mercredi 30 mars 2016

Jarvis Duncan ouvre l'œil

Jarvis se réveille au fond de sa grotte.
Sa barbe a tant poussé, ses cheveux sont si longs…
Il respire dans l'obscurité.
Une lointaine présence l'a tiré de sa longue torpeur.
L'étincelle.
Mais oui, bientôt 7 ans.
Elle revient des éthers.
Et bientôt ira prendre corps…

Jarvis soulève péniblement sa carcasse hibernante.
 Il écarte son linceul et respire.
Un temps, il ne pense à rien, mais ressent l'apaisement de l'air frais en son sein.
Dehors le vent gémit et, semble-t-il, la Terre tourne, lentement.


Oh, petit !

Te voilà de retour, hein ?!

Petit !
Encore assoupi dans la glèbe, tu t'imagines déjà arbre, non ? Permets-moi de te le dire. C'est là non seulement ta jouissance, mais ton devoir.
Tu vois des branches jaillir de ton ventre et porter tes feuilles joyeuses et affairées.
Tu sens en toi la puissance de ces membres qui fonceront aveuglément dans la glaise et iront cueillir les nourritures du sol et s'agripper aux côtes minérales du monde.

C'est plus que ton destin, petit, c'est ton contrat, c'est ton… devoir.

Prends-y plaisir, repais-toi de ta propre sente, ta route et toi ne faites qu'un.

Et alors, combien d'hivers a duré ton hiver, petit ?
Combien de temps passeras-tu à rêver ton écorce, à te dandiner dans la brise sous le bleu lisse, sous la douce averse ? As-tu perdu ton lien au corps du temps ?

Il est l'heure.
Accomplis-toi.

Ce caillou, loin dans la vase, cette pierraille qui t'empoisonne, te taillade et te torture, casse-là. Rompt-là et fais-en une poussière que les courants sous-terrains emporteront ailleurs. Ce sable empoisonné peut être utile au-delà des sources, dans le lointain. Son destin n'est pas de te barrer la route. Le tien n'est pas de le laisser nécroser ta chair.
Écrabouille sans pitié la caillasse qui t'enferme de l'autre côté de ton rêve.

Petit, petit.
Je te parle, petit.
Ton avènement n'est pas hasard.
Tu es bourgeon. Mais tu seras toi.

Au dessus de toi, une vallée morte attend ton sourire pour éclore et revivre.
Ton dessein la ressuscitera.

Entends-tu ? Petit.

Les neiges dures entament leur fonte.
Leurs doigts agiles au clavier des ruisseaux.
Et bientôt viendra l'orage et ta longue soif sera étanchée au-delà de tes attentes.

Rêve-toi, petit.
Rêve-toi.

Monte, étire-toi, bientôt tu peupleras la lande de ta verte semence.
Et ta jouissance sera mère.
Et de tes songes naîtront des songes.
Tes pensées seront chair.
Et ces chairs songeront à leur tour. 
Et les coteaux frémiront du bruissement des rêves de tes rêves.
Et le vent portera la chanson chuchotante de tout un peuple calme et résolu.

Jouis-toi !…
Petit, tu m'entends ?
Imagine-toi.

Va !…




—————

6 commentaires:

Mighty Mélissa LeBlanc a dit...

Miam smoutche like,

il y a trop de truques qui resonne sur mes raisins là dedans pour que je l'exprime bien sans avoir l'air de chercher une raison, pour te raconter mes truchements de saison, les oracles des vraies affaires que je ramasse par terre et que je dispose des fois sur une tombe pas au hasard dans un cimetière, juif ou non juif, je m'en calisse, Dieu a trop de versions, je m'en tiens au générique,

C'est clair qu'il a toultant été assez fier, de ses late bloomers qui se sont esclaffés a l'idée que par eux tout pourrait recommencer...

