vendredi 30 décembre 2011

Des Nouvelles

Ah, vous croyez que je vous néglige, lectrices, lecteurs de ce blogue soi-disant littéraire. Eh bien vous avez parfaitement raison. Je bosse, bosse, bosse, et je n'écris plus dans mes secondes libres. Je termine deux scénarios de films avant de boucler la traduction d'un autre Willa Marsh pour Autrement et d'envoyer mes corrections à La Mèche pour mon prochain livre, un recueil de nouvelles bourré de sexe, avec encore bien plus de sexe que dans La Solde, qui fera donc ca-po-ter les matantes de la paroisse, qui fera vomir les petits hebdos qui ont lu une nouvelle de Bukowski et qui trouveront que je ne fais pas tout pareil, un recueil qui confirmera ma position de underground de la relève à bientôt 50 ans. Mais vous serez 2000 ou 3000 à vous le procurer, soit pour le laisser traîner dans la chiotte soit pour le lire pou le vra. Et voilà. Je termine aussi Oro Negro, un roman encore plus cochon, encore plus violent, les ceusses qui ne savent pas qui est Jim Thompson et qui croient que Sénécal fait du roman noir n'y comprendront rien. Fans d'Agatha Christie censurer vos critiques, tabarnak, je suis pas obligé forcément de reculer d'un siècle pour faire plaisir aux devo qui peuplent le monde pathos de la néo-culture des bas-bruns. Bref. Je suis débordé de bons petits textes bien crades. Préparez-vous à en prendre plein la gueule, le con, le cul, les oreilles, l'entre-boules, simonac, chuis pas encore mort, non, peu s'en faut.

Zarbiezique
Kind of Blue

vendredi 16 décembre 2011

Nouvelle rubrique :
zizique zarbie

Clin d'œil à Swan (et à monsieur Biz)

How to Be a Good Writer
by Charles Bukowski


you've got to fuck a great many women
beautiful women
and write a few decent love poems.
and don't worry about age
and/or freshly-arrived talents.

just drink more beer
more and more beer

and attend the racetrack at least once a
week

and win
if possible

learning to win is hard -
any slob can be a good loser.

and don't forget your Brahms
and your Bach and your
beer.

don't overexercise.

sleep until moon.

avoid paying credit cards
or paying for anything on
time.

remember that there isn't a piece of ass
in this world over $50
(in 1977).

and if you have the ability to love
love yourself first
but always be aware of the possibility of
total defeat
whether the reason for that defeat
seems right or wrong -

an early taste of death is not necessarily
a bad thing.

stay out of churches and bars and museums,
and like the spider be
patient -
time is everybody's cross,
plus
exile
defeat
treachery

all that dross.

stay with the beer.

beer is continuous blood.

a continuous lover.

get a large typewriter
and as the footsteps go up and down
outside your window

hit that thing
hit it hard

make it a heavyweight fight

make it the bull when he first charges in

and remember the old dogs
who fought so well:
Hemingway, Celine, Dostoevsky, Hamsun.

If you think they didn't go crazy
in tiny rooms
just like you're doing now

without women
without food
without hope

then you're not ready.

drink more beer.
there's time.
and if there's not
that's all right
too.

mercredi 14 décembre 2011

Bon sang, le calme

Avec Modestine, nous écoutons Satie. Le village est en mode hivernal, silencieux. Je bosse un peu, je défais mes bagages. Je bosse encore. Nous faisons la sieste. Je suis en train de réviser mon recueil de nouvelles que la Mèche sortira cet été. Modestine ne m'a pas encore chié dessus. Son caractère s'est peut-être adouci avec l'âge, la maternité, machin. Ou alors elle attend le moment propice pour laisser exploser sa passive colère. C'est un caca de damoclès qui pèse sur notre quiétude. En attendant, pur bonheur. Demain, on va jammer, au village, avec Pat, Stef, Bert… Oh yeah.
Ah, j'allais oublier… J'ai pris des photos de la prounette, comme promis. Je vous les poste demain.

Gaston Miron
8 janvier 1928 - 14 décembre 1996

mardi 13 décembre 2011

La Solde
Star du iTunes Store



Et puis, non, vous n'avez pas la berlue. Pour le moment, La Solde est le deuxième vendeur de tous les temps de l'iTune Store en Français. Achetez ! Achetez ! C'est le cadeau de Noël idéal pour toute la famille. Laissez-en traîner cinq exemplaires autour du sapin. Voyez vos chérubins danser de joie et de surprise tout en mimant les dialogues les plus marquants ou les scènes les plus cocasses ! Pour chaque tranche de 10 000 $ achetée au cours du temps des fêtes, je m'engage solennellement à faire don d'une bière à un pauvre. Ho, ho, ho !

