lundi 31 octobre 2011

Montréal, asti

— Bonjour monsieur, pouvez-vous me prévenir à l'arrêt du Marché aux puces ?
— Lequel ?
— L'arrêt du Marché aux puces.
— Heille chose, chpas sourd. Quel Marché aux puces ?
— Celui qui est sur votre route. Y en a qu'un dans l'Est, l'autre est à Notre-Dame.
— Ben là mon homme, si tu sais pas oùssé tu t'en vas, spa moué qui va le sawère.
— Mais vous passez bien par le Marché aux puces ?
— Chais-tu, moué, penses-tu que je connais toué magazins sur ma run ?
— C'est un truc énorme, tout près de l'autoroute métropolitaine.
— Ouan-ouan.
— Ah ! Donc, vous connaissez ?
— Ouan-ouan.
— Bon.
— Marché aux puces métropolitain.
— Alors, vous m'avertirez ?
— Pas yenk ça à faire.
— C'est vrai que vous devez en plus conduire le bus… 

L'enfoiré écrase l'accélérateur et je vais valser vers l'arrière en heurtant ma guitare contre un poteau d'appui. Je décide d'aller prendre place tout au fond, près d'une fenêtre, pour pouvoir suivre la progression.

Une bonne heure passe tandis que le car avance en rampant parmi les millions de ferrailles qui engorgent les avenues. Parvenu au boulevard Langelier, je me précipite pour sortir mais la porte arrière est bloquée. Je bouscule cinquante usagers pour me jeter dehors. En me voyant passer, le chauffeur abat sa dernière carte, et crie, triomphal :

— Heille chose, stait l'autre arrêt d'avant, ton affaire !

Je lui souris. Je sors même deux doigts en signe de paix.

Il botte la pédale en lâchant un coup de klaxon. Les voyageurs tombent pèle-mêle vers le fond du bus.

Je marche d'un bon pas sur mes jambes ankylosées.

mardi 25 octobre 2011

Montréalismes

J'ai regardé les Canadiens en perdre une autre en compagnie de Gomeux. Nous nous proposons d'aller offrir une petite clinique de passes au Tricolore, histoire de leur rappeler que dans les patins, c'est pas le meilleur endroit pour la crisser, tabarnak.

Vu dans le métro un grand Afro-montréalais se cacher le visage sous sa chemise pour pleurer.

Entendu une jolie dame d'un certain âge entonner un chant, partition en main dans l'abribus.

Vu passer un beau gros lapin bien dodu.

Écouté une des plus bizarres versions de Knocking on Heaven's Door qu'il m'ait été donné d'entendre. Un vieux bonhomme la chantait au pied d'un escalier roulant avec le rythme et la mélodie de Helpless de Neil Young. Les deux pièces ont toujours été voisines dans la bibliothèque du folk-rock, mais bon… 

Je néglige ma sieste depuis que je suis là et mon corps commence à m'envoyer des faire-parts saugrenus.

Bonne nouvelle, aucun média n'a encore descendu La Solde en vrille.

J'avais oublié ces ciels inouïs de mon île.

J'ai assisté à une soirée littéraire très vivante, à la limite de l'hystérie, musicale, violente, cochonne, immorale, sadique, douce, mouillée, dilatée et révoltée qu'on donnait pour la parution du nouveau Bertrand Laverdure. On ne voit pas ça dans l'hexagone, enfing, pas dang mong sudeuh. J'étais assis avec ma pote Mel C., Fofy et Mathieu. Mémorable.

Le soleil, ce flemmard, se lève bien après moi. J'espère que la droite trouvera moyen de le forcer à bosser plus pour gagner moins.

Je suis en train de lire les mémoires de mon grand oncle Jean-Louis Roux. Homme d'une grande intelligence, il a malgré tout été l'un des rares membres de ma famille étendue à souffrir du sinistre syndrome du fédéralisme canadien et j'espère trouver dans ses lignes ce qui a bien pu causer ce mal (abus d'un aliment, mauvaises fréquentations, surmenage ?).

Des potes de l'Hexagone me demandent le temps qu'il fait. Il fait chaud pour la saison, pas de neige encore.

Je prends des photos pourries avec mon téléphone dont ce n'est clairement pas la fonction la plus glorieuse. Je vous imposerai ça d'ici les prochains jours. D'ailleurs, ce même téléphone est aux soins palliatifs, le con. Je viens à peine d'en faire l'acquisition. C'est un vieux modèle qui a vraisemblablement été plus ré-usé que ré-usiné. Rusés bridés amusés, qui me l'ont fourgué sans me prévenir qu'il allait émettre le rugissement d'une Ferrari chaque fois que je l'éteins ou que je l'allume.

