jeudi 31 mars 2011

mardi 29 mars 2011

La Route de Rita et Joachim


Les fidèles abonnés de Rosie se souviennent certainement de Rita et Joachim, qui m'ont hébergé pendant mon interminable convalescence à Rhede près de la frontière néerlandaise. Ils se lancent dans quelques jours à travers champs et collines, accompagnés de leurs ânes, pour relier à pied Saint-Jacques de Compostelle. Il y a quelque chose de magique et surréaliste à marcher, de nos jours, encore plus qu'à faire du vélo, il me semble. Enfin, je compte bien, si les circonstances le permettent faire un bout avec eux.

J'en appelle à toute la cybersphère. Si vous habitez sur leur route et que vous avez envie de les héberger, de leur offrir la croûte, ou simplement d'aller leur porter une cruche d'eau fraîche, faites-moi signe, je vous mettrai en contact.

¡ Y vale !

lundi 28 mars 2011

Amphoirisme 999

J'ai avoué à mon médecin que je me gavais de Bordeaux jour et nuit. Le nigaud n'a rien trouvé de mieux que de me prescrire des médocs.

vendredi 25 mars 2011

jeudi 24 mars 2011

Signe des temps

C'est une jolie petite basanée en sari adossée au mur du supermarché et sa mine s'éclaire lorsqu'elle nous entend parler anglais. Elle s'adresse à nous dans la langue de Shakespeare et nous implore de lui donner… du travail. Elle est prête à « nous nettoyer chez la maison » pour 10€. C'est plutôt tentant, même si mon maison de moi c'est very petit pas mal. Le pote Julius passe près de se laisser tenter lui aussi, « ne serait-ce que pour la regarder frotter du coin de l'œil en bossant ».
— Julius, t'es un véritable esthète !
— Si tu l'engages, je fais pareil, comme ça elle ne sera pas venue jusqu'à Sauve pour rien.
— Oâârr. J'ai pas 3 mètres carrés. Tsé. Et pas trop de sous, non plus.
— Tu rigoles, Émile ? C'est l'équivalent de quatre bières.
— Précisément. Ou dix ballons de rouge. Ou trois mois de litière.
— Uhm. J'ai pas de soucis de fric. Je devrais l'aider un peu.
Il sort un bon billet à peine froissé et le lui remet. Elle sourit. Elle a trois cent dents. Nous entrons faire nos courses. Musak.

En sortant, elle est encore là, ce qui me fait croire qu'elle est vraiment dans le besoin ou qu'elle a été installée là par son mafioso.
— Tu crois qu'on devrait l'engager, ou bien ?
— Je n'ai aucune confiance. Elle fait ton ménage n'importe comment et file au bout d'une heure. Le lendemain ses cousins ou les frères de son petit ami cassent ta porte et emportent tout.
— J'ai pas grand chose à emporter.
— Alors ils pissent partout.
— J'ai déjà Modestine, pour ça.
— Uhmrrr.
— Mais t'as raison, il y a un risque. Tout est dans la gestion des risques.
— J'ai pas confiance.
— Mhh. De nos jours, la confiance…
— Elle a une gueule d'ingénieur nucléaire.




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mercredi 23 mars 2011

Marie-Henri Beyle
Stendhal
23 janvier 1783 - 23 mars 1842

Le Rouge et le Noir
Extrait du chapitre XX




— Daignez remarquer, lui dit-il, que vous parlez très haut, on vous entendra de la pièce voisine.

— Qu'importe! reprit fièrement Mlle de La Mole, qui osera dire qu'on m'entend? Je veux guérir à jamais votre petit amour-propre des idées qu'il a pu se figurer sur mon compte.

Lorsque Julien put sortir de la bibliothèque, il était tellement étonné, qu'il en sentait moins son malheur. Eh bien! elle ne m'aime plus, se répétait-il en se parlant tout haut comme pour s'apprendre sa position. Il paraît qu'elle m'a aimé huit ou dix jours, et moi je l'aimerai toute la vie.

Est-il bien possible, elle n'était rien! rien pour mon coeur, il y a si peu de jours!

