dimanche 3 juin 2012

Occlusions

Je retrouve ce texte à l'instant, griffonné alors que je me trouvais aux soins intensifs, fin février. Je ne me sens plus tout à fait comme ça. Je crois que l'ampleur de la dissidence québécoise de ce printemps m'a redonné espoir à de multiples niveaux.

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Mes rêves se sont dissous et je ne trouve plus les limbes qui, seules pourtant, me rendraient la paix ; mes pleurs ne savent plus dévaler à l'air libre et je ne parviens plus à pleurer face à moi seul, devant le masque de pierre de l'impitoyable juge qui m'interdit tout pardon et toute rémission. J'ai fui sur 13 000 km pour rentrer à ma place dans ma vieille tranchée, face au sifflet rouillé du même adjudant qui m'ordonne à la même mort de chien parmi la meute des mêmes conscrits étonnés, jaloux, haineux, solidaires dans le suicide, orgueilleux dans leur autisme socioconsensuel; et leurs yeux de plomb me fustigent, leurs fronts vitreux me fusillent, et malgré que je n'arrive pas à les détester, ni même à les désaimer, ce sont bien leurs griffes et leurs petits crocs discount qui me dévorent la chair, par procuration, mercenariat, mobilisation, au service de l'ogre qui lui, n'y touche pas, évidemment, servi à merveille par ses caniches prostitueurs, putassassins, réduiseurs d'âmes et de destins... Et chaque jour je me rappelle que je suis plus fort que ça, que les rayons dans les platanes, que les canards dans le Vidourle, que les brumes matinales dans les branches des micos, que le simple craquement de la poussière sous mes semelles, que mon pur ahanement en haut d'une bonne montée, que le délicieux mal des cuisses en feu après un Sauve - Arles dans le mistral, que la tornade d'endorphine quand un texte quitte ma tour pour jouer sa vie seul devant les yeux d'autres, libres et vivants... Oui, oui, oui... Mais tout en sachant voir, mon handicap à moi, mon boulet personnel, demeure, je suis trop triste pour bien vivre et ça ne fait que s'alourdir. J'ai bien tenté de me jouer dans le dos depuis un an, moi qui rejette le suicide de manière radicale. Je m'en suis fait un petit, lâche, misérable, sournois... Y a plus qu'à retourner affronter tout à nouveau en se promettant d'être moins con, comme je me le suis promis tant de fois en ramassant mes morceaux, dans la flaque écarlate de mes espoirs coagulés.

4 commentaires:

helenablue a dit...

Comme tu le dis toujours si bien: " Il y a une aube ", là c'est tout une flopée d'aubes sous forme d'un printemps qui s'est offert à toi! L'espoir est de mise, oui, je crois!

Gaétan Bouchard a dit...

Quand ça va mal, je sors dans la rue et je crie VA CHIER CHAREST! CHARRUE! CHAROGNE!!! Et puis je rentre chez-moi composer un texte ou bien une ode à la lutte finale contre le capitalisme sale. Ça marche. Je me sens moins déprimé. Plus actif. Fort comme mille hommes face à ces loques libérales qui s'accrochent au vide de leurs mensonges. Cette douce révolte guérit tout. Ce n'est plus du fake. C'est plus vrai que jamais.

MakesmewonderHum a dit...

Il y a toujours de l'espoir lorsque l'encrier, encore plein, ne demande qu'à coucher son flot d'aussi belle façon.

anne des ocreries a dit...

Ah ! Ah, mon frère, comme ta voix parle à mon coeur, rejoint mon âme.....