Je vais quand même te parler des citrons zestés... Donc je suis au cimetière juif et je m'entretiens avec toussa pasque en passant a côté mon petit radio fm c'était mis a siffler (tu me diras c a cause du métro en dessous oussi, je ne sais pas, qu'il emporte les morts ouquoi mais céssur il passe proche.) alors je prends une longue marche au soleil et je lis les noms bizarres et je les trouve beaux et d'autres inquiétants, je me roule ça dans la bouche en écoutant l'émission playlist sur CBC, je fume une clope, je m'assois au soleil, et je repars quand je vois a mes pieds LE CITRON tout blanc et congelé, un citron zesté... ça me fait sourire, je le ramasse en me disant que p-e je peux le planter et avoir une plante gratuite. Chic!
Le lendemain a la salle Duncan (wi.) de la trinity church, un vieux calisse partage lors du meeting Ah!Ah! et il dit en guise de conclusion ''Alors j'ai découvert que lorsque la vie nous donne des citrons on est pas obligés de faire de la limonade.'' J'ai pensé, Ah! bien sur on peut faire un citronnier. Fast forward une semaine plus tard la procrastination et l'entropie ont fait séché le citron sur ma table dans ma chambre et il commence un peu a moisir d'une côté alors je me dis... ouache, come on, secret hoarder, jette moi ça. (je le jette). Le lendemain ou le jour même je ne sais pas, it blew my mind, je marchais et bien en vue au soleil... un citron tout blanc, qui avait roulé en dehors de son sac, sans doute c'était le jour des vidanges...

J'ai souris, je l'ai laissé là.

J'avais pas besoin de le prendre,
pour comprendre.

Les bonnes choses on jamais vraiment de fin...
les bonnes choses vont survivre aux humains,
au pire.

vivre.
XXX

Mighty Mélissa LeBlanc a dit...

Salut c'est encore moi, spa que je tiens absoluement a finir le marathon de téteux finis du blogue d'Éric MacComber comme si c'était un concours de celui qui danse le plus longtemps, mais non, mais oui quand même c'est beaucoup moins fatiguant que de rester dans mon lit en haut a lire ''Chant Général'' de Pablo Neruda en me mordant le coude...

Stun adon, pasque j'avais vu a la petite bibliothèque en bas sur une des tablettes c'tait écrit ''poetry'' mais tous les livres sont mélangés, surement depuis 1e temps avant qu'il n'y ait deux rangées d'épais dans les rayons, j'ai donc procédé d'investiguer les strates de vieux romans harlequins, sécrétions du raider's indigeste, national geografucks, proto psycho, sicko pop, romans québécois qu'on doit lire au cégep pour plus tard les donner avec nos cochonneries d'étudiants a l'organisme de charité le plus proche, ouvrages du féminisme pratique de la contraception, allaitement, divorce, lesbianisme, deuil, réincarnation, la santé par les roches, triomphez du déni par l'autohypnotisme et un tas de romans et ouvrages anglophones désuets qui remontent sans doute a l'époque ou Thérèse Casgrain fréquentait Élisabeth Fry pendant que son mari étudiait le dernier spécimen vivant de licorne sibérienne, j'avais même trouvé un vieil exemplaire paperback du Ripley's Beleive it or not, ça c comme le premier bon journal facebook de toute l'humanité et il fait même des dessins lui même pour illustrer certains de ses partages, qui sont tous vrais, libre à vous de le croire, mais tu me dira on s'en calisse comme de l'an '40, mais non, moi j'aime ça le vieux stock, les hommes matures et les phénomènes de foire, chacun sa culture, tous les dégoûts sont dans ma nature, t'aime passa toi les surprises?!? T'es trop blasé pour l'inoui ouquoi, Anyway, le premier et le seul recueil de poésie que je trouve enfin, pour me distraire de mon intensité assomante, le mirifique grandiloquent saint patron des gens capable de logorrhée facile : Pablo Neruda Chant général traduit par Claude Couffon. Céquoi cte nom là Couffon, c pire que Goulet, cé oussé qu'on fait ouf genre, le couffon? wtf.

Je trouvais le début platte (crisse, encore des affaires de guerre... moi ma poète latino préférée c'est Sandra Cisnero... qui se fait fourrer en arrière d'un pickup, like a boss.) même si Pablo le prolifique maniaque me touche avec son amplitude et sa force, son acuité et sa pertinence (Bon, bon, tu me diras, j'ai toute lu ça quand j'étais un bébé lala a Cuba sur le bord d'épouser ma deuxième femme, pfffftttt.) Bin wi, je m'en doute que ça te touchait plus que moi, paske j'ai coupé ça sec et sauté a la partie ''les libérateurs'', et VLAN, t'en souviens tu du premier poème de la deuxième section (le prologue)...