Les jouissances d'orgueil inondaient le coeur de Mathilde; elle avait donc pu rompre à tout jamais! Triompher si complètement d'un penchant si puissant la rendrait parfaitement heureuse. Ainsi ce petit monsieur comprendra, et une fois pour toutes, qu'il n'a et n'aura jamais aucun empire sur moi. Elle était si heureuse, que réellement elle n'avait plus d'amour en ce moment.

Après une scène aussi atroce, aussi humiliante, chez un être moins passionné que Julien, l'amour fût devenu impossible. Sans s'écarter un seul instant de ce qu'elle se devait à elle-même, Mlle de La Mole lui avait adressé de ces choses désagréables, tellement bien calculées, qu'elles peuvent paraître une vérité, même quand on s'en souvient de sang-froid.

La conclusion que Julien tira dans le premier moment d'une scène si étonnante fut que Mathilde avait un orgueil infini. Il croyait fermement que tout était fini à tout jamais entre eux, et cependant le lendemain, au déjeuner, il fut gauche et timide devant elle. C'était un défaut qu'on n'avait pu lui reprocher jusque-là. Dans les petites comme dans les grandes choses, il savait nettement ce qu'il devait et voulait faire, et l'exécutait.

Ce jour-là, après le déjeuner, comme Mme de La Mole lui demandait une brochure séditieuse et pourtant assez rare, que le matin son curé lui avait apportée en secret, Julien, en la prenant sur une console, fit tomber un vieux vase de porcelaine bleu, laid au possible.

Mme de La Mole se leva en jetant un cri de détresse et vint considérer de près les ruines de son vase chéri. C'était du vieux japon, disait-elle, il me venait de ma grand'tante abbesse de Chelles; c'était un présent des Hollandais au duc d'Orléans régent qui l'avait donné à sa fille...

Mathilde avait suivi le mouvement de sa mère, ravie de voir brisé ce vase bleu qui lui semblait horriblement laid. Julien était silencieux et point trop troublé; il vit Mlle de La Mole tout près de lui.

— Ce vase, lui dit-il, est à jamais détruit, ainsi en est-il d'un sentiment qui fut autrefois le maître de mon coeur; je vous prie d'agréer mes excuses de toutes les folies qu'il m'a fait faire; et il sortit.




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mardi 22 mars 2011

Rafales

Ils passent au-dessus de nos têtes, les engins de mort, abreuvés du lait noir de l'aube. Le printemps susurre pourtant la joie de sa renaissance éternelle. Mais notre sueur ne sert plus désormais à sarcler les champs. Nous sommes devenus les chairs à pâtée fourbues et solidaires d'un dragon d'alliage se repaissant de la terre exsangue, bien que vautré loin là-haut, aux inaccessibles nues. Et le fouet du bourreau résonne sur le pont de la galère. Clac. Clac.


Et tout le jour ils sillonnent, rugissent, décousent l'azur à 666 m/s, plus rutilants que l'eau des ruisseaux. Il vont chargés et reviennent dépourvus, après avoir approvisionné les peuples en haillons de leur généreux feux, de leurs chrétiens schrapnels, de leurs déchiquettements courageux, fraternels, libres et… humanitaires.
— Je chie dans le lait de leurs réacteurs fascistes…
— Voilà qui pourrait s'avérer ardu.
C'est Hemingway que je rudoie de ma paraphrase, et aussi 1938… Le monde était alors si jeune, il me semble. Si innocent. Nos grand-parents n'avaient pas l'instruction. Tout cela était si nouveau. Avons-nous le droit de ne pas nous révolter ? Avons-nous le droit de ne pas envahir les locaux de ces chacals pour les garroter aux lampadaires, pour les mussoliner aux fenêtres des gratte-ciels, pour les ceaucescuer sur les antennes de leurs postes de commandement ?

Et moi, la fatigue me gagne. À chacun de nous de sortir de l'idiotie. À chacun de nous de faire se retourner la grande chape du monde pour laisser enfin rentrer au bercail les rayons miroitants de la lumière perdue. Depuis quand dure donc ce moyen-âge ?

lundi 21 mars 2011

Amphoirisme sistine, tome 3, verset 77

Monsieur le Colonel Khadhafi sera difficile à condamner, en cas de procès, parce qu'il peut plaider l'alibi.

dimanche 20 mars 2011

jeudi 17 mars 2011

Pétition à l'attention des députées et députés européens

Concerne : Directive sur les plantes médicinales traditionnelles

Madame, Monsieur,

Venant d’apprendre avec stupeur le projet Européen concernant l’interdiction des plantes médicinales, je m’insurge quant à cette violation primaire aux droits humains.

