mercredi 31 août 2011

FISH
Peace piece


Porté à mon attention par Rolando Lequeux, traducteur spontané du Mauvais Siècle

mardi 30 août 2011

Fin de Cycle


De retour à Sauve dans le ciel étincelant du matin cévenol. Je suis lessivé, essoré, séché de fatigue. Mais ouf ! Cette Assemblée des Femmes, quel épopée. Un petit joyau, un miracle, un improbable accomplissement, si vous voulez mon avis. Je ne parle évidemment pas de ma négligeable contribution, mais de l'ensemble, décors, costumes, chorégraphies, personnages, mise-en-scène, conception. En si peu de temps, quelques semaines, de zéro, de la poussière au concret, de nulle part à l'apothéose, ça m'apparaît ce matin comme un truc inouï, une sorte d'exploit impensable, un coup de cravache collectif qui m'émeut et me fait frissonner. Et puis, monter sur cette scène du Théâtre Antique d'Arles pour s'y produire, quelle inénarrable sensation, quel honneur historique, quelle étourdissante expérience. Je songe à chaque membre de l'équipe avec tendresse et amitié et j'aurais voulu passer trois jours à rien faire, juste à savourer le travail accompli, en compagnie de mes camarades d'aventure, héros mythiques chacun à leur manière.


Allez, atterrissage, plancher des vaches… montagne de boulot… Han ! En route, en route, en avant toute !

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Photo © Jacqueline Bouzigue

vendredi 26 août 2011

Trois Papillons

Un immense papillon noir anarchiste est entré hier dans la bibliothèque de l'école de théâtre qui me sert de chambre. Il a voleté dans tous les sens et a fini par se poser sur le rebord d'une grosse lampe jaune. Sa forme sombre et gracieuse dans le soleil à cet instant précis contrastait avec le mur blanc et dessinait un tableau d'une perfection esthétique à couper le souffle. Trois longues secondes ont trotté, puis le voyageur a battu des ailes et s'est laissé dériver dans le courant d'air… C'était Leonardo Da Vinci, c'était Jimi Hendrix, c'était James Joyce, en cette seconde de félicité. Un simple geste d'une violente splendeur transforme la réalité de manière fugace. J'ai échappé un soupir de contentement. J'ai étiré mes jambes en souriant à pleines joues et je suis descendu dans le théâtre pour accorder mes guitares.


Cette nuit, vers trois heures, je me suis levé pour transvaser un hectolitre de bière de mon ventre vers le Rhône par le truchement des canalisations municipales. J'ai pris place sur la cuvette et, comme je laissais à mes entrailles le temps de déterminer s'il y avait lieu de pousser plus loin les projets d'irrigation, un second papillon noir est entré dans ma journée, minuscule, celui-là, par la fenêtre des toilettes. Il était très agité, au point que je me suis dit qu'il revenait d'une discothèque et qu'il avait dû renifler de la poussière. Gauche, droite, haut, bas, droite, à l'envers, sur le côté, un vrai petit Michael Jackson, mais sans gant. Il était considérablement plus petit (et moins serein) que son collègue du matin, mais le losange charbon de son empennage esquissait de grands gestes de fusain contre les carrelages immaculés. Trois fois il s'est posé pile sur le fil d'ombres très tranchées que le réverbère décochait sur les angles de la pièce. Le temps d'un soupir, il semblait se mettre en scène, entre ténèbres et lactescence. J'ai repoussé le volet pour lui permettre de retourner d'où il venait, le pauvre, qui s'aplatissait le nez contre la vitre après sa courte performance.

Une minute plus tard je sentais le froid délicieux des pierres sous mes pieds nus tandis que je remontais chez moi, enchanté par la lumière des étoiles et la douce brise dans mes boucles. Mon ombre rampait, comme d'habitude, collée à mes talons, et la lune fardait d'argent mes bras et mes jambes. La vieille crème ! J'ai chuchoté en la toisant :

— Ah, te vlà, toi…

mardi 23 août 2011

Les Morons sont bien en vie


Désolé pour l'absence de sous-titres. Voici ma traduction sommaire de l'échange :
— Gn. Gnng. Gnnnngg. Gnnng. Fric.
— Moung moung moung moung moung. Taxes.
— Gngngngngngng.
— Moungmoungmoungmoung.
— Taxes, fric, guerre glopglop.
— Moungmoung.
— Art pas-glop pas-glop.