Je crois que c'est grâce aux trois exemplaires qu'a acheté ma pote Kristina en Suisse. C'est très certainement la toute première fois qu'un de mes livres est meilleur vendeur de quoi que ce soit, alors je célèbre en bloguant au creux de mon délicieux lit à moi, dans mon adorable chambre à moi, dans mon précieux petit Sauve, en compagnie des ronronnements indéfectibles de Modestine, qui arbore son poil hivernal. On la dirait emmitouflée comme une actrice Russe dans un manteau de poils épais et duveteux. Photos à venir, dès qu'y aura de la lumière.

Chouette entrevue à Lezarts

Edgar, le délire continue



Edgar voyage dans le temps ! Au départ d'Arles à 11h30, il arrive à 11h15 à Nîmes.
Y a pas à s'étonner qu'il y ait des perturbations sur la ligne !

lundi 12 décembre 2011

Arelates in Sole

Je viens de prendre un café sur le boulevard Gambetta en compagnie de mon excellent pote W. Le soleil est radieux, le firmament a la couleur du drapeau de mon pays défunt, l'air est doux et frais. J'ai du travail.


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Nouveau projet de roman : un petit garçon parle de façon floue d'un vague drame plutôt triste avec une voix mièvre et imprécise. Je me donne quatre jours de la première ligne à la révision finale. Prix nobel assuré.


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Pas mécontent de me trouver loin de certains morons, mais mes formidables amis me manquent déjà atrocement.


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Nouveau projet de roman : plein de jolies phrases pas trop compromettantes, 110 pages. Des mots qui sonnent. On en fera un film. Gouverneur Général, me voilà !


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Je déplace mon corps moi-même, après tant de vitesse carcérale. Les rues, sous moi, datent du temps de Jules César. Stie. Les milliards de pas qui ont sablé ces pierres n'auraient jamais été, sans tout ce cul, pourtant. Le cul, le cul, sacrament, si faut nier jusqu'à la vie elle-même, pour faire partie du club… Madame Propre, Monsieur Justice, y a pas d'abonné au numéro que vous avez maladroitement tenté de composer de vos petits doigts de pygmées bienpensants. Tûûûûûûûûû.


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Je suis en train d'écrire et une grosse feuille de platane tombe sur mes doigts. On dirait une feuille d'érable. C'est joli, tout de même. Je l'écrabouille du talon. Pas envie, incapable de supporter la joliesse, ce matin.


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Nouveau projet de roman : des blagues qu'on sait rire, des danses qu'on sait danser, des mots qu'on a déjà lu, des indignations à la mode, des critiques étatiques, des rêves démocratiques, des poésies comme dans les pubs de savon, des personnages comme dans les séries télé, de la porno douce, du bleu nuit, du bon vin de bourges (californien), des recettes fraîcheur (bourrées de canola ou de fluorure), des parfums écolos (au sodium laureth sulfate), des volailles équitables, des fruits de l'OMC, des légumes de l'OMS, des pensées de l'UQAM, de la morale du TPI, du bon gros suçage de tout ce qui est puissant, riche et bien blindé. 87 pages. Présidence de l'ONU pressentie.


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Allez, basta, je me casse.




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dimanche 11 décembre 2011

Bientôt à la maison

Je suis de retour en douce (uhm) France, chargé comme un mulot-esclave des zombies de la mort-violette, ployant sous le faix de ma Blonde (légendaire Telecaster que j'ai sortie en accord parfait de sa caisse après deux avions, trois cent km de bagnole et au moins six marathons de couloirs divers), d'un gros sac de machins de studio (je crois que je vais faire un disque, encore, eh, eh, eh) et d'une poche de hockey gigantesque, bourrée à craquer de bouquins. Tout Hemingway, tout Bukowski (sauf celui que t'as encore, Gaston !), tout Joyce, tout Bernhard, pas mal de Hamsun-Carver-Fante-Galeano-Burke, des Céline introuvables et cætera. J'ai été forcé de laisser tout ce qui se dégote facilement ici, parce que mon bagage extra faisait pile la limite de 32 kg. J'accepte par conséquent les dons de Beauvoir, Duras, Camus, Gavalda (joke) et surtout les principaux Louis-Ferdinand, légués le cœur léger à ma très chère amie Suzanne. Forains, libraires, bouquineurs, me voilà, soyez parés !… Reste plus qu'à acheminer tout ça vers mon village — 70 kg en tout—, à monter les cinq volées de marches jusqu'à ma chambre sans écrabouiller Modestine, puis à me procurer tout plein d'étagères, et hop ! Ça sera presque maison, sucrée maison. Tu viens, Faérie ? Rhôô, dis ?

mercredi 7 décembre 2011

José ! Un pastis !

