lundi 24 novembre 2014

De ces trucs qui n'arrivent qu'à moi

Tout commence, comme souvent, dans un moite et tendre bonheur. Je me suis couché assez tôt la veille, chargé des fatigues accumulées des jours qui ont mené à notre lancement de disque et aux concerts successifs. Moi qui suis lève tôt, lorsque j'ouvre enfin l'œil, j'ai la surprise de voir que la lumière a déjà envahi la chambre. Je suis cerné par mes petits fas ronronnants. Je zieute le mobile : 11:30. Eh ben. Ça c'est ce que mon ami Pierre Bangratz appelle la « masse gratinée ». Allons bon. Debout. Mais les chats sont si insistants… Carrrressse l'une, chatouille l'autre, oh-là-là, qui oserait se plaindre d'une telle vie d'ouvre-boîte ? Vient quand même le moment de s'arracher.

Parenthèse, j'ai eu des tas de chats et de chattes (honni soit qui mal y pense), mais la petite de cette portée, c'est mon tout premier cas difficile. Les six premiers mois, pas un ronron, pas un câlin, rien. Elle s'est arrangée pour que je ne la voie pratiquement jamais. J'ai choisi éventuellement une sorte de méthode d'apprivoisement, une caresse lors des repas, puis deux, etc. Au début, je la touchais et elle disparaissait au fond des étagères. Mais comme Modestine et Berthold ne l'attendaient pour finir la bouffe, elle a fini par accepter que je la touche un petit coup. Jusqu'à il y a moins d'un mois, lorsque tout a changé en quelques jours.

Un matin, je me suis réveillé avec cette petite chieuse entre les genoux. Le lendemain pareil. Ronronnante, en plus. Alors j'ai réussi à la caresser avec le pied. Soixante-douze heures plus tard, c'était 30 minutes d'orgie trois fois par jour. Va savoir. Fin de la parenthèse.

Fort de cette victoire, j'ai tenté une semaine plus tard de lui enfiler un collier anti-puces. Maman n'aime pas. Fiston non plus. Je peux m'attendre au pire. Eh bien, c'est les bras sanguinolents et tremblants de rage que s'est soldée cette première tentative. Vas-y ! Eh. Bon, donc, ce matin, dans la ouate sensuelle et intime de notre quatuor bienheureux, il n'y avait qu'une ombre, ces satanées puces, que les deux autres ont à peu près mises à la porte et qui, du coup, se retrouvent sur Bianca. Alors, je tente derechef de remédier. Je lui passe le collier déjà enroulé pendant le rituel des croquettes. Je me prends un tout petit coup de griffe, pas de quoi faxer le score du match à son oncle norvégien (si on en a un). Je récompense tout le monde avec un petit coup de gelée aux abats de je-ne-sais-quoi. Miracle. Tout le monde mange. Tout le monde se tait. Il me reste à resserrer un tantinet le petit truc, mais bon, je sais attendre. Je me fais un café. Les bêtes sont en cercle autour de moi, espérant malgré la jurisprudence une seconde platée de ces infâmes machins. Et c'est là que tout bascule.