De nombreuses personnes se sont toujours soignées par les plantes et ont constaté leur grande efficacité.

Doit-on devenir des cobayes des lobbys pharmaceutiques sans alternative, sachant que les médicaments qui soignent un problème spécifique peuvent avoir des effets secondaires catastrophiques à d’autres niveaux ?

J’estime qu’on ne peut pas annuler un savoir ancestral de médecine par les plantes pour le seul profit de multinationales pharmaceutiques.

L’heure est très grave et je vous prie de prendre en compte ce cri d’alarme avant que de sérieux problèmes n’émergent.

Il convient d’apporter en urgence des amendements à cette directive afin qu’elle prenne davantage en compte les préparations à base de plantes non-Européennes.

Je vous prie instamment d’exercer les pressions nécessaires au Parlement européen ainsi que sur la Direction générale de la santé et des consommateurs (DG SANCO) afin de présenter de tels amendements.

Veuillez agréer, Madame, Monsieur, mes meilleures salutations.


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mercredi 16 mars 2011

Lettre d'une amie nippone


Le 11 mars 2011

14h46, le Japon se met à trembler. Au début, je pensais que ce n'était qu'une autre secousse sans dommage (nous avons senti le sol trembler plusieurs fois cette semaine). Mais la secousse était violente. Aïe.

Au bureau, nous nous sommes d'abord réfugiés sous nos pupitres respectifs. Puis, nous avons évacué l'édifice. Le sol tremblait quand on descendait les escaliers. Vertige.

Devant l'édifice où je travaille, il y avait des débris de verres. Des fenêtres avaient éclaté; un périmètre de sécurité a aussitôt été installé autour de l'édifice. Interdiction d'entrer (de retourner) dans l'édifice. Fissures dans la tuyauterie ; de l'eau giclait sur le trottoir.

Les secousses continuent. Les poteaux de réverbères se balancent dans les airs.

Réseau de téléphonie en panne. Presque impossible de faire des appels et d'envoyer des textos.

On trouve refuge à l'extérieur. On attend, effrayés, que la situation se calme.

17h30, on se prépare à rentrer à pied. Tokyo est complètement paralysée. Service de train et de métro interrompu. Tout le monde marchait. Les trottoirs étaient bondés. Imaginez le stade olympique qui se vide continuellement, tout le temps et tout partout, à la grandeur de la ville. Véritable fourmilière.

J'ai marché avec des collègues en direction de Shibuya, un des grands centres de Tokyo. Nous avions une bonne heure de marche ; on espérait que le service de train reprenne pendant ce temps. Arrivés à Shibuya, il était évident que le service n'avait pas repris. Les artères, les rues, les ruelles et les trottoirs débordaient de monde. Et il n'y avait aucune activité sur les lignes de train.

Nous avons donc continué à marcher pour aller chez Aki, une collègue qui habite un quartier voisin de Shibuya. On planifiait se reposer chez elle, i.e. camper dans son appartement.
En chemin, j'ai passé devant un autobus qui se rendait dans mon quartier. (L'autobus n'a pas passé devant moi ; l'autobus, bloqué par la folle congestion routière, n'avançait pas.) J'étais soulagée. J'allais pouvoir rentrer chez moi. J'ai dit au revoir à mes collègues. Puis, j'ai marché cinq minutes pour aller aux toilettes dans un édifice. Dans les salles de réunions du rez-de-chaussée, il y avait des gens qui s'installaient pour camper. Après avoir soulagé ma vessie, j'ai re-marché cinq minutes jusqu'à l'autobus qui n'avait pas bougé.

19h30, je monte à bord de l'autobus. Pourquoi prendre l'autobus si les routes sont bloquées ? Parce que j'étais fatiguée, j'avais froid, et je pensais que l'autobus finirait par avancer. Trois heures plus tard, nous avions parcouru une distance de 1.5 km.