lundi 22 août 2011

Avis de non décès

Je courge rouge courageusement de répétition en correction d'épreuves en performances sur la rue en autocar en gestion de chatons (plus que deux à placer) en re-répètes en enchaînements, en cagnard, en canicule en kebab en même-plus-le-temps-de-boire en insolation, sandales usées à la corde, chemises gluantes de gras, jambes couvertes d'éruptions révoltantes en steak haché pour cause de petits maringouins chiens sales… et cætera… c'est adorable. Je suis très très très en vie. Merci à tous ceux et celles qui se font du mouron pour moi. Je passe de huit à quinze heures par jour les hanches carrées dans le cul bouillant du corps charnu de ma guitare et ma voix n'a jamais été aussi sûre de sa voie. Quoi, y a pas grand chose de mieux ! Si, mais pour ça… Je suis patient.


De retour incessamment sous bien peu et même moins qu'il n'en faut pour dire Hit me!

mercredi 17 août 2011

Une nuit de Danny Gatton
7- Déchaîné

Une nuit de Danny Gatton
6- Épanoui

Une nuit de Danny Gatton
5- Florissant

Une nuit de Danny Gatton
4- Mature

Une nuit de Danny Gatton
3- Adulte

Une nuit de Danny Gatton
2- Jeune


Ici, la caméra ignore totalement le reste du groupe (avec raison ?) et ne cadre que monsieur Gatton, avec ce qu'on pourrait appeler un effet de téléscope glacé jeté au fond d'une mare de boue en fusion en soft focus un jour de brume après une grosse cuite.

Une nuit de Danny Gatton
1- Bébé

dimanche 14 août 2011

Steppes

C’est une longue, très longue disette. Je suis inexorablement aspiré vers le bas. Je marche dans la direction qui me semble la bonne, vers l’oasis, vers l’espoir. Mais la verdure disparaît progressivement. Le paysage même se raréfie. Je tranche mes chairs sur les lames de petites ronces minables, je taillade la plante de mes pieds aux arêtes ordinaires de pierres hideuses aux formes grimaçantes. Mais je m’obstine. Je n’ai plus la force d’avancer dans la sérénité. Je me fouette à l’aurore pour pousser mon lourd fardeau encore. Je hisse le premier sac sur mes épaules et mon dos se rompt. Un coup de poignard déchire mes côtes chaque fois. Mais je me penche pour ramasser le second, que j’arrime contre mon ventre. Il reste la petite valise rouge. Je fléchis les genoux en tremblant. J’écarte la sangle de la caisse pour y glisser la main. Parfois j’y casse un ongle. Je dois ensuite me décharner le bout du doigt pour jouer. Ça saigne. En oui. Preuve de vie. Je songe aux textes, aux accords, je ne revisite mes mains que le soir, après que tout soit terminé. Parfois je rentre à la maison avec trois pauvres sous. D’autres fois, il y a de quoi faire banquet. D’abord il faut assurer la pérennité des moyens de subsistance. Il faut de nouvelles cordes, chaque semaine au minimum. Il a fallu réparer le jack de la sèche et le ressort du trémolo de l’électrique. Ensuite, priorité minous. Là, en jouant cinq fois la semaine dernière, je crois avoir assuré leur nourriture jusqu’au départ du dernier loustic. Avec un peu de chance vers le début septembre. Puis, tous les deux jours, à cinq, ils me bourrent la litière au-delà de toute gestion. Alors je pars dans un sens avec la gratte et je reviens dans l’autre avec des sacs de sable. On dirait que je me construis un bunker.

Où est le vélo ? Où sont les marches dans la mer des rochers ? Où sont les bisous, les caresses ? Que du sable, de part et d’autre et derrière et devant. J’ai sur moi des canettes de bières et un autre roman d’Hamsun. Se sont mes armes contre l’ensevelissement. Sans repères, ou presque, j’enfonce un talon devant l’autre dans la croûte brûlante des sels accumulés. L’étonnement premier a fait place à une résolution de scout, pour céder enfin la place à une résignation, à une obstination, à un lent abandon au rythme. Gauche, droite, gauche, droite, j’avance. Sans doute qu’un de ces soirs, l’horizon bouillant et dénudé me montrera enfin une petite touffe d’émeraude, le reflet lointain d’une fontaine insoupçonnée, d’une source qui se dépense sans but et parsème d’arc-en-ciels les vaisseaux étoilés de la nouvelle lune. Sans doute. Je n’ai plus le choix, désormais. Ce sont mes propres jambes qui me tireront de ce mauvais pas et la bonne étoile, si elle le veut bien, me mènera hors de cette vallée morbide.