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Bianca se gratte un peu, et tente de sortir du collier en reculant. Au début, c'est une valse tranquille et marrante. On la sent à peine agacée. Je souris, bienveillant. Les deux autres digèrent en chats de faïence. La rétive saute devant. Saute derrière. Tente un salto. Un triple lutz. Là, ça commence à chauffer. Je tente de calmer le jeu en m'approchant. Erreur. Sentant monter l'orgone, Modestine saute par la fenêtre, suivie de son petit Berthold amusé. Seconde erreur. La chieuse saute d'un bond maladroit sur le rebord de la fenêtre, perd l'équilibre et va tomber sur le toit. Ça va, c'est une chute d'un mètre. Je m'approche une seconde fois espérant apaiser quoi que ce soit. C'est un kebab de gaffes. Terrifiée à l'idée que je m'apprête à lui passer un second collier (je suppose), elle s'enfuit jusqu'au bord de la toiture et tente frénétiquement de s'arracher le machin. Ce qui devait arriver arrive. La patte coincée dans le collier. Eh l'ami. Mon café devra attendre. Je m'habille un peu. Je descends au studio et j'escalade l'échelle qui mène au velux. J'ouvre. J'appelle. Je l'entends qui s'approche, complètement dératée. Là, j'aurais pu, j'aurais dû me reculer, la laisser entrer, mais comme un con, comme une victime éternelle du syndrome du sauveur, je décide de monter dans l'échelle pour la prendre, mais pour ce faire, je dois d'abord écarter une véritable usine de toiles d'araignées, en évitant de blesser Boris, Jauris et Maurice, mes chevaliers anti-mouches. Lorsque j'arrive enfin au dernier barreau , les yeux révulsés de Bianca m'avisent et la voilà qui explose en l'air comme un feu d'artifice ! Un bond n'attend pas que le précédent soit complété, elle jaillit au ciel comme un saumon. Oh, là, là.

Je prends mon courage à deux mains et je monte d'un pas mal assuré sur ce toit à angle sec dont les tuiles sont couvertes de mousses et de végétations humides. Me voilà, plus proche de mon centenaire que de ma naissance, à midi presque pile, en train de piétiner sur les toits, place de la révolution, devant tout le village. Heureusement que les gens ne regardent plus que leurs téléphones en se baladant. J'entends un gamin :
— Papa y a un monsieur sur le toit.
— Oui, viens.

Avec mille précautions, je me traîne vers la minette qui a fini par s'aplatir dans sa terreur. Nous avançons en tenaille, Modestine à ma gauche, Berthold à ma droite. Soudain, catastrophe. Nouvelle détonation de nerfs, la voilà qui hennit, qui glapit, qui mugit. La voilà qui saute à deux mètres dans les airs, toutes griffes dehors. Et un bond à droite, un bond à gauche, elle est sur la cheminée de la voisine, ébouriffée, les oreilles folles, les yeux comme des balles de golf. Là, je sais que ça mal finir. Je me tais. Je ne cherche pas à m'approcher. Je tente quelques gestes pour l'amadouer, sans trop y croire. Ça dure un temps. Je décide de tenter une dernière fois le tout pour le tout. Je fais un pas. Ça recommence. Sauf que là, elle part dans l'autre sens, vers les toits inaccessibles de l'autre côté. L'écho de son hystérie nous vient de la gauche, puis de la droite, puis d'on ne sait où, jusqu'à ce que ses hululements cessent d'un coup sec. Plus un son. On ne l'entend plus griffer les tuiles, arracher les lichens. Silence total. Je prends mon courage inconsidéré à deux mains et dix orteils et je grimpe sur le toit de la voisine en me tenant aux briques de la cheminée, dont quelques unes explosent en fragments sous la pression de mes doigts. Je dois être devenu un surhomme. Je parviens au bout d'efforts inouïs à me rendre sur l'autre toit. Pas sûr de savoir redescendre, en plus. Nulle trace de Bianca. Pas un son. Je siffle (mes chats répondent à ça). Je tsip-tsipe. Je… Je… Ben, uhm. La mort dans l'âme, j'entame la descente. Je réussis à ne pas casser une seule tuile. J'en profite pour ramasser des traîneries sur le toit, tant qu'à faire. Il y a une cuiller (eh oui, beh), un cendrier, un thermomètre (je sais) et eeuh… une mini-nuisette noire (réclamer en commentaires le cas échéant). Et je descends les escaliers quatre à quatre pour me précipiter dehors. Je fais tout le tour du pâté de maison, deux fois. En sifflant. Rien. Nulle trace. Pas un son.

Bon, je dois être maudit. Encore une de ces histoires totalement absurdes où je prends un temps fou pour amadouer une chatte et juste comme on se met à s'amuser un peu, elle s'évapore dans la nature.