Rrrriiiiiiii-yaoummmmmm !

lundi 24 octobre 2011

Drôle de jeu de mot de l'univers

L'arrêt d'autobus au coin de la rue où je squatte, d'où je pars chaque jour pour aller en ville et où je descends chaque soir, est situé au coin de la rue… Sauvé. Même pas pour de faux.

vendredi 21 octobre 2011

Brume sur la vielle chaussette


Wow. Ce que Montréal a changé.
La langue française est devenue une sorte d'écrasante… minorité. Partout l'affichage bilingue se moque des lois que les Charretiers ne tentent désormais plus de défendre, même du bout de la baguette fêlée de l'Orifice de la langue française.

Du coup, Montréal semble se vautrer dans sa coolitude. Plus que jamais on consacre un grande part d'énergie à son look. Bon, au moins, voilà un peuple qui sait disparaître dans l'élégance et le chic.

J'entends à l'instant Jean Batailleur de Zacharie. Ça manque de Zacharie en France, tabarnak.

Je suis embusqué au coin de Rivard (où j'ai vécu) et Mont-Royal (où j'ai vécu), à deux pas de mes anciens bureaux. J'y suis depuis 20 minutes. Je sors ma jauge à gonzesses et j'ajuste le filtre de manière à ce qu'il cesse de me sonner l'alerte 150/100. Je n'en serai que plus difficile à convaincre de retour chez moi. Ça sera reposant. J'ai un début de torticoli, en attendant. Ay caramba.

Le dictionnaire lexical de mon ordi ne connaît pas « torticoli ». Allons bon.

Un barbu hirsute vient de passer avec un gros drapeau français sur l'épaule. Quid ? Z'ont gagné au foot, ou il célèbre le massacre Lybien ?

Tears For Fears à la radio. Ça manque de Tears For Fears, en France, simonac.

Y a des tas de « Vélibs » à Montréal, qui portent le patronyme de « Bixi ». Pas de porte-bagage, ni derrière ni devant. À peine une sorte de petit espace ouvert où glisser le journal (mais pas celui du samedi). Un sur deux font scroui-scroui-scroui en passant. Z'ont l'air de peser 50 kg. Enfin. Apparemment c'est l'œuvre d'un designer cool. Allez savoir.

Céline Dion à la radio. Ça manque de silence, au Québec, asti.

Révélation inouïe : l'espresso est vraiment meilleur à Montréal qu'en Languedoc. Y a pas le moindre doute. Par contre, le café filtre, euh… est égal à lui même. Le parfait drink du cow-boy en cavale, avec plus de cow que de boy.

Lynda Lemay à la radio. Ça manque d'essence pour s'immoler, dans ce café, 'tain.

La dame qui sort à l'instant du métro, un déhanchement d'antilope, des yeux d'Albert Einstein, une touffe de roussitude moitié feu moitié cuivre sous la tuque de laine vert-forêt. C'est un vidéo-clip, ou c'est pou-de-vrai ? Câlisse, elle déverrouille un Koga Miyata avec porte-bagages Tubus avant et arrière. Je laisse mon ordi et mon sac pour courir derrière elle ou je… Ou… Juste je blogue. Eh, cong. Elle porte un casque, de toute façon.

Cœur de pirate à la radio. Vaut mieux entendre ça que d'être sourd. De justesse.

Bon, je retourne traduire. Tout de même… Si y avait un TGV Montpellier-Montréal, ça serait sympa. J'irais chercher Modestine.

jeudi 20 octobre 2011

Check

Popa à l'aéroport. Check.
Hot-dogs toastés. Check.
L'avenue du Mont-Royal. Check.
Poutine. Check.
Partie de hockey à la tévé (perdue, snif). Check.
Potes, potes, potes — vouiii ! Check.
Splendeurs nocturnes. Check.
Nuages de charbon et de crème. Check.
Parc Laurier. Check.
Resto Indien digne de ce nom. Check.
Magasins de produits naturels dignes de ce nom. Check.
2 œufs cretons. Check.
De l'eau dans les restos sans crises d'hystérie. Check.
Des nanas sur la rue, la nuit, marchant tranquillement. Check.
Geneviève ma super-éditrice, enfin. Check.
Les accents et le rythme hallucinant, délicieux, capiteux de la langue québécoise. Check.
Plein de super vélos, avec porte-bagages et garde-boues, de vrais de vrais cycles, partout partout partout ! Check.
Un pichet de Griffon. Check.
Toute la gang de La Mèche. Check.
Poulet grillé portugais plein d'épices bien rouges ! Check.
Mon livre en vrai de vrai, tout chaud de l'imprimerie — la couleur de la couverture tue l'univers et les moustiques aussi. Check.
Mathilde, eh oui. Check.
Flocons de neige (trois ou quatre). Check.
20h, Plateau : 189081094 Montréalais reviennent du gym en pédalant avec en bandoulière raquettes, bâtons de hockey, sacs bourrés de ballons ronds ou ovales, souriants, détendus. Check.
Conversation en anglais-espagnol-français-joual-portugais-brésilien. Check.
Végépâté — Miououuum ! Check.
Gens qui cèdent la place aux vieux dans le métro. Check.
Croisé un adorable voisin de la rue Messier, d'il y a un millénaire. Check.
Gros connard qui me fonce dessus sur Saint-Laurent et semble espérer se réveiller dans trois mois à l'urgence avec son dentier dans l'intestin. Check.
Femmes sans fard, souliers plats, pas altier, visage épanoui. Check.
Rappel brutal de l'absence de toilettes dans le métro. Check.
Vin cher et mauvais. Check.
Café filtre imbuvable mais espresso franchement meilleur qu'en l'Hexagone. Check.
Sandwiches hippies avec plein de fraîcheurs bio-miam-miam. Check.
Autoroute Métropolitaine blindée soir et matin. Check.
Ciel bleu, trente minutes chrono. Check.
Serré dans mes bras ma bonne vieille blonde, ma Thinline Telecaster '72, même pas branchée, même pas mes cordes préférées, pourtant, orgasme instantané. Oh, oui. Oh. Oh. Elle rentre à Sauve dans mes bagages. Elle chantera sur les prochaines galettes hippies. Nous ronronnons en chœur. Modestine sera jalouse. Check.

