lundi 5 décembre 2011

La Solde
Appréciée par Baise-Livres

Émile Duncan, Henry Chinaski : même combat?
Par Joseph Elfassi


Émile Duncan, narrateur du roman La Solde, est un bougon qui joue du blues et qui écrit. Le vieux hippie pratique un discours à saveur cégépienne qui rejette l’impérialisme américain, les VUS, le fast-food et autres symboles de domination étatsunienne. Il le fait par des jeux de mots douteux, arme privilégiée de ces milliers de poètes dénonciateurs qui considèrent le calembour comme meilleur illustrateur de l’injustice, comme « mystère du revenu » et « ponction publique ». Mais avouons-le : rien ne pourra vraiment dépasser « Gringo, que Dieu te blesse » dans la chanson « Les Yankees » du géant Richard Desjardins.

Le roman d’Éric McComber ne s’arrête pas là, évidemment. Après quelques rejets de maisons d’édition snobs, le personnage d’Émile Duncan publie finalement son roman Groenland, un livre trash, en joual, hyper sexualisé, qui lui vaut la désapprobation de la copine de son père, des critiques dithyrambiques à la radio et à l’écrit, et un nouveau harem d’admiratrices qui cherchent en Émile à la fois la sensibilité de l’écrivain et l’agressivité du pervers retrouvé dans son roman. Roman jugé autobiographique par ses maîtresses et ses nouveaux admirateurs.

Donc, la deuxième partie du roman devient une version québécoise du classique Women de Bukowsky : les femmes entrent et sortent de l’appartement crasseux de l’auteur récemment notoire. Les femmes sont généralement folles : une pseudo artiste complaisante qui ne connaît rien à la musique et à la littérature mais qui se prend pour un génie, une cougar récemment refaite qui couche avec Émile pour un « décrassage » et puis Catherine la Princesse, jolie ébéniste vedette d’une scène particulièrement torride de sexe en état d’ébriété.

Au milieu de tout cela, il y a l’alcoolisme de Duncan, sa dépression, son médecin à l’accent incompréhensible, sa mère lesbienne envahissante le jour de Noël, son père fier de l’accomplissement littéraire de son fils, et le succès que connaît son roman. Émile flotte dans tout ceci. Le roman qu’il a publié semble avoir tout déclenché, il laisse le tout sur pilote automatique et ça s’envole, ça s’écroule, ça survit, ça boit.

( Petite note d’appréciation aux commentaires sur les étapes marquantes de la lecture : à 100 pages, en dessous de la numérotation, on peut lire « Bravo, tu as déjà lu 100 pages ». À 150 : « tu as presque fini un livre entier ». À 199 : « presque 200 pages! Ça suffit! Va jouer dehors! ». Étant quelqu’un qui parle beaucoup de ses lectures, je suis bien content d’être félicité, par l’auteur même, pour ma détermination! J’apprécie, sincèrement! )

Bref, ce petit livre est une réussite : l’alcoolique Duncan est un Henry Chinaski québécois : loser, gros bide, appartement sale et tombeur de ces dames. Il ne fait pas compétition au célèbre tombeur alcoolique de Bukowski, mais l’alter égo québécois est bien agréable à lire!

McComber, Éric, La Solde, publié à La Mèche, en 2001, 219 pages.

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