mercredi 10 août 2011

mardi 9 août 2011

Mon été avec Edgard
Zimmie

Edgard arrive à l’heure, aujourd’hui, enfin, avec dix minutes de retard, ce qui soulage bien les passagers, qui ont chacun commencé à raconter leurs pires galères des derniers mois avec mon ami Edichou. Il faut dire que c’est le tout dernier bus de la journée. On est dimanche, dix-huit heures trente. Il y a trois bus le dimanche au départ de Nîmes. Il y a également trois bus au départ des villes périphériques. Un génie a eu l’idée de faire partir tous ces bus à la même heure, ou presque. Résultat, quand j’arrive d’Arles à Nîmes, mon bus pour Le Vigan est parti depuis une heure. Y a plus qu’à attendre cinq heures. « Achetez-vous des voitures ! » C’est le tonitruant message. Bref, lorsque le bus de 18h30 fait faux bond, il faut partir en stop sur la 999, la route la plus meurtrière de France, ou dormir sur place (et compter sur la légendaire hospitalité [euh…] des Nîmois).

Où en suis-je ? Ah, oui, Edgard arrive et ouvre ses portes. Je donne un coup de main à deux Néerlandaises pour balancer leurs grosses valises dans la soute, puis je botte mon sac à dos et mon ampli de gratte par dessus, me rappelant juste au moment de fermer la porte que j’ai mon Mac là-dedans, ouille, oulah, ouille le con. Elles me suivent dans le car et s’assoient à côté de moi. Nous parlons pendant une heure des Pays-Bas et de mon voyage là-bas à vélo, des vents, des jetées, des ponts, de la prononciation hhhrruut, hhhrrohhnigne-geunehh, dheeen hààààgrhhh… Bref, on s’amuse.

Moi j’ai remarqué un backpacker qui s’est glissé dans l’allée juste avant qu’on s’ébranle, parce qu’il est une sorte de sosie de Bob Dylan. Avec les Hollandaises, on se met à parler de ses jambes, qu’il a si maigres que ça fait peur. On dirait vraiment du bois d’allumettes sur le point de fendre. Il les allonge dans le passage central et on se dit que la moindre petite vieille qui sortira lui fracassera le tibia.

Enfin, les collines se succèdent, et les Néerlandaises y vont de ôh et de âh, elles qui habitent un pays si… plat. Dans les fenêtres de droite, tout au fond, les Cévennes se détachent sur les brumes de chaleur. Elles demandent si ce sont les Pyrénées. Je leur explique. Le temps passe. Oh. Ah. Que de relief, oui. Je les préviens qu’elles risquent de s’évanouir en apercevant Sauve du Pont-Neuf. Pour moi qui suis habitué, c’est toujours une émotion esthétique si forte que le haut de ma tête se met à picoter.

Nous arrivons à Vic-le-Fesq et Zimmie descend de voiture. Je le suis du regard. Son arrêt est vraiment en pleine garrigue. Il y a une voiture garée dans le remblais, à côté de laquelle un homme âgé fait les cent pas. Dylan le voit, tourne la tête vers l’entrée d’une sorte de sentier qui semble s’enfoncer loin dans le Coutach et y aperçoit en même temps que moi le dos fluo du T-shirt de madame-voiture-garée. Et c’est là que se produit l’événement qui va me faire monter des larmes. Le petit Bob s’arrête et adresse un mot à l’automobiliste qui, vraisemblablement, attend sa femme partie arroser les ronces. L’homme répond d’une seule syllabe et le petit s’esclaffe, défait sa bandoulière et pose son sac d’un air serein. Voilà. Il va attendre que la dame ait terminé pour prendre son sentier, le brave petit. Comme tous les Edgardiens, il doit être épuisé, en route depuis des heures, assommé par les attentes en plein cagnard, mais hop, sous le soleil exactement, il va prendre quelques minutes pour permettre à une pure étrangère, à une touriste en t-shirt fluo, de faire son petit jardinage en paix. Prévenance. J’étrangle un sanglot.

samedi 6 août 2011

jeudi 4 août 2011

mercredi 3 août 2011

Tranches de pffft

Joué à Anduze hier soir. Première partie quasi-désastreuse. Aucun contact avec le public, pas de réactions après les chansons, etc. J'avais commencé comme convenu avec la tenancière, instrumental, bas volume, assis, etc.