22h30, je descends de l'autobus. J'ai fait le reste à pied. J'ai marché en compagnie d'une dame qui habite mon quartier. (Ça faisait quatre heures qu'elle était dans l'autobus.) Les trottoirs étaient toujours aussi bondés. De petits commerçants distribuaient du thé aux marcheurs. C'était bon ; ça m'a réchauffée.

Minuit, de retour chez moi.

Figurez-vous que vous étiez au courant de ce qui se passait avant moi. Même si je vivais les événements en temps réel, je ne connaissais pas les détails de la situation. Ce n'est qu'en rentrant chez moi que j'ai pu constater l'ampleur du séisme/tsunami. J'étais bouleversée, choquée, traumatisée de voir les images du tremblement de terre.

Il y a eu plusieurs répliques durant la nuit.

Je n'ai pas fermé l'oeil de la nuit.


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Le 14 mars 2011

Aujourd'hui, je suis allée travailler en espadrilles. Service partiel sur les lignes de train et de métro en raison des coupures de courant. J'ai marché 30 minutes pour me rendre à la première gare desservie par les trains. (On dit que j'ai le pas rapide, alors calculez 43 minutes de marche.) Wagons de train plus que bondés.

Coupures de courant planifiées. De plus, pour réduire la consommation d'électricité, les commerces ferment tôt. Et lorsqu'ils sont ouverts, ils utilisent un minimum de lumière. La ville est au ralenti.

À l'épicerie, les tablettes sont vides. Il n'y a pas de : lait, pain, oeufs, pâtes, conserves. Les boulangeries ferment presque aussitôt après avoir ouvert leurs portes (plus de pain à vendre). Les gens font la file à l'extérieur et attendent l'ouverture des épiceries et des boulangeries.

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Le 15 mars 2011

Je suis restée à la maison. Télétravail en raison de la radioactivité et des problèmes de train.

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La terre continue de trembler. Ce matin, je me suis réveillée vers 5 h par une violente secousse. Et la terre a tremblé à quelques reprises pendant que j'écrivais ces lignes.

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Les sinistrés pleurent de joie parce qu'ils sont en vie. Une dame qui a tout perdu disait « Je suis heureuse d'être en vie... c'est tout ce qui compte ».


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Merci pour vos pensées.
Ça fait du bien.


Kumi*, Tokyo, 15 mars 2011





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*Ce texte est reproduit ici avec sa permission, bien évidemment

vendredi 11 mars 2011

あなたについて考えること*






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*Nous pensons à vous

mardi 8 mars 2011

Femmes !

Belle Béatrice s'arretait un peu avant onze heures pour se verser un petit coup de caribou, s'eponger la face et le dessous des bras. Aisselles en fusion ! Alors… alors… on entendait quelqu'une qui jouait du piano… une musique à peine différente de celle de Belle Béatrice. Ca venait de I'autre côté de la soixantième avenue… Ça franchissait deux fossés, une rangée de beaux trembles et quelques pommiers. C'était grand-mère en train de répondre à Belle Béatrice sur le clavier de son piano. Et ça faisait rire Belle Béatrice ! Et ça faisait pleurer Belle Béatrice ! Elle s'assoyait par terre, se tassait dans son corps, écoutait, écoutait I'air que jouait grand-mère en poussant des soupirs et des petits cris de joie. Grand-mère ne chantait pas, ne criait pas, mais ce qu'elle racontait avec sa musique ne laissait pas Belle Béatrice indifférente. Un autre son de cloche, c·'est tout. Une sorte de biographie personnelle qui tient compte de presque tout : le temps qu'il fait, I'épaisseur ou la fluidité du sang à ce moment là. L'état des glandes lacrymales, combustion interne et externe, agacement du côte de I'utérus, l'état des globules qui flottent au fil de I'éternelle transformation de la machine corporelle. Elle ne mettait pas le doigt n'importe où sur le clavier ! Elle n'utilisait qu'un doigt, qu'elle posait a un endroit bien précis du clavier… alors, sous I'effet vibratoire de son doigt, des milliers d'autres claviers surgissaient du piano. Musique oubliée depuis longtemps, à force d'entendre la même chanson et la même logique unidimensionnelle. Non, l'air qu'elle jouait pour Belle Béatrice, pour nous, et pour tous ceux et celles qui avaient envie d 'écouter, cet air là, c'était une musique en accord avec la Terre, avec les sources souterraines, les cavernes, les vers de terre, les reptiles du tonnerre, la germination, l'épiphanie végétale et minérale en train de se parfaire dans la matrice d'un volcan, dans la paume d'une banquise. Et Belle Béatrice ne se sentait ni dépassée, ni écrasée. Elle gardait la même position, un verre de caribou à la main, pendant une durée de temps incroyable.