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9 commentaires:

almanachronique a dit...

elle va revenir... quand elle aura froid ou faim.
Dépose-lui un peu de lait spécial chats sur ta fenêtre...
Avec les chats, toujours feindre l'indifférence, ça les vexe...
ceci posé, j'ai ici un monstre qui refuse de se laisser toucher et qui passe son temps à m'effrayer avec ses yeux oranges...
pour éviter le collier anti-puces et les puces avec: le bicarbonate.
Dans les poils si tu peux et sinon dans les paniers et tous les endroits où ils dorment.
Pour la litière, tu en saupoudre le fond de la caisse et tu mélanges une ou deux cuillers à soupes dans la litière ; litière "ordinaire"; plus d'odeurs pendant au moins une semaine. Et mon chat a gardé tous ses biens précieux, ce qui normalement cocotte pas mal...
Voilà... à part ça, j'ai adoré le récit de ton aventure... ça m'a fait souvenir de la conquête de l'Annapurna.
Tiens nous au courant du retour de la sauvage.
bises

Éric McComber a dit...

Ah ! Chère Alma… 
Ce qui m'inquiète c'est son soudain silence, comme si elle était tombée dans une gouttière et s'était viandée 4 étages plus bas, ou quoi… Très étrange. Les heures passent, aucune nouvelle. Brr.

manouche a dit...

Bianca réagit au collier comme Igor. La chose étant bien serrée il arrive à passer dedans sa mâchoire inférieure et s'ouvre la gueule jusqu'à étouffement.Par deux fois je l'ai sauvé au ciseau à volaille avant abandon définitif du système.
T'inquiète elle va te revenir ta "Pomponette"...

almanachronique a dit...

D'abord, les chats sont souples et adroits; de plus, si elle s'était fait mal, ou si elle était coincée, tu l'entendrais brailler..
Le plus vraisemblable est qu'elle est stressée, par le collier, par la poursuite etc... Elle a trouvé une planque et elle attend que le calme revienne...ça peut durer longtemps...Il faut l'attirer par des friandises et si elle se montre, faire semblant de ne pas la voir...
Elle peut aussi décider que ton comportement est brutal, bruyant, incohérent (ce n'est pas mon jugement mais celui d'un chat)et dans sa grande sagesse, décider d'aller vivre ailleurs...
Quand mon frère est né, nous avions un chat qui n'a pas supporté l'arrivée d'un bébé et qui est parti vivre chez les voisins du dessus...
J'ai eu un Fantômas qui a disparu plus de six mois (j'avais adopté un autre chat) et qui est revenu... quelques années plus tard, il est reparti et cette fois n'est pas revenu...
Il y a eu aussi une "sauvage" qui a fait escale ici pendant quelques mois et qui est partie comme elle était venue...
Maintenant, j'en ai marre de leur courir après et de me faire de la bile... J'ai des chats Persans; c'est moins drôle mais au moins on peut les contrôler...
on attend la suite... tu l'écris si bien

Zoë Lucider a dit...

Ben dis donc, tu aurais pu te fracasser. Pour les puces, il existe des doses d'antipuces que tu mets derrière le cou,et tu es tranquille pour un moment.Un collier, c'est chiant, même pour un humain.

Mighty Mélissa LeBlanc a dit...