Je replace le pied de micro pour la deuxième séance de manière à chanter debout et tout de suite, ça change la donne. Je monte aussi le volume un tantine. Stie, c'est du blues, pas de la câlisse de musette, tabarnak. Il y a un couple sur place qui apprécie, qui me fixe dans les yeux et qui bat la mesure. Soudain, toutes les autres tables remarquent que je suis là. J'entends « il chante vachement bien, le mec », « putain, la gratte assure », « il est cool, le type au micro, non ? ». Inouï. Sans ce couple, tout le monde serait parti sans me saluer. Mais ça s'est terminé dans l'apothéose, j'ai vendu des disques, j'ai serré des mains… Ah, là, là, la race humaine, mes petits amis. J'ai remarqué que lorsque la Patronne, la Québécoise ou l'Arlésienne se tiennent près de moi dans les rues de Arles, je reçois au moins trois fois plus de fric dans le chapeau. C'est ainsi. Ce que d'autres apprécient semble avoir une valeur intrinsèque. Il y a une leçon, ici.


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J'ai été enrôlé dans une pièce de théâtre qui sera créée à Arles, justement, par le fameux Wilhelm Queyras à la fin août. Je joue une femme pirate de l'Antiquité armée d'une guitare électrique. Je suis censé porter une fausse barbe (comme les autres comédiennes), mais je garde ma vraie. Chut !


***

J'entre dans une portion étonnante de ma vie. En fait, je n'ai jamais eu si peu de contact intime avec les femmes en près de trente ans. Ça me ramène à mon adolescence à Montréal-Nord, où je me suis senti constamment inadéquat, inintéressant, transparent. Cette impression m'accable et me rend très vulnérable. De temps à autres, une petite étincelle de fulgurance traverse mon désert et suffit à me faire douter (serais-je encore en vie ?). Mais bien vite les flots se referment sur l'embellie et je retourne m'engourdir tout au fond du travail.

Je me recroqueville dans mes petites œuvres et je trime, trime, trime. Je ne sais rien faire d'autre, dans pareille situation. Ça n'a jamais vraiment donné grand chose, mais c'est un bon succédané d'horizon. Et puis, à force, l'entraînement me rend meilleur, je maîtrise plus, je progresse. Et ça, ça compense presque pour tous les manques. C'est ma vengeance ! J'arrive à écrire clairement. Prends-ça, destin idiot. J'arrive désormais à envoyer sans effort la fameuse chop de Knopfler dans Sultans. Dix ans, ça m'a pris (je suis leeeent). Tiens, dans ta gueule, stupide oracle. Je chante Strange Brew un octave plus haut que l'original et pas en falsetto. T'as autre chose à m'imposer, oh, adversité ? Eh, eh, eh. Tu pourras jamais prendre ça. C'est sur le tape. J'ai roulé jusqu'à Nîmes dans les collines à une moyenne de 27 km/h, l'autre jour, chargé de mon ampli, de mes guitares et de mon couchage. Chère providence, je t'aime, et insère-toi ça dans le…


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Une vieille personne frustrée répand des ragots sur mon compte du fond de sa petite vie grossière et insensée. Je n'en connais pas la teneur, mais je suis certain que ça ne fera que renforcer ma formidable réputation.


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J'ai enfin remplacé ma bottleneck en porcelaine perdue ou volée à Uzès l'an dernier. Ça n'a rien à voir. C'est le bonheur. Ça glisse, ça coule, ça caresse… Dommage, je l'ai reçue trop tard pour m'en servir sur mon petit CD.


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Mon prochain livre est sur le point d'entrer en fabrication. Je vous en dirai plus très mucho bientôt. En tout cas, si Vishnu le veut, je serai au Québec pour en faire la promotion de la fin septembre à la fin novembre. J'accepte les offres suivantes à mesure qu'elles arrivent : parties de hockey, jam sessions, beuveries de tavernes, soupers, déjeuners aux Belles Sœurs, siestes crapuleuses, interviews, dédicaces, concerts, fêtes.


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Je suis bien, aujourd'hui. Ça vaut combien ça, calcule, chus déjà millionnaire.




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Lo-Tech
Fonds de puce 41

Défifoto
Eaux-Marché, rejets tome 3



mardi 2 août 2011

Lo-Tech
Fonds de puce 40



Saint-Jean de Luz, bis

Défifoto
Eaux-Marché, rejets tome 2



lundi 1 août 2011