— Jovette Marchessault, La Mère des Herbes

vendredi 4 mars 2011

Antonin Artaud, 4 septembre 1896 - 4 mars 1948

Nicolas Vassiliévitch Gogol, 20 mars 1809 - 4 mars 1852

Les Âmes mortes

extrait

Heureux l'écrivain qui fuit les plats caractères dont la trop réelle banalité rebute et accable, pour s'adonner à la peinture des âmes nobles, honneur de l'humanité ; qui, dans le tourbillon d'images continuellement changeantes, choisit quelques rares exceptions ; qui ne trahit jamais le ton élevé de sa lyre, ne s'abaisse point vers les humbles mortels et plane loin de la terre dans la région du sublime. Doublement enviable apparaît son sort magnifique : il se trouve comme en famille parmi ces êtres d'élite, et les échos de sa gloire retentissent dans tout l'univers. Il flatte et enivre les hommes en leur voilant la réalité, en dissimulant les tares de l'humanité pour n'en faire voir que la grandeur et la beauté. Tous lui battent des mains et font cortège à son char de triomphe. On le proclame grand poète, on affirme qu'il dépasse en génie les autres beaux esprits, comme l'aigle l'emporte sur tous les oiseaux de haut vol. A son nom les jeunes coeurs tressaillent, des larmes de sympathie brillent dans tous les yeux. Personne ne l'égale en puissance !…

Un autre sort attend l'écrivain qui ose remuer l'horrible vase des bassesses où s'enlise notre vie, plonger dans l'abîme des natures froides, mesquines, vulgaires — que nous rencontrons à chaque pas au cours de notre pèlerinage terrestre, parfois si pénible, si amer — et d'un burin impitoyable met en relief ce que nos yeux indifférents se refusent à voir ! Il ne connaîtra pas les applaudissements populaires, les larmes de reconnaissance, les élans d'un enthousiasme unanime ; il ne suscitera nulle passion héroïque dans les coeurs de seize ans, ne subira pas la fascination de ses propres accents ; il n'évitera pas enfin le jugement de ses hypocrites et insensibles contemporains, qui traiteront ses chères créations d'écrits misérables et extravagants, qui lui attribueront les vices de ses héros, lui dénieront tout coeur, toute âme et la flamme divine du talent. Car les contemporains se refusent à admettre que les verres destinés à scruter les mouvements d'insectes imperceptibles valent ceux qui permettent d'observer le soleil ; ils nient qu'une grande puissance de pénétration soit nécessaire pour illuminer un tableau emprunté à la vie abjecte et le hausser à la beauté d'un joyau de création ; ils nient qu'un puissant éclat de rire vaille un beau mouvement lyrique et qu'un abîme le sépare de la grimace des histrions ! Niant tout cela, les détracteurs tourneront en dérision les mérites de l'écrivain inconnu ; nulle voix ne répondra à la sienne : il demeurera isolé au beau milieu du chemin. Austère est sa carrière, amère sa solitude.

Quant à moi, je le sais, une puissance supérieure me contraint à cheminer longtemps encore côte à côte avec mes étranges héros, à contempler, à travers un rire apparent et des larmes insoupçonnées, l'infini déroulement de la vie. Le temps est encore lointain où l'inspiration jaillira à flots plus redoutables de mon cerveau en proie à la verve sacrée, où les hommes, tremblants d'émoi, pressentiront les majestueux grondements d'autres discours…

— Gogol

mardi 1 mars 2011

Défifoto
Rejets d'escaliers


Modestine, alias Laminette



Nul besoin de frapper pour entrer chez moi, mais vaut mieux avoir bon pied, il y a quatre volées de marches…



Ce n'est pas sans hésitation que je publie cette photo d'un érotisme suranné mettant en vedette un joli petit brin qui vient à peine d'effleurer sa puberté du bout du museau