Modestine, je reviens. Ne chie pas sur le lit, s'il-te-plaît.

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J'entre dans la 55 sur Saint-Laurent, l'autre soir. Atmosphère très tendue. Il y a un type bourré qui hurle en espagnol, une tentative de chanson, vaguement merengue. Je passe à côté de lui pour me rendre aux fauteuils du fond et il m'interpelle, agressif.
— ¿ Y tu ? ¿ Y tu ? ¿ Y TU ?
Je le considère calmement tout en poursuivant ma route.
— Yo. Nada mas. ¿ Y usted ?
— Nada ma', ja, ja, ja. Nada ma'.
Je prends place. Il me suit du regard en continuant de martyriser sa chanson. Les voyageurs serrent les dents. Puis il me fixe et ajoute :
— ¿ 'Ta muy duro, no ? Muy duro.
— Ay, lo siento. Si señor. Si señor. Muy duro.
— ¿ De donde e'ta' ?
Je remarque l'absence de « s ». Alors :
— De aqui. Soy Quebecense. Pero señor… Estas Cubano ?
— Ay, 'i. 'I 'eñor.
— De Cienfuegos ?
— Ay. Matanza'. A 'erca de 'ien….
Notre conversation a apparemment désamorcé les craintes ambiantes. Les gens se détendent. Le type lui même se calme.
— ¿ 'Ta muy duro, no ? Muy duro.
— Si. Mas duro, siempre.
— Dema'iado duro. La chica' 'on loca'. Lo' hombre' 'on loco'. Trabajo, trabajo, trabajo. Nunca decan'aramo'. E' dema'iado.
— Si. Demaciado. Si.
— Gra'ia'. Gra'ia' por dame razón.
Je me lève, c'est déjà mon arrêt. Je pause devant lui un instant. Je le fixe intensément dans les yeux.
— Amigo. Se falta tiempo. Aqui es muy, muy duro. Pero se falta tiempo. Buena suerte.
Je passe la porte. Me voilà dans la petite tempête. La neige tombe oblique contre ma joue. Je marche vers le nord dans mon ancien quartier, comme j'ai marché jadis dans les rues de sa ville. Un pas devant l'autre. Nada mas.

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Monsieur Biz, je regrette vraiment que mon livre vous ait ainsi mis en danger. Je vous aime bien, moi. Mais voilà, il semble qu'un important contingent de mes ex-copines, visées dans leur amour-propre par les propos insensés que vous avez inconsidérément osé tenir à leur endroit, en furie contre vous, courroucées, écumantes, furibondes, déchaînées et profondément insultées, s'apprêtent à vous rendre pied bot, à vous insérer un œil de vitre (l'histoire ne dit où), à vous édenter à froid et, surtout, à vous montrer de quel charbon elles s'enhardissent. Je ne sais si je dois vous plaindre ou vous envier.

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Je prends un ultime café aux Co'pains. Pour la première fois, j'ai la chance de véritablement mâcher le gras avec un vieux collègue et voisin plutôt sympathique et un peu à la dérive. À une journée du départ. Marrant, la vie. On se verra dans le monde, amigo.

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Halleluja de Cohen. Nada mas.

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Passé la semaine à trier et jeter ce qui reste des objets de ma vie. Un livre marquant, un cahier de notes, un manuscrit, un démo, une photo de mon vieux band ou d'une femme que j'ai aimé mais qui s'est enfuie vers d'autres univers ou d'autres états de la matière. Montagnes russes, glissades d'eau, big bonanza de bonmalheurs bien bombés.

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Une étoile féérique, une filante lumineuse, un rare ravissement. Déchirure annoncée, si. Mais nous avons été courageux. ¡ Valiente ! Nous avons fait fi. Nous avons été héroïques. C'est devenu si inusité. En soi, c'est déjà le miracle. It is accomplished. Faérie, à bientôt.

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En sept semaines, j'ai réussi à rater quelques potes. Tabarnac, z'aurez qu'à passer me voir à Sauve, corniauds !