vendredi 14 octobre 2011

Y pleut y pleut Berbère

Ça m'a fissuré la patate d'un seul coup.

Je suis descendu de l'avion et au bout de l'interminable corridor j'ai débouché dans la salle des douanes. Il s'était mis à pleuvoir dehors et l'odeur de la pluie parvenait à traverser les ambitions hyper aseptisantes du lieu. J'ai humé un bon coup en descendant l'escalier vers le triage. C'était comme un grand verre de Talisker. Enivré, j'ai failli débouler les marches et entraîner dans ma chute les nombreux unifoliés qui désormais parent ce lieu drabe de leurs atours. J'ai posé la paume sur la rambarde pour retrouver mon équilibre. C'était l'haleine d'un amour oublié. C'était la vision chatoyante d'une habitude perdue. J'avais sous le nez le parfum inimitable de l'eau du Saint-Laurent. Mon voisin de siège depuis Francfort m'a vu vaciller et s'est enquis :
— Vous vas alles OK, gut, ja ?
— Ja, Helmut. Hier ist mein vaterland.

mercredi 12 octobre 2011

Lancement
Mercredi 26 octobre



Réservation, confirmation de votre venue

Veillée d'armes

J'ai collé ma tête contre son ventre et je me suis mis à lui parler de tout ça. Je n'avais pas à le faire, en fait. Elle connait la chanson. D'abord, quand elle monte à la chambre et qu'elle y voit des sacs ouverts et des piles de chemises, quand elle me voit faire des listes et me sent fébrile…

Elle me regarde pensivement. Pas triste, non. Elle n'est pas comme ça. C'est une dure ! Mais tout de même un peu inquiète. Elle a l'air de se demander si un de ces quatre je pourrais partir ainsi pour le long voyage et la laisser derrière. Je lui répète pourtant qu'elle est dans ma vie pour aussi longtemps qu'elle le voudra. Je lui montre que je l'aime par de petits gestes, des marques d'affection, des caresses, des mots gentils, je lui prépare son plat préféré (toujours le même) et je répète inlassablement que je serai de retour dans quelques semaines. Mais nous n'avons jamais été séparés si longtemps depuis le jour où elle est entrée dans ma vie.


• • •


J'angoisse. J'ai les entrailles qui se serrent. Le souffle court. Un trac inédit. Je pars livrer un combat, affronter un dragon. Je pars chasser un lion acariâtre et malade : la partie de moi qui fait souffrir toutes les autres. Ce n'est pas la première fois et j'ai remporté contre ce monstre de retentissantes victoires, mais c'est chaque fois à recommencer et forcément un moment crucial. Il y a un pincement chronologique. Des dates. Des heures. Des minutes. Je dois être là et ici et là-bas.

Paradoxalement, je trépigne de joie. Je vais à la cueillette aux délices. Revoir des amis intimes, des personnes que j'aime très profondément, des fontaines d'inspiration, des torrents de sérénité, des tornades d'intelligence et de bon sens et d'humour… Marcher dans ma ville adorée. Et puis, écrire pendant des années sans se soumettre à la brûlure du cercle enflammé, sans plonger dans la baie agitée, sans traverser l'œil de l'ouragan, ça ne rime à rien. Lecteurs, critiques, machines à reproduire, mécanismes à marchandises, systèmes d'épandage, me voici. J'espère avoir la force de sourire malgré la terreur, je me promets de ne pas m'effondrer devant la flagornerie, de ne pas m'enliser dans les bouses flasques de l'odieux, de ne pas oublier de maintenir le cap et de prendre l'éventuelle grêle de médiocrité pour ce qu'elle est, éphémère, intangible, irréelle.