Well, je partageais justement des truques en hauteur cette semaine dans ma page fb, et, surhomme, je ponse pas que tu aurais pu te fracasser, l'adrénaline au fond a cause de la chatte qui fait le bacon comme un breakdancer qui fait le verre de terre tu aurais probab p-e pu lever un char (mini cooper) d'un seul bras si a ctait statchée en dessour tellement tu as bien escaladé la cheminée avec ta courgette a deux mains. C'est probab la taille du courage de l'homme moyen, c-a-d ayant atteint le stade génital, Sigmund Freud est de mon bord et comme je dis toujours il aimerait vous dire qu'il aurait aimé avoir le temps de terminer toute son ouvre et vous expliquer qu'après avoir culminé au sommet de l'amour objectal hétérosexuel (et wi il était un pet fasciste pour les fifures et les ambiguités) on se sort la main des culottes de l'autre, on se mets des bottes aux pieds, awh oué vous êtes tellement réveillés astheure, sapiens sapiens que vous y pensez, de vous laver, de vous lever, de vous lover... l'Amour qui génère est protecteur, gratuit et nourricier. Même les chats savent le trouver. Et Mignonne la pity pity chatte de Moussier Sévigny qui est le dead ringer de Modestie, well, povre pity chose, elle avait tout juste fini d'allaiter ses quatres bébés et de se passer de ses longs vagabondages sans bondage, on croyait qu'elle c'était fait faucher par un char, ménon, elle a laissé le père et Moussier Sévigny terminer la job de les partir dans la vie, ils furent bien élevés et soignés (pas dressés) par deux mâles dont un d'une autre espace et ne sont pas plus débiles pour autant, sauf le plus laitte des bébés (le noire) est disparu mystérieusement, Katou et son frêre habitent encore la et a son retour Mignonne ne les a pas laissé se comporter avec elle comme des enfants, ils sont comme ses semblables maintenant. Elle était pas morte, je pense elle a habité chez une madame, elle a la forme, stie de trimpe.

Bisous, ton histoire est géniale de bien torchée, as usual, surtout le bout des spectateurs inconsentants... une chance que t pas allé la pour te suicider.

Oui, viens.

Much bIses ma grosse chatte poilue.
KESSÉ VEUILLEZ PROUVER QUE VOUVOUZÈLA pas un robot (je suis le robot culinéaire, céssa je fais du sexe compulsif comme un tournevis platte obsessif.) JE PENSAIS QUE TU ME FRAISAIS CONFION A PRÉSON.

Prison de doute, céssa reste dans ta crotte métaphorique c'est donc PLATTE, HON!

Code : 1042

j'ai tout compris 10-4 de eux. Fuck the fux, motherf! JAILBREAKER.

Gaétan Bouchard a dit...

T'as un vrai talent pour écrire. Je sais que je me répète mais il fallait que ça sorte. Tu suis l'ordre logique du discours, sujet-verbe-complément, contrairement à ces écrivains en herbes qui s'amusent à tout inverser en pensant que ça ferait plus beau. (Ce qui est une erreur lamentable!) Bref, bravo mec. Merci de m'offrir ce morceau d'anthologie en toute gratuité. Puissent les mécènes affluer à ton portefeuille pour y déposer leur obole. (Si jamais je deviens riche je te donne un montant, promis.)

Éric McComber a dit...

Manouche, oah, quelle angoisse !

Alma, je suis en train de tester avec le bicarbonate qui, franchement, est en passe devenir la substance miracle dans ma maisonnée.

Zoë, passant par une très petite ville hier j'ai croisé 30930823083 habitants (dont 38 mecs) portant des colliers, mais je n'ai pas vérifié s'ils avaient des puces. Quant à la goutte dans le cou, mes 45 années d'expérience en tant qu'ouvre-boîte et la lecture de quelques documents alarmants font en sorte que c'est pas à eux que je filerai ma tune. Les colliers que j'emploie sont au géraniol (moyen) ou au margosa (super-efficace). Pas de souci, en général, sauf avec Bianca-la-Chieuse.

Mélissa, beauté, je capte que pouic de ton histoire, mais ça m'a fait passer un bon moment.

Gaétan, merci pour tes compliments. Ça m'encourage à continuer de m'améliorer pour, qui sait, un jour, atteindre le niveau des vrais écrivains doués qui reçoivent des bourses et des accolades du ministère. Les mécènes, ben y z'ont depuis longtemps passé leur chemin et c'est pas moi qui leur reprocherai.

Gomeux a dit...

Bon, tu vois tout ce qu'on manque en se déconnectant des internets! J'ai eu ma leçon. Me revoici ici.