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Je retrouverai bientôt mon ami Edgar. La STM se défend bien, dans le genre bus-de-brousse. Pour ne pas dire bus-de-frousse. Un accident par jour depuis cinq ans, paraît-il. Ouh-ouhlah !

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Passé un après-midi intense à capter un long entretien avec le célébrissime ami Mistral cette semaine. C'est le pote de la nuit des temps Rwatuny qui s'est chargé de pixelliser l'image et le son. Et le Gom a cliqué croqué tout ça.

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Je tiens à remercier les Canadiens de Montréal pour leur médiocrité qui, sincèrement, contribue à alléger mon exil.

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On m'a reproché récemment la longueur inouïe de mes remerciements dans La Solde. Eh bien, la prochaine liste sera encore plus longue et je retiens une larme juste en songeant aux plus évidents. Mil gracias : Jean, Nancy, Suzanne, Denise & Fred, Guillaume & Andréanne, Pierre-Yves, Melissa, Jean-François, Julie-Jeanne, Matthieu, Geneviève T., Benoît, Mike, Laurent, Geneviève P., Stéphanie, Mélanie Q., Luce & Yves, la gang de la Courte, Valérie, John, Sarah, Pascale, Mélanie C., Pierre & Paul, Isabelle, Nicolas, Annie, Noémie, Vince, Nadine, Yvan, Brigitte, Gaétan Bo., Éva-Lou, Myriam, Gaétan Bl., Cybèle, Gaston… J'en oublie, merdre ! Et puis, bien évidemment, ma chère petite parèdre touraine, que je parviendrai peut-être à kidnapper, si le vent le veut.




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lundi 5 décembre 2011

Leadbelly
23 janvier 1885 - 5 décembre 1949

Claude Monet
14 novembre 1840 - 5 décembre 1926



Un des plus beaux sites web de la galaxie…

Wolfgang Amadeus Mozart
27 janvier 1756 - 5 décembre 1791

La Solde
Appréciée par Baise-Livres

Émile Duncan, Henry Chinaski : même combat?
Par Joseph Elfassi


Émile Duncan, narrateur du roman La Solde, est un bougon qui joue du blues et qui écrit. Le vieux hippie pratique un discours à saveur cégépienne qui rejette l’impérialisme américain, les VUS, le fast-food et autres symboles de domination étatsunienne. Il le fait par des jeux de mots douteux, arme privilégiée de ces milliers de poètes dénonciateurs qui considèrent le calembour comme meilleur illustrateur de l’injustice, comme « mystère du revenu » et « ponction publique ». Mais avouons-le : rien ne pourra vraiment dépasser « Gringo, que Dieu te blesse » dans la chanson « Les Yankees » du géant Richard Desjardins.

Le roman d’Éric McComber ne s’arrête pas là, évidemment. Après quelques rejets de maisons d’édition snobs, le personnage d’Émile Duncan publie finalement son roman Groenland, un livre trash, en joual, hyper sexualisé, qui lui vaut la désapprobation de la copine de son père, des critiques dithyrambiques à la radio et à l’écrit, et un nouveau harem d’admiratrices qui cherchent en Émile à la fois la sensibilité de l’écrivain et l’agressivité du pervers retrouvé dans son roman. Roman jugé autobiographique par ses maîtresses et ses nouveaux admirateurs.

Donc, la deuxième partie du roman devient une version québécoise du classique Women de Bukowsky : les femmes entrent et sortent de l’appartement crasseux de l’auteur récemment notoire. Les femmes sont généralement folles : une pseudo artiste complaisante qui ne connaît rien à la musique et à la littérature mais qui se prend pour un génie, une cougar récemment refaite qui couche avec Émile pour un « décrassage » et puis Catherine la Princesse, jolie ébéniste vedette d’une scène particulièrement torride de sexe en état d’ébriété.

Au milieu de tout cela, il y a l’alcoolisme de Duncan, sa dépression, son médecin à l’accent incompréhensible, sa mère lesbienne envahissante le jour de Noël, son père fier de l’accomplissement littéraire de son fils, et le succès que connaît son roman. Émile flotte dans tout ceci. Le roman qu’il a publié semble avoir tout déclenché, il laisse le tout sur pilote automatique et ça s’envole, ça s’écroule, ça survit, ça boit.