(je suis obligée faire deux com, mon tweet est trop long)

Mighty Mélissa LeBlanc a dit...

anyway, je m'en vais te le rappeller, paske c pour ça que j'ai trainé mes addidas noirs et blancs (ah fuck off je peux pu les voir en peinture mes pantalons de prison que j'avais sur le dos a mon arrestation.) et mes flipflops du dollarstore que kkn m'a légué aussi là bas ils étaient neufs (la sont crissement aplatits, j'ai le pas un peu pesant pour mon poids mais bon, je les garde encore un peu, rendu a cette épaisseur c les meilleurs pour monter les bananiers) MISÈRE misère humaine qu'a cela ne tienne je suis descendue (du singe) juste pour partager ce poème avec toi et pkoi pas avec tous ceux qui sont entrain de lire mon niaisage paske c'est un plaisir coupable... c'est leur problème s'il se sentent indigne, sérieux... ''forget your perfect offering there is a crack in everything...'' comme qui disait l'autre, Leonard Cohen, ''that's how the light gets in...'' (pour ensuite ressortir par l'écran d'un ordinateur publique avec une chaise qui pue.) But hey, comme elle dit la chanteuse ''I can't beleive what I did for love'' ne me demande pas son nom par contre...

PABLO NERUDA, Les Libérateurs dans Chant général (1950)

Voici venir l’arbre, c’est l’arbre

de l’orage, l’arbre du peuple.

Ses héros montent de la terre

comme les feuilles par la sève,

et le vent casse les feuillages

de la multitude grondante,

alors la semence du pain

retombe enfin dans le sillon.



Voici venir l’arbre, c’est l’arbre

nourri par des cadavres nus,

des morts fouettés et estropiés,

des morts aux visages troublants,

empalés au bout d’une lance,

recroquevillés dans les flammes,

décapités à coups de hache,

écartelés par les chevaux

ou crucifiés dans les églises.



Voici venir l’arbre, c’est l’arbre

dont les racines sont vivantes,

il a pris l’engrais du martyre,

ses racines ont bu du sang,

au sol il a puisé des larmes

qui par ses branches sont montées

parsemant son architecture.

Elles furent fleurs, quelquefois

invisibles, fleurs enterrées,

d’autres fois elles allumèrent

leurs pétales comme des planètes.



Et l’homme cueillit sur les branches

les corolles aux parois durcies,

il les tendit de main en main

tels des magnolias, des grenades,

et brusquement, ouvrant la terre,

elles grandirent jusqu’au ciel.



C’est lui, l’arbre des hommes libres.

L’arbre terre, l’arbre nuage.

L’arbre pain, l’arbre sarbacane,

l’arbre poing, l’arbre feu ardent.

Inondé par l’eau tempétueuse

de notre époque de ténèbres,

son mât décrit dans le roulis

les arènes de sa puissance.



D’autres fois la colère brise

les branches qui tombent à nouveau

et une cendre menaçante

couvre sa vieille majesté :

ainsi franchit-il d’autres temps

et sortit-il de l’agonie,

jusqu’au moment où une main

secrète, des bras innombrables,

le peuple, en garda les fragments

et cacha des troncs immuables.

Ses lèvres étaient alors les feuilles

de l’immense arbre réparti,

disséminé de tous côtés,

qui marchait avec ses racines.

Voici venir l’arbre, c’est lui

Llarbre du peuple, tous les peuples

de la liberté, de la lutte.



Montre-toi dans sa chevelure :

palpe ses rayons restitués :

plonge la main dans les usines,

là même où son fruit palpitant

chaque jour répand sa lumière.

Lève dans tes mains cette terre,

unis-toi à cette splendeur,

emporte ton pain et ta pomme,

ton cœur aussi et ton cheval

et monte la garde aux frontières,

aux confins de sa frondaison.



Défends le but de ses corolles,

partage les nuits ennemies

veillant aux cycles de l’aurore,

respire la cime étoilée,

en protégeant l’arbre, cet arbre

qui pousse au milieu de la terre.

Francoise Champagne a dit...

Je passais par là.
Y avait longtemps.
J'ai pas les mots ce matin.
Love
Frankie

RAINETTE (l'énigmatique) a dit...

tu écris toujours aussi bien, tu n'as pas perdu de plumes....

Et Mélissa elle en a des choses à dire ! On dirait JP ;)

Guillaume Lajeunesse a dit...

Inspirant billet ; doublé de commentaires qui décoiffent !