Il faut surtout se rappeler de s'accrocher, il faut aller insérer son corps dans les plis du récit commun. La place est là. L'accueillir, l'accepter, la célébrer. Il faut aimer la lumière et supporter la pénombre et vice et versa sans laisser la toxicité de chacune altérer la course du sable dans les vents et la trace du vent dans les sables. Il faut se rappeler qu'il n'est pas question de soi, ni de l'humanité, mais bien d'un simple produit, avec lequel on a été associé, jadis, dans le rôle bizarre de géniteur, de semeur, de récolteur, de ramasseur, d'ordonnateur, de coupeur, de retourneur, de présentateur, de larmoyeur, de rieur, de lecteur et de relecteur et de polisseur et de vernisseur et de repolisseur…

Il y aura une histoire, aussi, constamment sous mes yeux. Blottie dans les fissures de chaque trottoir, lovée dans le galbe de chaque brin d'herbe, chuchotée entre les branches des érables et louvoyant dans les panaches des cheminées de la Carrière.


• • • 


Je me suis mis à la caresser légèrement des épaules jusqu'au ventre. Elle s'est retournée pour me présenter son dos. J'ai appuyé le bout de mon index entre ses yeux et j'ai gratté le sommet de son crane. Elle a révélé pour moi les émeraudes de ses prunelles. J'ai esquissé un sourire. J'ai saisi sa queue juste à la base et j'ai serré doucement. Elle ronronnait si fort que sa gorge s'enrouait.

lundi 10 octobre 2011

Aux Belles Sœurs



C'est marrant parce que je pense beaucoup à Feist depuis quelques semaines. C'est qu'elle a servi pendant des années de fond sonore à un de mes deux cafés préférés à Montréal. Étrange synchronicité que de la voir apparaître chez mon cher ami Gom, que je vais également revoir d'ici quelques dizaines d'heures à peine. Eh ben. Voici la toune qui me fait irrémédiablement saliver et pousser les canines pour un bagel-au-trou aux épinards, spécialité unique et délectable du fameux café de la rue Marie-Anne.

Orson Welles
6 mai 1915 - 10 octobre 1985

jeudi 6 octobre 2011

Steve Jobs
24 février 1955 - 5 octobre 2011


Sans lui, ces gros cons chez Microsoft auraient forcé l'humanité entière au command line jusqu'à la fin des temps. Si Jobs a contribué plus que d'autres à façonner le principal outil de travail sur Terre, c'est surtout par son obstination, sa détermination, sa hargne dans son épique combat contre les vieux (et jeunes) nigauds ingénieurs-flics de l'ordre établi qu'il aura laissé sa marque. Les icônes, dossiers, curseurs font désormais partie de la vie de presque tous les habitants du monde industrialisé. Un des cent métiers absurdes que j'ai pratiqué au cours ma longue vie aura été celui de designer d'interfaces. Ce boulot, qui est celui de l'ombudsman de l'usager auprès de la confortable schizophrénie des techniciens, n'aurait possiblement jamais vu le jour sans l'homme au « champ portatif de distorsion de la réalité ».
Requiescat in pace.

dimanche 2 octobre 2011

Food Matters - à visionner gratos jusqu'au 8 octobre
pardonnez l'anglais

Food Matters Official Trailer from foodmatters on Vimeo.

Grosse Crisse de Crève psychosomatique : check

Je n'ai jamais pu poser ma voix sur un disque (sauf celui de cet été pour lequel j'ai simplement attendu la guérison) sans laryngite, pharyngite, bronchite ou bronco-pneumonie pour me scier la gorge. J'avais un vrai gros show qui s'en venait ? Un passage télé ? Un gig à la radio ? Un showcase pour le grand producteur XZib qui organise des tournées de la Voie Lactée à un million par musicien ? Chaque fois, chaque fois, amygdalite, polio, peste bubonique.

Voilà pour la petite histoire biologique de mes désastres passés. Je suis rassuré de voir que j'ai mis dans le mille, cette fois, en me tapant cette étape obligatoire un peu d'avance. Depuis lundi je crache toute la matière excédentaire qui m'entoilait le cerveau, je rejette des lambeaux entiers d'idées noires, je mouche les grasses imbécilités médiatiques ambiantes qui auraient pu m'intoxiquer par osmose, je sue six litres de putrides idées reçues dans mon futon chaque nuit, bref, ça y est, c'est bon. Prochain obstacle, s'il vous plaît.

Modestine effondrée de tristesse après le départ de Billie



Euh. Elle ne réalise pas encore. Pour l'instant, elle se repose.