samedi 23 août 2014

Pressence

Les douze fenêtres étaient grandes ouvertes, au dernier plancher de la tour. Il faisait très chaud. Modestine s'était endormie tout en haut de la grande étagère avant de se mettre à ronfler.

Je me suis levé dans la nuit pour  porter un verre d'eau à la jeune femme nue allongée dans mes draps. La chambre frémissait encore de soupirs et de rires et l'air frais fleurait bon la jouissance. J'écoutais ses mots qui me parlaient déjà comme on parle à son homme. Sa voix était bien en place dans son corps, contrairement à celle de ces Parisiennes qui tentent de faire jaillir leurs glapissements du sommet de leur crâne.

Soudain, j'ai posé le talon sur quelque chose. Un carton chiffonné, ou une pelure d'oignon. Je ne voulais pas allumer, par crainte de rompre l'ensorcellement. J'ai escaladé l'échelle de la mezzanine et je n'ai plus pensé à ce sur quoi j'avais bien pu marcher. La jeune femme a bu le verre, puis m'a saisi par les épaules et nous avons roulé dans le bleu de l'aube jusqu'aux épuisements.

Le matin s'evaporait déjà en longs fils d'or lorsque je suis redescendu pour lancer un petit serré. Je donnais un coup de torchon aux tasses lorsque j'ai tressailli en apercevant à mes pieds un gros scorpion. Il demeurait totalement immobile. Je l'avais écrabouillé net dans la nuit.

J'ai pris la chose comme un présage favorable, j'ai pris le monstre en photo et je n'y ai plus repensé. Ce que je peux être con, parfois.