parfaitement bilingue. Tu le signes avec un nom à coucher dehors, et et après tu te fais payer pour le traduire.
Tu fais d'une pierre deux coups, tu traduis un truc fabuleux (si, si) et tu gagnes sur les deux tableaux !
Elle est pas fun mon idée ?
:0)

anne des ocreries a dit…

Framb', t'es un génie ! :)

Laure K. a dit…

AHrgh ! je compatis... et valide l'idée lumineuse de Pied sur terre !

Gomeux a dit…

Je propose Vlazine Progrogrof comme nom.

É. a dit…

Gom : Vaseline Strogonof  ?!

Laure : auhm… Je préférerais que tu tournes un film basé sur mon bouquin (avec un budget de 24M€ sur lequel je toucherais, évidemment, un maigre 10%, dont je me contenterais tout de même, modeste que je suis). Il va sans dire, j'espère ne pas avoir à toucher à quoi que soit. Ou alors en tant que barman. Surtout si y a du Talisker et des glaçons.

Anne : hi hi hi !

Frankie : ton idée n'est pas nouille, encore que je me voie dans l'obligation de te signaler qu'un bestseller en anglais, c'est la fin des ti-boulots à la con. Je ne traduirais sans doute plus alors que des chefs-d'œuvre, par ferveur littéraire et, par conséquent, certainement jamais les miens. Eh, eh, eh. Des histoires de losers hirsutes qui boivent et qui baisent. Eurkh.

Gomeux a dit…

Meuh non, Vlazine, c'est Céline, dans Chateau.

piedssurterre a dit…

:0)