( Petite note d’appréciation aux commentaires sur les étapes marquantes de la lecture : à 100 pages, en dessous de la numérotation, on peut lire « Bravo, tu as déjà lu 100 pages ». À 150 : « tu as presque fini un livre entier ». À 199 : « presque 200 pages! Ça suffit! Va jouer dehors! ». Étant quelqu’un qui parle beaucoup de ses lectures, je suis bien content d’être félicité, par l’auteur même, pour ma détermination! J’apprécie, sincèrement! )

Bref, ce petit livre est une réussite : l’alcoolique Duncan est un Henry Chinaski québécois : loser, gros bide, appartement sale et tombeur de ces dames. Il ne fait pas compétition au célèbre tombeur alcoolique de Bukowski, mais l’alter égo québécois est bien agréable à lire!

McComber, Éric, La Solde, publié à La Mèche, en 2001, 219 pages.

vendredi 2 décembre 2011

Edmond Rostand
1er avril 1868 - 2 décembre 1918

Vert

Je viens de terminer la traduction d'un autre article vantant les vertus décidément inextinguibles du thé vert. Je savais déjà que la boisson miracle agit exactement à l'inverse du café en facilitant, plutôt que de bloquer, le passage des graisses en énergie vers les organes et les muscles, ce qui en fait le truc idéal pour les cyclos. Mais voilà qu'on apprend qu'en plus de ça et de ses propriétés anti-oxydantes (en fait, c'est une vertu des polyphénols), le petit délice prévient le cancer, l'Alzheimer et le parkinson. Trop fou. Bon, histoire de célébrer toutes ces fantastiques bonnes nouvelles, je me commande une bière et deux pogos.

Dinu Lipatti
19 mars 1917 - 2 décembre 1950



« Ne vous servez pas de la musique, servez-la. »

jeudi 1 décembre 2011

Tommy Who?

Vu Tommy Fréchette sur la rue Mont-Royal. Il chantait sous la pluie un vieux morceau fatigué de ces cro-magnons de Bon Jovi et sa guitare était toute trempée. Il n'était pas suffisamment vêtu pour la saison et ses long cheveux avaient quelque chose de pitoyable, collés et plaqués sur son crâne comme ça, dégoulinants. Une sorte de casseau de frites en voie de décomposition lui servait de chapeau et j'ai l'impression que les trois ou quatre pièces qui y pourrissaient n'avaient pas accueilli de petits nouveaux depuis un bon bout de temps.

Il ne m'a pas reconnu, mais je crois que la flotte l'aveuglait en drainant dans ses yeux le fard noir dont il orne depuis toujours ses paupières grasses et flapies. Ça lui faisait des larmes de charbon le long des joues. Ça lui creusait la tronche de crevasses effrayantes. Il a entonné Start me up. Peine perdue, je me suis dit. Rien ne va plus jamais te faire démarrer.

À ce moment précis, une vieille dame a jeté un billet de 5$ dans sa barquette. Il a eu l'air soulagé, s'est rengorgé et s'est même mis à esquisser sommairement quelques girations eighties, style Axle Rose atténué par le froid et l'âge. Les gouttelettes ruisselaient au bout des franges de sa veste.

J'étais appuyé sur le mur, bien à l'abri de l'ondée sous la tonnelle d'un épicier. Légèrement ému, j'allais demander à Tommy ce qui avait pu le réduire à ça, lui qu'on voyait en 2006 sur d'immenses scènes aux côtés de quelques superstars aux fortunes plus-que-cathodiques. Je tenais ma chapka entre mes mains, j'hésitais, je cherchais les bons mots. Le vieux Tommy faisait peine à voir. Un vrai mendiant. Il a quand même gardé son coup de pic net et incisif et sa voix bien âcre. La vieille s'est approchée de moi, je me suis penché vers elle, croyant qu'elle allait me parler. À mon complet ébaudissement elle a glissé la main dans mon couvre-chef. Comme ça. Puis elle a tapoté mon poignet en hochant la tête. L'air de murmurer « pauvti ». Elle est partie sans mot dire. Dans ma capine, il y avait, plié en huit, un billet de 10$. Tommy a épongé son front avec la manche de sa veste.

Je l'ai bien dévisagé. Même pas certain que ça soit lui, finalement. Et puis, pas certain de vouloir savoir ce qu'il est advenu de Maureen, qui m'avait quitté pour aller lui fabriquer deux petits monstres braillards et baveux, pas certain de vouloir connaître le destin de la Stratocaster SRV que je lui ai vendue avant de partir en voyage, non plus. Je suppose qu'on trouve tout ça au clou, sur Masson au coin d'Iberville… Ou alors enfoui quelque part.